Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

stockage du pétrole et du gaz

Opération consistant à immobiliser temporairement certains volumes de pétrole et de gaz en les enfermant dans des enceintes appelées réservoirs.



Rôle du stockage

La nécessité de stocker les ressources énergétiques pour mieux contrôler leur production, leur transport, leur distribution et leur utilisation est évidente dans la mesure où l’on désire assurer un ravitaillement abondant et régulier des industries et des consommateurs. Or, l’industrie du pétrole comme celle du gaz sont soumises à des aléas de toute espèce, dont l’origine peut être due à des défaillances techniques, comme les avaries de machines dans les raffineries, à bord des navires ou sur les oléoducs, à des causes naturelles imprévisibles, comme l’incertitude de la prospection des gisements, les orages en mer et sur terre ou les incendies, à des problèmes politiques, économiques et commerciaux, comme les crises qui affectent périodiquement les relations entre pays producteurs et pays utilisateurs.

L’importance de la fonction « stockage » peut être jugée par le fait que, dans une raffinerie, le parc de réservoirs représente une dépense de capital équivalente à celle des procédés et des traitements et une occupation du sol qui immobilise 80 p. 100 du terrain disponible.


Variété du stockage

En réalité, la fonction de stockage doit être assurée à chaque étape du chemin parcouru par le pétrole pour aller du puits à la pompe ou à la chaudière.

• Stockage du brut. Il est rare qu’une raffinerie puisse être alimentée directement à partir du gisement, une double rupture de débit devant intervenir lors du trajet intermédiaire par navire-citerne ou par oléoduc transcontinental, ce qui nécessite de maintenir un stock de pétrole brut de cinq jours en moyenne aussi bien au port d’embarquement qu’à celui de débarquement. La capacité du terminal, ou stockage de tête de ligne, doit tenir compte de la taille unitaire — 500 000 t de cargaison pour les plus récents supertankers —, de la cadence irrégulière d’arrivée des navires pour charger et pour décharger, de la capacité et de la méthode d’exploitation des oléoducs, de la nécessité, enfin, de stocker à part certains pétroles bruts moins sulfureux. En France, les plus grands terminaux sont ceux du Havre et de Fos, chacun de l’ordre de 4 Mm3.

• Stockage en raffinerie. De nombreux réservoirs doivent être prévus en amont et en aval de chaque unité de procédé pour absorber les discontinuités de marche dues aux arrêts d’entretien et aux traitements alternés et successifs de matières premières différentes, pour stocker les bases, dont les produits finis seront ensuite tirés par mélange, et pour disposer d’un stock de travail suffisant afin de faire face aux à-coups d’expédition, tels que l’enlèvement d’une grosse cargaison par mer. La capacité moyenne de stockage des vingt-trois raffineries françaises, sans les dépôts annexes, est de 500 000 m3.

• Stockage de distribution. Seule une faible partie de la clientèle peut être desservie en droiture, c’est-à-dire par un moyen de transport reliant directement l’utilisateur à la raffinerie. Dans la majorité des cas, il est plus économique de construire un dépôt-relais, terminal de distribution, ravitaillé massivement par le moyen de transport venant de la raffinerie, qu’il s’agisse de canalisations (oléoducs à produits finis), de navires (pour les dépôts côtiers), de chalands fluviaux, de wagons-citernes ou de camions-citernes. À partir de ce dépôt-relais, le consommateur sera alimenté par un court trajet de gros porteurs routiers ou de camions de distribution. Les six cents dépôts français représentent une capacité totale de 12 Mm3.

• Stockage de réserve. À la suite de la crise de 1956 (deuxième guerre israélo-arabe), qui avait conduit à rétablir le rationnement de l’essence dans certains pays de l’Europe occidentale, la plupart d’entre eux ont introduit une législation de stocks de réserve obligatoires. En France, les compagnies pétrolières doivent détenir à tout moment dans les réservoirs des terminaux portuaires, des raffineries et des dépôts de distribution une quantité de produit égale à trois mois de consommation sur le marché interne ; un quart seulement de ce stock peut être conservé sous forme de pétrole brut, non traité ; le reste doit être constitué par des produits raffinés immédiatement disponibles.


Le réservoir de stockage classique

Assemblage soudé de tôles de dimensions normalisées, le réservoir pétrolier peut être construit dans toutes les tailles jusqu’à 150 000 m3 environ. Il est équipé de nombreux accessoires, tels que soupapes de pression et de vide, trous d’homme pour le nettoyage et l’entretien intérieurs, serpentins de réchauffage pour le stockage de produits visqueux comme les fuel-oils, les lubrifiants, les paraffines et les bitumes, hélico-agitateurs pour le brassage et l’homogénéisation du contenu, etc.

La détermination de la quantité exacte de produit stocké est essentielle pour des raisons techniques (calcul des rendements), commerciales (transfert de propriété) et fiscales (droits de douane). Elle se fait par jaugeage soit manuel, par introduction d’un décamètre plombé par le trou de sonde ménagé dans le toit du réservoir, soit automatique, par transmission électrique de signaux entre un flotteur qui accompagne le niveau liquide et la salle de contrôle, où la hauteur du produit stocké peut être lue sur un instrument ou un écran cathodique, imprimée par un téléscripteur et traitée sur ordinateur. Cette information linéaire doit, en effet, être traduite en volume (hectolitres, mètres cubes) à l’aide du barème du réservoir, déterminé officiellement par épalement, puis en poids (tonnes) en faisant intervenir la densité moyenne du contenu, fonction de sa température.

Les produits volatils, comme le pétrole brut et les essences, sont stockés dans des réservoirs à toit flottant afin de limiter les pertes dues à l’évaporation et au remplissage ainsi que les odeurs provoquées par ces émissions à l’atmosphère ; l’étanchéité entre le toit et la robe est assurée par un joint coulissant, le plus souvent en caoutchouc résistant aux hydrocarbures. On peut utiliser aussi des réservoirs à toit fixe munis intérieurement d’un écran flottant inaltérable.

La construction des stockages a fait de grands progrès grâce à l’utilisation d’aciers à haute limite élastique, permettant de diminuer l’épaisseur des tôles, et de machines à souder automatiques. La hauteur peut atteindre 25 m à condition que le sol ait une portance suffisante ou qu’il ait été convenablement compacté.