Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Sparte ou Lacédémone (suite)

Les Lacédémoniens [...] offraient des sacrifices, dans l’intention de livrer combat à Mardonios et aux troupes qui étaient là ; ils ne réussissaient pas à obtenir des présages favorables ; et, en attendant, beaucoup des leurs tombaient et beaucoup plus encore étaient blessés ; car les Perses, s’étant fait un rempart de leurs boucliers, les criblaient de traits qu’ils ne ménageaient pas ; les Spartiates étaient accablés, et les présages ne devenaient pas favorables ; Pausanias, alors, tournant ses regards vers le sanctuaire d’Héra à Platées, implora la déesse et la supplia d’empêcher que les siens ne fussent déçus dans leurs espérances [...] et aussitôt après la prière de Pausanias, les présages fournis aux Lacédémoniens par leurs sacrifices devinrent favorables. (Hérodote.)

Les Spartiates à Mantinée (418 av. J.-C.)

Et le lendemain, tandis que les Argiens et leurs alliés avaient adopté la formation dans laquelle ils devaient combattre s’ils tombaient sur l’ennemi, les Lacédémoniens, revenant, après s’être occupés de l’eau, à leur camp précédent, près de l’Héracléion, voient à proximité leurs adversaires déjà tous en ligne et avancés en bas de la colline : les Lacédémoniens éprouvèrent en cette occasion le plus grand effroi dont ils eussent mémoire ; le délai était bref pour leurs préparatifs, et aussitôt, dans un élan de zèle, ils retrouvaient leur bon ordre, le roi Agis dirigeant tout selon la règle. Quand un roi est à la tête des troupes, c’est de lui que partent tous les ordres : il explique lui-même aux polémarques ce qu’il faut faire, eux le disent aux lochages, ces derniers aux pantécontères, ceux-ci à leur tour aux énomotarques, qui le disent à leur énomotie ; et toutes les consignes que l’on veut donner suivent la même filière et arrivent à destination rapidement ; car on peut dire, en gros, que toute l’armée lacédémonienne, à peu de chose près, se compose de commandants hiérarchisés ; si bien que le soin de l’action à mener incombe à un grand nombre [...].

Après cela, ils se mirent en marche : les Argiens et leurs alliés avançaient avec fougue et impétueusement, les Lacédémoniens, eux, avec lenteur, au rythme de nombreux joueurs de flûte, dont la règle exige la présence parmi eux, non par pour des raisons religieuses, mais pour que, marchant en mesure, ils avancent avec ensemble, sans rompre leur ordonnance comme les grandes armées le font volontiers lorsqu’elles s’abordent. (Thucydide.)


Le déclin

Lysandre organise la victoire. À Athènes, il fait détruire les remparts et installe un régime oligarchique ; partout il établit des harmostes (gouverneurs militaires) et des décarchies (comités exécutifs de 10 membres), dont l’autorité fait vite regretter la domination athénienne. Grande est la déception des Grecs. Ce pouvoir est vite battu en brèche : Athènes s’en libère la première en 403 av. J.-C., puis c’est la guerre de Corinthe, suscitée par les Perses, qui organisent une coalition où se regroupent Athènes et Argos, Thèbes et Corinthe. Antalcidas sait persuader le Grand Roi que la reconnaissance d’Athènes est plus dangereuse pour l’Empire perse que l’hégémonie spartiate : aussi, en 386 av. J.-C., la paix du Roi impose aux Grecs la façon de voir d’Artaxerxès, à qui est garantie la possession des cités grecques d’Ionie, nouvel abandon par Lacédémone des Grecs d’Asie au profit de sa politique continentale ; le Grand Roi refuse aux Grecs le droit de s’organiser en ensembles puissants, chaque cité devant conserver son autonomie ; Sparte, elle, peut continuer à animer et à régir sa propre ligue, puisque la tradition prétend qu’elle respecte l’indépendance de ses alliés ; sous l’impulsion du roi Agésilas, elle détruit Nantinée, installe une garnison à la Cadmée de Thèbes et intervient contre Olynthe. Les haines qui se développent alors contre l’interventionnisme lacédémonien font, un temps, le succès (à partir de 377 av. J.-C.) de la seconde Confédération athénienne.

Contestée à l’extérieur, la puissance de Sparte manque de sombrer dans des luttes intestines. Déjà, durant la guerre du Péloponnèse, avait eu lieu une réforme capitale pour l’avenir du régime : l’éphore Epitadeus avait établi que les pairs pouvaient disposer à leur gré de leur klêros et sinon le vendre, du moins le léguer à qui bon leur semblait, et ce par haine, dit Plutarque, de son fils ; cette nouveauté favorisa bien vite la constitution d’une nouvelle propriété, le Spartiate riche n’ayant aucune peine à acheter, en quelque sorte en viager, la terre de tel de ses concitoyens en difficulté. Plus grave encore a été l’invasion de la cité par les richesses que la guerre a apportées, mettant en relief les inégalités sociales entre les homoioi et les rendant insupportables.

En 397 av. J.-C. éclate ainsi la révolte de Cinadon, jeune homme qui, quoique d’origine spartiate, ne fait plus partie des pairs, ce qui ne l’empêche pas, d’ailleurs, de servir la cité en des tâches de basse police : cette révolte est étouffée dans le sang, mais les précautions que l’on prend pour écarter Cinadon de Sparte avant de l’exécuter montrent bien que les chefs de la cité (rois, gérontes et éphores) ne peuvent prendre le risque de voir se découvrir ses partisans. Sans doute, dès cette époque, le pouvoir est-il réservé à une caste qu’à juste titre les autres Spartiates peuvent considérer comme leur ennemie.

Le résultat de cette évolution ne se fait guère attendre. En 371 av. J.-C., les Thébains, qui, depuis 373 av. J.-C., ont reconstitué la confédération béotienne, réussissent, grâce au génie d’Épaminondas, à remporter la victoire de Leuctres. Pour la première fois, dans un combat de type traditionnel, les hoplites spartiates sont vaincus ; sans doute leur aretê, cette vertu des soldats rangés en phalange, n’est-elle plus à la hauteur de la situation ; dans un monde tout nouveau que la Macédoine va transformer selon les vues de Philippe et d’Alexandre, Sparte ne sera plus jamais, sauf en quelques sursauts, qu’une puissance de second ordre.