Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Sixte V ou Sixte Quint (suite)

En janvier 1588, il réforme la curie en instituant quinze congrégations cardinalices, neuf d’entre elles étant chargées d’assister le pape dans le gouvernement de l’Église universelle, les six autres devant administrer les États pontificaux. Il réserve la présidence des plus importantes de ces congrégations au pape, qui, conservant la décision finale, possède le monopole du pouvoir contre l’ancienne oligarchie des cardinaux.

Parmi les congrégations instituées par Sixte Quint, il faut signaler la Congrégation consistoriale, qui doit procéder aux enquêtes préalables sur les nouveaux évêques et sur le transfert des anciens, la congrégation des Rites, chargée des problèmes de liturgie, et celle des Réguliers, qui tranche les questions concernant les ordres religieux. La congrégation du Saint-Office (instituée dès 1542) et celle de l’Index (créée en 1571, mais que Sixte Quint complète et sépare entièrement de la précédente en 1587) veillent à la pureté de la foi. Quant à la congrégation du Concile (créée en 1564), elle reçoit de Sixte Quint des pouvoirs plus étendus en matière d’interprétation des décrets du concile de Trente.

Ces congrégations, qui assurent la centralisation et l’efficacité du pouvoir pontifical, demeurent aujourd’hui encore l’ossature de l’administration de l’Église. Cette œuvre centralisatrice est complétée par des décrets qui prescrivent aux évêques de faire régulièrement leurs voyages ad limina. Le déroulement et l’ordonnance de ces visites à Rome sont réglementés, et l’évêque doit remettre à cette occasion un rapport écrit sur l’état de son diocèse. Ainsi, par ce moyen, le pape renforce son autorité sur les évêques et améliore sa connaissance de l’état religieux des divers pays de la chrétienté.

Il remet également de l’ordre dans les États de l’Église et lutte contre les féodaux qui s’y livrent au brigandage. Il embellit la ville de Rome, où il fait placer l’obélisque de Caligula sur la place Saint-Pierre, symbole du triomphalisme catholique sur le paganisme. Il charge l’architecte Domenico Fontana d’achever la coupole de la basilique Saint-Pierre, de reconstruire le palais du Latran et d’édifier à Sainte-Marie-Majeure la chapelle Sixtine ; il fait, en outre, moderniser la bibliothèque et le palais du Vatican. Esprit pratique, il reconstruit les grands aqueducs romains et assure la distribution d’eau potable dans la Ville éternelle ; il entreprend également l’assèchement des marais Pontins.

Réformateur des études, il fonde l’imprimerie du Vatican et y fait publier l’édition des Septante. Il approuve la création de l’université de Graz, confiée aux Jésuites et destinée à promouvoir la restauration catholique sur ces marches de l’Empire habsbourgeois. Il favorise également la propagation de la doctrine de saint Bonaventure*, en proclamant celui-ci docteur de l’Église (1587), en créant à Rome un collège à cet effet (1588) et en faisant imprimer ses écrits.

Il sera moins heureux quand il décidera de faire imprimer une nouvelle édition de la Bible, la Vulgate. Sans compétence particulière, il en corrigera lui-même le texte et voudra l’imposer, à l’exclusion de toute autre, comme seul texte authentique des Écritures (1590). Cette édition, truffée d’erreurs, fera scandale et sera retirée de la circulation dès la mort du pontife.

Sixte Quint approuve la fondation de plusieurs ordres religieux : Feuillants (1586), Camilliens de saint Camille de Lellis (1586), Clercs réguliers mineurs ou Caracciolins (1588). S’il montre peu de faveur aux Jésuites, il protège, dans la famille franciscaine, les Réformés et, chez les Carmes, les Déchaussés de saint Jean de la Croix. En 1588, il aide les Théatins à se réorganiser.

Dans le domaine de la politique, il s’efforce de maintenir un difficile équilibre parmi les États catholiques, dont certains sont déchirés par de violentes luttes religieuses, mais sa prétention de dominer rois et princes est anachronique : Sixte Quint revendique en effet le « pouvoir direct » sur le monde entier, c’est-à-dire la faculté de déposer rois et empereurs.

