Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Soudan

En ar. al-Djumhūriyya al-Sūdān, État d’Afrique ; 17 millions d’habitants. Capit. Khartoum*.


État le plus vaste d’Afrique (2 506 000 km2, 8 p. 100 de la superficie du continent), étiré entre Sahara et équateur (de 23 à 4° de lat.), jouxtant huit États aux destinées diverses (Libye, Égypte, Tchad, Zaïre, République centrafricaine, Ouganda, Kenya, Éthiopie), le Soudan participe à la fois du monde arabe et du monde africain. Cette situation géographique a pesé sur toute son histoire : les réalités ethniques dominent la vie de ce pays charnière auquel la nature a mesuré ses dons et qui, depuis son indépendance, acquise en 1956, n’est pas une nation unanime dans la volonté de développement.


Les composantes géographiques


Un État étiré en latitude

Les accidents orographiques sont trop faibles pour troubler le cortège des paysages bioclimatiques. Le relief de plaines et de plateaux domine dans le complexe de base du Précambrien, qui affleure sur les deux tiers de la surface du pays et dans les grès secondaires du Nord. La formation de la gouttière nilotique à l’ère tertiaire s’est accompagnée du relèvement des bordures : le seuil cristallin qui sépare les bassins du Tchad et du Nil porte des massifs volcaniques, notamment le djebel Marra, qui dépasse 3 000 m ; les reliefs orientaux qui jouxtent la mer Rouge culminent à 2 405 m. Ce sont les précipitations qui diversifient les paysages. La dégradation pluviométrique du sud au nord se manifeste par une diminution des totaux annuels (d’environ 100 mm par degré de latitude), par la réduction de la saison humide et par une irrégularité interannuelle croissante. Une bande « sahélienne » qui reçoit entre 300 et 600 mm fait la transition entre le milieu « soudanien » au sud du 10e parallèle et le milieu « saharien », qui règne sans partage au nord du 15e parallèle. Strate herbacée et arbres composent dans le domaine soudanien (de 1 500 à 600 mm) une mosaïque de savanes-forêts décidues. Le sahel (de 600 à 300 mm) est le domaine des épineux (acacias essentiellement), qui se pressent en fourrés. Vers le désert apparaît la steppe, qui domine dans les milieux semi-arides (de 300 à 75 mm) et fait progressivement place à un paysage minéral dans les milieux arides, voire hyperarides (moins de 75 mm).


Un État nilotique

Ces trois régions bioclimatiques sont traversées par le Nil, qui crée ses propres paysages végétaux : dans le Bahr el-Ghazal, où s’étalent les eaux du Nil Blanc, une végétation aquatique forme par endroits une véritable « banquise », le sadd, qui retarde l’écoulement des eaux. Au nord de Khartoum, la vallée est longée par les palmeraies en dépit de la sécheresse. Après l’Atbara, le fleuve ne reçoit aucun affluent permanent, et son débit est donc sous la dépendance des deux branches supérieures de son cours : le Nil Blanc (ou Bahr el-Abiad), aux apports continus, et le Nil Bleu (ou Bahr el-Azrak), responsable des crues estivales. Le Soudan possède certes une fenêtre de quelque 600 km sur la mer Rouge, mais l’intérieur en est séparé par l’écran du massif Arabique ; aussi le Nil apparaît-il comme la voie d’accès et l’exutoire naturel du pays. En fait, l’Égypte n’a pas exercé sur le Soudan une action permanente et souveraine, et la non-navigabilité du Nil des cataractes est le symbole de ce divorce. Le verrou de la vallée moyenne, constitué par les royaumes chrétiens de Nubie, n’a sauté qu’au xve s. sous les coups de musulmans originaires de l’Ouest (et non du Nord : aussi l’islām soudanais est-il maghrébin et non égyptien). La route du Sud semblait dès lors ouverte jusqu’aux confins du massif Abyssin, mais les marais du Bahr el-Ghazal et l’insalubrité ont interdit l’arabisation et l’islamisation du quart du pays au sud du 10e parallèle, qui appartient à l’Afrique noire. Sa réunion au reste du Soudan est un fait récent, d’origine coloniale.


Un État artificiel

L’hétérogénéité du peuplement s’explique par la situation du Soudan à la limite de deux mondes. La diversité du stock humain (plus de 500 ethnies) se résume en fait à une opposition Nord-Sud. Le groupe arabe du Nord englobe des populations dont les genres de vie (du grand nomadisme à l’agriculture) et les origines raciales (Arabes généralement métissés, Noirs, Berbères et Chamites) sont très variés. Aussi est-ce le critère linguistique qui doit être retenu. Le groupe méridional non arabisé et de race négroïde rassemble des Nilotes (Nuers, Chillouks), des Nilochamites et des « Soudanais » aux langues différentes. Un second clivage d’ordre religieux oppose les populations nordiques, islamisées et majoritaires, aux populations du Sud, animistes ou christianisées : le drame intérieur du Soudan résulte du refus de ces dernières de se soumettre à la politique d’islamisation forcée de Khartoum.

Le contraste vigoureux entre ces deux humanités pose le problème du passage de la conscience ethnique à la conscience nationale dans les frontières héritées de la colonisation.


Les régions

La principale différenciation régionale procède des oppositions entre Soudan islamisé et Soudan « pagano-chrétien », mais c’est une région de création coloniale qui est la base de l’économie nationale, le « Soudan utile ».


Le Soudan arabisé

Dans un milieu naturel teinté d’aridité, les populations arabophones ont un large éventail de genres de vie. La marche du Soleil et la pluie qui l’accompagne rythment les déplacements des grands nomades chameliers et des petits nomades, et l’espace qu’ils parcourent est faiblement marqué de leur empreinte. Toutefois, çà et là, s’individualisent des taches de peuplement correspondant à des espaces aménagés par des paysanneries culturellement assimilées, où des villes d’essence précoloniale sont nées d’échanges obligés entre pasteurs et sédentaires. D’autres taches de densité sont les isolats nilotiques ; ainsi, les Noubas, fuyant devant la poussée arabe, ont quitté la vallée du Nil (Nubie) pour se réfugier dans les massifs cristallins au sud d’El-Obeïd, où ils ont dû choisir des méthodes culturales intensives pour assurer leur subsistance. Leur résistance culturelle tend cependant à s’atténuer depuis la colonisation.