Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

sous-marin (suite)

En 1957, l’US Navy donne une nouvelle extension à l’emploi de la propulsion nucléaire en mettant en chantier le George-Washington. Ce sous-marin de 5 400 t (6 700 t en plongée), entré en service en 1960, est en effet le premier à être armé de 16 missiles balistiques « SLBM » (Submarinal Launched Ballistic Missile) type « Polaris », qui peuvent être munis d’ogives nucléaires. Lancés en plongée grâce à un dispositif pneumatique, ces missiles ont une portée voisine de 2 400 km. Un nouveau type d’arme stratégique est créé ; il jouera désormais un rôle déterminant dans toutes les forces de dissuasion et singulièrement dans la compétition qui oppose les États-Unis et l’U. R. S. S.


Une nouvelle classification des sous-marins

Au cours des années 1965-1970, les sous-marins en service se sont finalement répartis en trois grandes catégories.

• Les sous-marins nucléaires lance-missiles balistiques, désignés dans l’US Navy par le sigle « SSBN », ont pour mission exclusive de dissuader tout agresseur éventuel par la menace de représailles exécutées par explosif nucléaire sur des objectifs terrestres jugés essentiels. Ce type de grand sous-marin, d’un tonnage voisin de 10 000 t en plongée, a été adopté à la suite de la marine américaine par les marines soviétique, britannique et française. Ses qualités de discrétion, dues au silence de ses appareils propulsifs, le rendent très difficile à déceler. Aussi de tels sous-marins, dont l’emploi se situe au niveau le plus élevé des politiques de défense, tendent-ils à devenir une sorte d’arme absolue de la dissuasion. Leur puissance, en effet, s’est encore augmentée par l’accroissement de portée de leurs missiles (SLBM) et par l’adoption des têtes multiples de type « MRV » (Multiple Reentry Vehicles) et « MIRV » (Multiple Independently Targetable Reentry Vehicles) [v. missile].

• Les sous-marins d’attaque, désignés dans l’US Navy par le sigle « SSN », restent au contraire une arme purement navale, destinée à l’attaque des forces de surface ou du trafic commercial adverse. À côté de la torpille*, dont la précision s’est améliorée, leur armement le plus puissant est constitué depuis 1970 par des missiles antisurface lancés en plongée. Chez les Américains et les Soviétiques, suivis depuis 1963 par les Britanniques et dix ans plus tard par les Français, ce type de bâtiment est à propulsion nucléaire ; son tonnage varie entre 2 000 et 4 500 t, et sa vitesse en plongée dépasse 30 nœuds.

• Les sous-marins à propulsion classique (Diesel électrique) demeurent encore nombreux dans les marines des années 1975, notamment comme arme de la lutte anti-sous-marine. En raison de leur prix de construction moins élevé, ils équipent en outre exclusivement les marines des puissances non nucléaires.

Les sous-marins spéciaux

À côté des bathyscaphes*, les sous-marins spéciaux sont de petits submersibles conçus pour l’exécution de missions particulières, et notamment pour l’exploration ou le sauvetage à grande ou à très grande profondeur. Dans ce domaine, la marine américaine dispose d’un sous-marin de recherche océanographique à propulsion nucléaire de 400 t, le « NR-1 », entré en service en 1971, et de l’Aluminaut, engin de 73 t, capable de plonger jusqu’à 4 500 m de profondeur. Un autre engin de ce type, l’Alvin (13 t) a coulé accidentellement en 1968. En outre, l’US Navy a lancé un programme de sous-marins de sauvetage, ou Deep Submergence Rescue Vehicles, de 35 t, capables d’opérer jusqu’à plus de 1 000 m et d’évacuer jusqu’à 24 hommes à la fois d’un sous-marin en difficulté. Ces engins, dont les deux premiers, « DSRV 1 » et « DSRV 2 », ont achevé leurs essais en 1972, sont transportables par avion ou sur le dos d’un autre sous-marin ; mais la difficulté de leur emploi réside surtout dans la localisation du sous-marin en avarie. De grands progrès ont, cependant, été réalisés au cours de la recherche, menée à bien, des débris du sous-marin atomique Thresher, disparu corps et biens par plus de 1 000 m de fond le 10 avril 1963.

En France, le Triton, bâtiment de recherche sous-marine de 1 500 t, est spécialisé depuis 1971 dans les expérimentations de matériel de plongée. Il embarque notamment le Griffon, sous-marin de poche biplace de 17 t en plongée, qui, armé d’un bras manipulateur, peut explorer des fonds jusqu’à une profondeur de 600 m.


Les flottes sous-marines des puissances nucléaires en 1976

• La marine américaine compte 41 sous-marins lanceurs de missiles balistiques (« SSBN ») : 5 « George-Washington » (1959-60), de 5 400 t ; 5 « Ethan-AUen » (1960-1962), de 6 300 t ; 31 « Lafayette » (1962-1966), de 6 650 t. Tous atteignent 20 nœuds en plongée et sont armés de 16 missiles SLBM. Ces derniers sont du type « Polaris A-3 » (portée 4 500 km, trois charges nucléaires de 200 kt) ou, depuis 1970-71, du type « Poséidon », doté d’une ogive à 10 corps de rentrée d’une puissance de 50 kt chacun et pouvant être dirigés sur des objectifs distants de plusieurs centaines de kilomètres les uns des autres. On estime que, sur ces 41 « SSBN », 15 sont constamment en opération : ils sont attachés aux bases d’Holyloch (Écosse), de Rota (Espagne), de Guam et de Pearl Harbor. Le projet « Trident » ou « ULMS » (Underwater Long-Range Missile System), autorisé par le Congrès américain en 1973, prévoit la mise en service, à raison de 3 par an à partir de 1978, de 25 sous-marins « Trident » (estimés 16 000 t en plongée), équipés chacun de 24 missiles « Trident I », de 7 000 km de portée (dotés d’une ogive nucléaire de 12 à 14 corps de rentrée). L’US Navy possède en outre 55 sous-marins d’attaque « SSN » à propulsion nucléaire et en a une vingtaine en construction (dont le type 688 doit atteindre 35 nœuds en plongée).

L’objectif visé par la flotte américaine est d’atteindre une centaine de sous-marins nucléaires d’attaque dans les années 80. Ces bâtiments sont équipés de torpilles et du missile « Subroc », porteur de charge nucléaire.