Il met cette doctrine en application lorsque, par sa bulle « privatoire » du 21 septembre 1585, il dépossède Henri de Navarre de tous droits à la couronne de France, parce que protestant. Mais cette ingérence provoque en France de violentes attaques contre lui, qu’on ira jusqu’à menacer d’un concile, et y renforce le courant gallican.

P. P. et P. R.

➙ Contre-Réforme / Église catholique ou romaine / Papauté / Rome.

 J. A. von Hübner, Sixtus der Fünfte (Leipzig, 1871, 2 vol. ; trad. fr. Sixte-Quint, Franck, 1870, nouv. éd. Hachette, 1882, 2 vol.). / H. Höpfl, Beiträge zur Geschichte des Sixto-klementinischen Vulgata (Fribourg, 1913).

Sjöström (Victor)

Metteur en scène de cinéma suédois (Silbodal, Värmland, 1879 - Stockholm 1960).


Après avoir abandonné ses études à seize ans, Victor Sjöström inaugure en 1896 une très brillante carrière théâtrale en jouant Maître Olof d’August Strindberg en Finlande. Pendant une quinzaine d’années, au hasard d’innombrables tournées dans les pays scandinaves, il va interpréter notamment Shakespeare, Ibsen, Sienkiewicz, Wilde, Dickens, Johann Sigurjónsson, Victorien Sardou, Robert de Flers et Gaston de Caillavet. En 1911, il crée avec Einar Fröberg sa propre compagnie. En 1912, il accepte la proposition du directeur de la Svenska Biografteatern Charles Magnusson, qui l’engage aux côtés de Mauritz Stiller pour réaliser des films. Un incendie ayant détruit certaines de ses premières bandes, il faut donc se fier au jugement (favorable) de ceux qui ont eu le privilège de voir en leur temps ces premiers essais d’un jeune acteur encore fort influencé par la vogue des films danois. On sait que le cinéma danois était à l’époque à la pointe de l’avant-garde, avait le secret des drames « héroïco-lacrymaux » et venait d’inventer un type de femme cruelle et ravageuse, dénommée « vamp », dont le succès suscitera une foule d’imitations des deux côtés de l’Atlantique. Sjöström se soumet donc aux caprices de la mode, mais trouve son « style » dès 1913 dans Ingeborg Holm, un « style » qui est encore fortement brimé par les conventions théâtrales, mais qui parviendra à s’en dégager vers 1916, année où Sjöström dirige Terje Vigen. Dans cette œuvre, le panthéisme de l’auteur bouleverse les rapports d’étroite vassalité entre le cinéma et le théâtre. La caméra refuse d’être cet instrument docile qui sert aux metteurs en scène timorés pour pratiquer de plates décalcomanies théâtrales. Le cinéma respire ; la nature se voit attribuer le rôle principal du drame. Dans Terje Vigen, c’est la mer. Dans les Proscrits, un an plus tard, c’est la montagne et la neige. Dans le Vent, en 1928, ce sera la tempête de sable. En 1916, la romancière Selma Lagerlöf* cède les droits de ses livres à la Svenska, et son art influencera tout le cinéma suédois muet, et notamment Sjöström, qui sut traduire en images l’univers particulier de la grande conteuse de Dalécarlie. Après les Proscrits, qui demeure l’un des plus beaux fleurons de l’amour fou, un poème lyrique d’une constante beauté sur la fuite éperdue de deux amants traqués dans les solitudes montagneuses et glacées de Laponie, Sjöström tourne successivement la Fille de la tourbière (1917), la Voix des ancêtres (1918), le Monastère de Sandomir (1919), la Montre brisée (1919) et surtout la Charrette fantôme (1920), dont le retentissement fut mondial : ce mélodrame allégorique — célèbre par certaines nouveautés techniques, comme les surimpressions, par une très belle photographie signée par le collaborateur de Sjöström, Julius Jaenzon, et par l’interprétation de l’auteur lui-même dans le rôle de l’alcoolique et brutal David Holm — reste aujourd’hui encore une œuvre intéressante non par les intentions quelque peu moralisatrices du scénario, mais par la poésie étrange et mystérieuse qui baigne certaines séquences justement renommées, comme la promenade de la charrette conduite par la Mort.

Toute l’école expressionniste allemande a été influencée par Sjöström, et des films comme Nosferatu le vampire (1922) ne peuvent qu’avouer leur filiation directe, sans pour autant perdre leurs propres vertus.