Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Sinn Féin (suite)

En janvier 1919, les députés Sinn Féin, conformément à la doctrine du mouvement, refusent d’aller siéger à Westminster. Ils se réunissent à Dublin, où ils se constituent en Parlement de la République irlandaise (Dáil Éireann, c’est-à-dire l’Assemblée de l’Irlande), reprenant à leur compte la déclaration d’indépendance des insurgés de 1916 et adoptant une Constitution provisoire, tout en mettant leurs espoirs dans la conférence de la paix qui se réunit à Paris. En même temps, les volontaires armés de l’Irlande (Irish Volunteers), apparus en 1913, se reconstituent sous le nom d’Armée républicaine irlandaise (Irish Republican Army, ou IRA) : c’est désormais la branche militaire du Sinn Féin. Dans la période dite « des Troubles » (1919-1921), qui est marquée par une série d’affrontements armés entre Irlandais et Britanniques, le Sinn Féin, confondu avec le mouvement républicain, est l’âme de la lutte. Mais, au lendemain du traité du 6 décembre 1921, par lequel l’indépendance est reconnue à l’État libre d’Irlande, à l’exception des six comtés d’Ulster restés fidèles au Royaume-Uni, les nationalistes irlandais se divisent entre partisans et adversaires de la partition : c’est la guerre civile (1922-23), au cours de laquelle les éléments les plus déterminés du Sinn Féin et de l’IRA se rangent aux côtés de De Valera contre les leaders, William Thomas Cosgrave (1880-1965), Griffith, Michael Collins (1890-1922), qui ont accepté le traité.

Mais, lorsque De Valera se rallie à son tour à l’État libre et fonde le parti du Fianna Fáil (1926-27), une poignée d’irréductibles continue sous le nom de Sinn Féin à lutter pour une Irlande républicaine et unie. C’est la troisième phase dans l’histoire du Sinn Féin, celle d’un petit groupe minoritaire de nationalistes intransigeants appuyés sur l’IRA, qui ne reconnaissent la légitimité ni du gouvernement d’Irlande du Nord ni de l’Éire. Les adhérents du parti (qui choisit alors comme leader Mary Mac Swiney, sœur d’un patriote martyr, Terence Mac Swiney [1879-1920]) se considèrent comme les seuls dépositaires de l’idéal nationaliste et républicain des insurgés de 1916. Leur but est de mettre fin à la domination britannique sur le sol irlandais, d’établir une république unifiée, démocratique et sociale, et de restaurer la langue et la culture nationales.

Toutefois, depuis 1927, le Sinn Féin n’a guère remporté de succès aux élections, soit au Dáil, soit en Irlande du Nord. Tout au mieux a-t-il eu (vers 1955-1957, par exemple) quelques élus, mais qui ont toujours refusé de siéger. Par ailleurs, des coups de main ont été organisés de temps à autre par l’IRA afin de maintenir une activité minoritaire au moins sporadique.

Cependant, à la fin des années 60, le nationalisme militant a accru considérablement son audience, en même temps que se produisait une poussée à gauche : le Sinn Féin a passé ainsi d’une attitude purement irrédentiste à une position socialiste, influencée directement par le marxisme. C’est lui qui, depuis 1969, a joué le rôle principal dans la résistance armée ou passive à l’armée britannique et au gouvernement d’Irlande du Nord. Mais, en 1970, le mouvement a été affaibli par une grave scission : les « provisoires » (Provisional), éléments les plus militants de l’IRA, se sont opposés aux « réguliers » (Regular) de l’IRA « officielle ». Les premiers prônent une action armée incessante et sans ménagements, dans la ligne du nationalisme traditionnel, tandis que les seconds subordonnent la lutte militaire à une perspective politique dans un sens socialiste. Le Sinn Féin n’en reste pas moins le mouvement le plus significatif de l’Irlande contemporaine.

F. B.

➙ Irlande.

sionisme

Mouvement ayant pour objet le retour du peuple juif en Palestine, dans un État juif reconstitué.


Le mot vient de « Sion », antique citadelle de Jérusalem située sur une colline au sud de la vieille ville. Appliqué plus tard à Jérusalem, puis, par métonymie, à toute la Palestine, le nom de Sion devint le symbole de l’espérance du retour des Juifs en Palestine.


Les origines

L’espérance de cette restauration est une donnée constante de la pensée juive ; elle est associée à l’idée de l’avènement messianique et explique toutes les révoltes, tous les mouvements déchaînés par les « pseudo-Messies » — comme David Alroy (au xiie s.), David Reubeni et Salomon Molcho (au xvie s.), Sabbataï Zevi (au xviie s.) — à des moments où les persécutions encourues, en Europe et en Orient, apparaissent, dans la perspective mystique, comme les « affres de l’enfantement du Messie ».

Au Moyen Âge, à l’époque de la Renaissance et encore au xviiie s., de nombreux rabbins vont se fixer en Terre sainte. L’idée de la restauration de l’État juif n’est pas étrangère à certains chrétiens, notamment au prince de Ligne (1735-1814) et au général Bonaparte. Les raisons de cet intérêt peuvent avoir été d’ordre philosophique ; il faut faire aussi la part du romantisme (Lamartine) et des intérêts économiques. Des romans de Disraeli et de George Eliot sont consacrés à cette résurrection, ainsi que les essais d’Ernest Laharanne (la Nouvelle Question d’Orient. Empires d’Égypte et d’Arabie. Reconstitution de la nationalité juive, 1860) et de George Gawler (1796-1869) [Tranquillization of Syria and the East, 1845].

Le « réveil des nationalités » du xixe s. est une des circonstances favorables à la naissance du nationalisme juif. L’émancipation intellectuelle provoquée par les promoteurs juifs d’un réveil culturel, rompant les cadres de la tradition religieuse, joue également un rôle. Le déchaînement des pogroms en Russie, à partir de 1881, sera le stimulant décisif.

L’idée d’une colonisation agricole comme moyen de réhabilitation des masses juives opprimées, par un développement économique normal, apparaît au milieu du xixe s., préconisée par les efforts des philanthropes Edmond de Rothschild (1845-1934), Juda Touro (1775-1854), sir Moses Montefiore (1784-1885), qui fondent des écoles et des entreprises agricoles.