Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Soudan (suite)

Le Soudan méridional

Au sud du 10e parallèle commence un monde nouveau, rattaché arbitrairement au Soudan. Dans le Bahr el-Ghazal, l’inondation par la crue du Nil Blanc d’un modelé continental faiblement différencié restreint considérablement le domaine de l’élevage, alors qu’en hiver de vastes espaces à vocation pastorale sont libérés par les eaux. Les conditions du milieu, sans la déterminer, expliquent l’uniformité du genre de vie des Nilotiques, qui associent une agriculture sur bourrelets exondés à un semi-nomadisme pastoral vers les pâturages. La notion d’État est inexistante chez ces peuples, pulvérisés en groupuscules, et les rares villes comme Juba sont des créations coloniales. Dans le deep South, des populations nilochamites et « soudanaises » pratiquent une agriculture peu raffinée, sans appoint de l’élevage, décimé par les Trypanosomes. La question linguistique ainsi que l’écart de développement entre les deux Soudans rendent problématique l’intégration du Sud dans un pays à majorité arabophone.


Le Soudan utile

La Gezireh (en ar. al-Djazīra : « l’île »), langue de terre séparant les Nils avant leur confluence à Khartoum, est une des rares régions géographiques « fonctionnelles » d’Afrique. La justification de l’œuvre de colonisation était la culture du coton. Les aménagements ont été réalisés dans une plaine faiblement inclinée, au peuplement médiocre. Depuis la mise en eau du barrage de Sennar (1926), la superficie des secteurs irrigués a été progressivement accrue et elle est aujourd’hui de 750 000 ha. La Gezireh est la « perle du Soudan, providence du gouvernement de Khartoum (près de la moitié de ses recettes) » [P. Gourou]. La base du système reste le coton, en dépit de l’établissement de rotations techniques et de la diversification des cultures rendue nécessaire par les aléas du marché cotonnier et les besoins alimentaires d’une population en accroissement rapide. Sommet de ce delta renversé, la capitale du Soudan possède une situation remarquable à la confluence des Nils, au croisement de la voie nilotique et de la route sahélienne, et sa croissance a suivi les progrès de la Gezireh. Elle apparaît toutefois quelque peu excentrée dans un Soudan unitaire.

L’absence de liens entre ces vies régionales divergentes et éparses explique les difficultés rencontrées par le Soudan, depuis son indépendance, pour les grouper sous une autorité unique et autour d’intérêts communs.


Les problèmes du Soudan indépendant


Les obstacles au développement

Après la fin de la « guerre de Sécession » et la reconnaissance de la personnalité du Sud, le Soudan se trouve encore confronté à trois problèmes majeurs.

• L’eau. Le tiers du pays se trouve au nord de l’isohyète des 300 mm, limite de l’agriculture sans irrigation. L’utilisation des eaux du Nil n’est pas illimitée, des accords entre l’Égypte et le Soudan fixant la part de ce dernier à 20 milliards de mètres cubes, quota qui sera totalement utilisé dans moins d’une décennie. De surcroît, 35 p. 100 des Soudanais habitent des régions ne bénéficiant pas de précipitations en quantité suffisante, et les potentialités hydriques du sous-sol sont réduites par la nature du substrat géologique.

• Les transports. Les vastes dimensions du Soudan font de l’organisation des transports une question vitale pour l’économie d’un pays qui est un archipel aux relations fragiles ; l’option ferroviaire ayant été choisie, le réseau sans ballast est en expansion (5 500 km en 1970), mais nombre de régions restent enclavées. Le pays lui-même a été confiné (de 1967 à 1975) dans une semi-insularité par la fermeture du canal de Suez, qui a fortement affecté le trafic de Port-Soudan.

• Les capitaux. Les multiples tentatives faites pour attirer le capital étranger sont restées sans grand effet ; la politique intérieure et la guerre civile ont découragé les investisseurs étrangers jusqu’à une date récente. Les gouvernements successifs ont dû se substituer à eux en accroissant considérablement les investissements publics, qui représentent plus de la moitié des dépenses budgétaires.


L’agriculture

L’économie est dominée par la prépondérance du secteur primaire, qui emploie les quatre cinquièmes de la population active. Malgré un taux d’accroissement naturel fort élevé (2,8 p. 100), le pays, encore faiblement peuplé, ne connaît pas les problèmes de subsistance auxquels l’Égypte est confrontée. Les principales cultures de subsistance — le « doura » (variété sauvage de sorgho), les millets, le maïs, le manioc — assurent une ration individuelle de 150 kg par an. L’élevage n’est encore qu’une richesse potentielle, sous-exploitée. Le gouvernement s’attache à accroître la part de l’agriculture commerciale, qui lui procure des rentrées de devises. Le pays vit du coton, un des meilleurs qui soient par la longueur et la finesse de ses fibres (230 000 t). Il est néanmoins nécessaire de libérer l’économie de la prédominance de cette culture, qui assure environ la moitié des exportations, en diversifiant la production (gomme arabique, arachide, sésame).


L’industrie

L’absence de minerais économiquement exploitables, la limitation des ressources hydro-électriques et le faible intérêt des nappes pétrolifères sont des freins à l’industrialisation. Les industries existantes se bornent à traiter les produits agricoles locaux (usines textiles, tanneries, huileries), entreprises pour la plupart gérées par l’État. Les investissements privés, fortement encouragés par l’Industrial Act de 1967, devaient permettre au secteur secondaire de représenter 13 p. 100 du produit national brut à la fin de l’actuel plan quinquennal (1974), contre 5 p. 100 en 1970, et de réduire la part des biens d’équipement dans les importations.

L’économie du Soudan, qui figure parmi les 25 États les plus pauvres du monde, offre toutes les caractéristiques du sous-développement. Toutefois, l’expérience politique du pays lui confère à l’intérieur du tiers monde une place originale, puisque, contraint pour préserver sa cohésion de se maintenir à mi-chemin du monde arabe et du monde noir, il peut en être le trait d’union.

Y. L.