Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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sous-marin (suite)

Après avoir traversé en 1942 une période très difficile, où, de janvier à septembre, les « U-Boot » menacent en permanence le trafic sur la côte orientale des États-Unis, les Alliés reconquièrent au printemps 1943 la supériorité tactique grâce à l’engagement de leurs porte-avions d’escorte et d’une multitude de destroyers pour la protection des convois. À cette époque, l’amirauté de Berlin dispose de 300 sous-marins, dont 125 environ en opérations. En 1944, trop tard pour mettre en péril la suprématie navale des adversaires, elle met en service le sous-marin type « XXI », remarquablement profilé pour vivre sous la mer et qui marche plus de 15 nœuds en plongée. Un modèle plus révolutionnaire encore fut réalisé par Walter : équipé d’une turbine à gaz, il pouvait atteindre 25 nœuds en plongée pendant une heure !

Malgré quelques performances, les sous-marins de poche, bâtiments de très faibles dimensions (de 9 à 15 m) réalisés par les Anglais (Midget Submarine type « XE-3 »), par les Japonais ou par les Allemands (Seehund), ne répondirent pas aux espoirs qu’ils avaient éveillés et n’eurent qu’un rôle marginal. Au total, les sous-marins allemands ont coulé pendant la Seconde Guerre mondiale 2 775 navires alliés, jaugeant 14,5 millions de tonneaux.

Si la guerre sous-marine dans l’Atlantique a surtout retenu l’attention des historiens, on ne saurait oublier l’importance de celle qui s’est déroulée dans le Pacifique. Sur ce théâtre, les Japonais perdirent plus de 8 millions de tonneaux de navires marchands du fait des sous-marins américains, dont le nombre total atteignait 250 unités le 1er août 1945.


Les sous-marins à l’ère nucléaire depuis 1945

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle l’arme sous-marine a, une fois encore, affirmé sa puissance, les études s’inspirent des ultimes perfectionnements des « U-Boot » allemands. C’est en U. R. S. S. qu’elles prennent le plus d’ampleur, puisque, entre 1950 et 1957, la marine soviétique met en service près de 150 sous-marins de 1 100 t de la classe W. Construits en tronçons préfabriqués, comme les « XXI » allemands, ces sous-marins ont une distance franchissable de 13 000 milles nautiques. Ce programme est suivi d’une vingtaine d’unités de 2 000 t de la classe Z, dont l’autonomie est de 25 000 milles nautiques. Les Britanniques remplacent à partir de 1954 leur dernier sous-marin de la guerre (Andrew, de 1 100 t, mis sur cale en 1945) par la série des « Porpoise » et des « Oberon », sous-marins de patrouille très classiques de 1 600 t, dont 20 unités entrent en service de 1958 à 1967.

En France, où le problème des sous-marins est pratiquement repris à zéro, on aboutit à 2 séries de bâtiments. La première est celle des 6 « Narval » sous-marins de 1 300 t, entrés en service de 1957 à 1960 ; l’autre est celle des 4 « Aréthuse » (1958-1960), petits bâtiments de 400 t, dont la coque supporte une immersion supérieure à 200 m ; dotés de moyens très poussés de détection aérienne et sous-marine, ces bâtiments sont des sous-marins chasseurs de sous-marins dont la coque, très profilée, rappelle celle de leurs ancêtres.

De 1964 à 1970, enfin, entre en service une troisième série, dite « à haute performance », les « Daphné », de 700 t. Armés de 12 tubes lance-torpilles, ces bâtiments, dont la marche est totalement silencieuse, ont été adoptés par plusieurs marines étrangères. Deux d’entre eux, la Minerve, en 1968, et l’Eurydice, en 1970, ont été perdus corps et biens par accident.


Le sous-marin à propulsion nucléaire

Dès 1938, on pense que l’énergie atomique pourrait être employée à la propulsion du sous-marin, car elle ne nécessite aucun apport d’oxygène, ce qui simplifie fondamentalement le problème de la navigation en plongée. À partir de 1946, le commandant américain Hyman G. Rickover (né en 1900), apôtre de la propulsion nucléaire, affecté au service de construction de l’US Navy, dirige la mise au point d’un moteur atomique, ou réacteur, adaptable au sous-marin. Le principe est assez simple : dans le cœur du réacteur, la fission des atomes libère une énergie calorifique qui est employée pour chauffer un premier circuit d’eau maintenu sous pression pour éviter l’ébullition. Ce circuit primaire cède sa chaleur dans un échangeur à un circuit secondaire non pressurisé, qui alimente en vapeur la turbine de propulsion entraînant l’arbre d’hélice et les turbo-alternateurs produisant l’électricité nécessaire au service du bord. Par mesure de sécurité, le réacteur est enfermé dans une épaisse carapace qui fait écran aux radiations nuisibles pour l’équipage.


Premières réalisations aux États-Unis : du « Nautilus » au « George-Washington »

Les premières expériences ont conduit au retour à une coque circulaire hydrodynamique en forme de larme (dite teardrop) qui autorisait de grandes vitesses et une excellente maniabilité en plongée, mais dont les qualités nautiques en surface étaient aussi médiocres que celles de son ancêtre le Gymnote. Cette nouvelle forme, qui sera bientôt adoptée par tous les sous-marins nucléaires américains, sera réalisée sur l’Albacore, unité expérimentale lancée en 1953. Un an après entre en service le Nautilus, premier sous-marin de l’histoire à propulsion nucléaire, qui, après essais, prend la mer pour la première fois en janvier 1955. Déplaçant 4 000 t en plongée, il marche 20 nœuds et est armé de 6 tubes lance-torpilles de 533 mm. En août 1958, exploit sans précédent, il parvient, à plus de 120 m de plongée, à franchir la calotte glaciaire arctique et parcourt en 26 mois 62 000 milles sur la première charge de son réacteur, puis, dans le même temps, 93 000 milles sur la seconde. Dans l’histoire des sous-marins, la mutation est d’importance, puisque, jusqu’ici, en dépit de son nom, ce type de bâtiment n’était qu’un submersible pour lequel la navigation en plongée présentait un caractère exceptionnel. Avec la propulsion nucléaire, le sous-marin peut, au contraire, naviguer constamment en plongée et ne fait plus surface que pour accéder au port. C’est ainsi que le Triton (6 000 t), dérivé du Nautilus, accomplit en 1960 le tour du monde en plongée, soit un périple de 41 519 milles nautiques en 84 jours à la vitesse moyenne de 18 nœuds.