Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Silésie (suite)

La haute Silésie


Le charbon

Cette région est essentiellement un énorme bassin houiller et industriel, à peu près enfermé dans la voïévodie de Katowice, qui a accaparé 16 p. 100 des investissements dans l’industrie de toute la Pologne de 1961 à 1970 et qui a reçu pour l’année 1971 près du quart des investissements consacrés à l’industrie, près du cinquième dans la construction.

Ce développement est dû à la présence d’un bassin renfermant plus de 50 milliards de tonnes de charbons exploitables dans de bonnes conditions, fournissant actuellement plus de 140 Mt par an. La région est une agglomération à base minière comparable à celles de l’Europe occidentale, notamment la Ruhr, et de loin le premier bassin des pays de l’Europe socialiste (U. R. S. S. exclue). Les couches houillères composent un triangle dont les sommets sont Cracovie, Opole et Ostrava (Tchécoslovaquie), mais la partie réellement exploitée suit la vallée supérieure de l’Odra.


L’espace industriel

Le charbon est à la base de la production d’électricité (centrales géantes fournissant le cinquième de la production nationale) et d’acier (une quinzaine de combinats sidérurgiques fournissant une douzaine de millions de tonnes d’acier, soit 80 p. 100 de la production nationale). Le mouvement de marchandises (barges sur l’Odra et gares de triage) représente le tiers du total du trafic polonais. Plus d’un demi-million de personnes sont transportées quotidiennement sur un réseau de 340 km de tramways, et plus de 250 000 sur 1 200 km de lignes d’autobus.

Le bassin industriel lui-même a une taille gigantesque : sur une superficie de plus de 2 000 km2 s’étend une agglomération de 2 millions d’habitants. Katowice, avec 300 000 habitants, en est la capitale ; sept autres villes dépassent chacune 100 000 habitants. La plupart sont situées là où les veines étaient épaisses de plusieurs dizaines de mètres. Certains puits ont des capacités de production de l’ordre de 3 Mt. On compte en tout plus d’un demi-million de salariés dans l’industrie, dont plus de 200 000 mineurs.

En outre, situés au-dessus des couches du houiller, dans les grès et les dolomies triasiques, des gisements de zinc et de plomb aux fortes réserves alimentent la moitié de la production polonaise. On passe, dans les paysages, des installations classiques de pays noir (terrils, chevalements, crassiers, corons, centrales thermiques géantes à réfrigérants atmosphériques) à des implantations plus modernes, utilisant la matière première, telles que les usines de construction de machines, d’outillage, etc. L’histoire de la région est bien retracée par le musée ethnographique de Bytom et le musée de la haute Silésie de Chorzów.

Les industries se transforment et se déplacent. L’extraction migre vers le sud, en direction de la frontière tchèque, dans des couches formant un puissant synclinorium faillé. Les branches d’aval de la production sidérurgique, telles que la construction mécanique, les alliages, l’engineering, le matériel roulant, ainsi que, de plus en plus (pour occuper la population féminine), les industries alimentaires, du cuir et des textiles se développent. Des fabrications nouvelles apparaissent. Ainsi, un accord a été signé entre l’Administration polonaise et la Fiat pour l’établissement en haute Silésie, à Bielsko-Biała, d’ateliers de fabrication d’un rythme de 150 000 voitures par an d’ici à 1980.


La faible différenciation actuelle de l’espace urbain

Katowice est la capitale de la haute Silésie : simple agglomération de mineurs avant 1939, elle est devenue ville à fonctions secondaires et tertiaires. Elle a vu s’implanter un ministère des Mines et de l’Électricité, des bureaux commerciaux, des filiales d’enseignement supérieur (dépendant de l’université des Jagellons de Cracovie et nouant ainsi des rapports de services avec la grande capitale historique, située hors du bassin), un institut économique supérieur, une école supérieure de mécanique, etc.

Au contraire de Katowice, les autres villes se distinguent mal de leur complexe industriel. Certaines sont presque uniquement minières : Zabrze, centre minier industrialisé depuis le xive s., rassemble autour de ses mines et de ses fonderies plus de 190 000 habitants sur 79 km2 ; Ruda Śląska est formée de la réunion de deux agglomérations de mineurs. D’autres possèdent des activités plus différenciées : Nowy Bytom, extraction du charbon, mais encore métallurgie du plomb et du zinc ; Chorzów, ville houillère, sidérurgique, traitant le plomb et le zinc, et possédant un gros combinat d’azote ; Bytom (près de 200 000 hab.), le plus ancien centre historique, ville houillère, possédant des usines chimiques alimentaires ; Będzin, qui unit l’extraction du plomb et du zinc (40 000 hab. sur 13 km2) ; Sosnowiec, la ville la plus étendue du bassin avec Dąbrowa Górnicza, qui a été l’une des premières à être reliée par voie ferrée à Vienne (dès 1859) et qui, sur 42 km2, compte 132 000 habitants, occupés dans les mines de houille, plusieurs fonderies, des constructions de machines, des combinats textiles et alimentaires.


Environnement et villes nouvelles

Les problèmes de l’environnement se posent : pollution et rareté des eaux industrielles (cette dernière devant être combattue par des projets de barrages sur la haute Vistule et les rivières carpatiques), pollution de l’atmosphère (réduite par la construction de villes nouvelles en dehors du cœur du bassin [appelé zone A] et la fondation de parcs de récréation, dont un grand parc zoologique et un parc contenant un planétarium). Aussi, la haute Silésie polonaise, comme la Silésie tchèque, tend-elle à devenir un foyer de villes nouvelles, généralement de quelques milliers d’habitants, situées à l’extérieur du bassin ; 60 p. 100 des logements construits entre 1961 et 1970 l’ont été hors de la partie centrale : Pyskowice à l’ouest et surtout, avec une population qui approche les 100 000 habitants, Nowe Tychy au sud, laboratoire expérimental de nombreuses formules urbanistiques. Cette ville devient le symbole d’une Silésie polonaise qui offre encore en son centre des cheminées de suie et des murs noircis, mais qui s’est, cependant, transformée au cours des vingt-cinq dernières années, devenant le centre industriel et démographique le plus important du Comecon.

A. B.