Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Sseu-ma Siang-jou (suite)

Né dans une famille riche qui lui donne l’éducation soignée de l’époque, lui enseignant les lettres et l’escrime, il est nommé, jeune encore, au titre de sa fortune, garde du corps de l’empereur Jingdi (King-ti) des Han à Chang’an (Tch’ang-ngan). L’empereur n’apprécie pas la poésie, passe-temps favori de Sima Xiangru, et ce dernier n’aime pas la chasse, occupation principale de la Cour. Il décide donc de suivre en province un des frères de l’empereur, qui s’est entouré d’une pléiade de lettrés et d’artistes. De cette période date la première œuvre qu’on lui attribue sans faute, le Zixu fu (Tseu-hiu-fou). À la mort du prince, Sima Xiangru est obligé de rentrer dans son pays natal, où il trouve sa famille ruinée et dispersée. Il vit de l’hospitalité d’un ancien ami devenu préfet. C’est alors que se place l’épisode le plus célèbre de sa vie, qui défraiera la chronique chinoise pendant vingt siècles. Invité à un banquet avec le préfet par l’un des plus riches notables du pays, il accepte de jouer quelques poèmes à la cithare. Or, la jolie et jeune fille du marchand écoutait par l’entrebâillement d’une porte et se laissa émouvoir par les paroles et la prestance de l’élégant poète. Les chansons, d’ailleurs non authentiques, que la postérité rapporte à cette soirée sont pleines d’allusions érotiques peu déguisées. Elles n’expliquent pourtant pas pourquoi la jeune fille s’enfuit la nuit même avec l’invité de son père. Mais les amants, que leur conduite répréhensible exclut de la société, mènent une vie misérable. Ils en sont réduits à ouvrir un débit de boisson en face de la maison du père. Celui-ci, plein de honte à cette nouvelle, finit par céder et offre à sa fille une très jolie dot, qui lui permet de vivre sans souci avec le poète. Quelques années plus tard, l’empereur Wu (Wou) des Han, grand amateur de littérature, convoque Sima Xiangru à sa cour. Celui-ci écrit pour lui faire plaisir le Shanglin fu (Chang-lin-fou), son œuvre maîtresse, qui décrit la chasse et les plaisirs impériaux. Nommé de nouveau gentilhomme de la Cour, il obtient la confiance du souverain, qui l’envoie deux fois dans le Sud-Ouest en mission délicate. L’expédition chargée de conquérir les régions de l’actuel Guizhou (Kouei-tcheou) se trouve en difficulté, et les populations du Sichuan (Sseu-tch’ouan) se plaignent de l’effort qui leur est demandé pour poursuivre les opérations. Après deux visites, Sima Xiangru conseille à l’empereur de ne pas abandonner la pacification du Sud-Ouest, politique qui sera plus tard suivie. Le rapport rédigé par le poète est un traité à la gloire de la dynastie, assez loin des réalités politiques comme du chef-d’œuvre littéraire. Il met bien en valeur les idées traditionnelles et confucianistes de l’auteur, qui prône que l’empereur se doit de propager la morale et la vertu sur la terre entière. Accusé d’avoir reçu des pots-de-vin au cours de sa mission, Sima Xiangru démissionne et se retire à la campagne, où il meurt entouré du respect général.

Poète de cour, il est le maître du genre fu (fou), auquel son nom est toujours associé. Ce genre, qui trouve son origine dans la tradition poétique du pays de Chu (Tch’ou), patrie du poète, s’est développé jusqu’à la dynastie des Han, dont il est l’expression littéraire parfaite, et ne connut ensuite que des imitateurs. Le Fu de Shanglin, appelé Fu de la Chasse impériale, se compose du Fu de Zixu, écrit à la cour de Liang (Leang), et du Fu de Shanglin proprement dit, composé à la demande de l’empereur Wu. L’ensemble est formé de trois longs discours décrivant chacun une chasse : celle du roi de Chu (Tch’ou) dans les marais de Yumeng (Yu-mong), celle du roi de Qi (Ts’i) au bord de la mer et celle de l’empereur à Shanglin, près de Chang’an (Tch’ang-ngan). À chaque fois, le poème s’ouvre sur la description des lieux, souvent imaginaires, avec une grande accumulation d’impressifs et des listes de pierres, de plantes et de bêtes qui constituent de véritables lexiques. Puis vient la chasse elle-même, qui n’intéresse guère le poète. Celui-ci s’attarde plus volontiers sur les distractions qui l’accompagnent, telles que festins, danses et spectacles, défilé des chevaux, des chars et des prises, sans oublier les beautés du harem impérial.

D. B.-W.

 Y. Hervouet, Un poète de cour sous les Han : Sseu-Ma Siang-Jou (P. U. F., 1965).

Sseu-ma Ts’ien

En pinyin Sima Qian, historien chinois de la dynastie des Han (dans le Shănxi [Chen-si] v. 145 - v. 86 av. J.-C. ?).


Son père occupait le poste de Grand Historien à la capitale Chang’an (Tch’ang-ngan) et sut, très tôt, intéresser son fils aux problèmes historiques. À vingt ans, le jeune homme entreprend une série de voyages dans les grandes villes méridionales. Toute sa vie, il gardera le goût des voyages et saura s’en servir comme sources d’information. En 107, il succède à son père dans la charge de Grand Historien. Il est ainsi à même de consulter les ouvrages anciens de la bibliothèque impériale, ceux du moins qui avaient échappé à l’incendie des livres par Qin Shi Huangdi (Ts’in Che Houang-ti). En 104, il commence à rédiger son grand ouvrage, plus tard intitulé Shiji (Che ki) ou Mémoires historiques. Mais, pour avoir défendu un ami dans la disgrâce, il est emprisonné et soumis à la peine infamante de la castration. Il se résigne à son sort, dit-il, afin de mener à bien l’œuvre commencée. À sa sortie de prison, il est nommé secrétaire particulier de l’empereur, poste de confiance réservé aux eunuques. Le Shiji est terminé en 91. Ensuite, on perd la trace de l’historien, dont on ignore même la date de la mort.

Le Shiji est le premier ouvrage d’histoire conçu comme tel par un historien, avec des méthodes et une pensée réellement historiques. L’ouvrage, qui compte cent trente tomes, se divise en cinq parties : 12 benji (pen-ki), ou annales impériales ; 10 biao (piao), ou tableaux ; 8 shu (chou), ou monographies ; 30 shejia (che-kia), ou annales des grands ; 70 liezhuan (lie-tchouan), ou biographies.