Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

sève (suite)

En ce qui concerne les plantes aériennes, le facteur le plus efficace dans la journée semble être la transpiration, qui provoque une aspiration puissante au niveau des feuilles. En effet, l’eau perdue par celles-ci est immédiatement remplacée si la plante verte reste en bon état ; de proche en proche, cet appel se transmet le long des vaisseaux ; la dépression ainsi créée, forte au niveau des feuilles, se comble peu à peu vers les racines. On peut montrer l’existence de cet appel foliaire en provoquant l’aspiration d’eau et de mercure dans un tube de verre au sommet duquel est lutée une tige feuillée ou bien en faisant absorber à une tige séparée de ses racines un liquide coloré qui monte jusqu’aux feuilles. En utilisant des manomètres ou en mesurant les colonnes d’eau ou de mercure soulevées, ou en remplaçant la tige coupée par une pompe placée à la base du tronc, on évalue l’importance du phénomène (de 20 à 30 atmosphères).

La dépression observée est transmise de proche en proche dans les vaisseaux du fait de la cohésion. L’ascension dans les vaisseaux se fait de façon passive sous l’effet de la dépression. In vitro, des mesures ont pu donner des valeurs de 200 atmosphères en utilisant comme liquide de la sève brute, alors que l’on n’a trouvé dans la nature, à l’intérieur des vaisseaux, que des valeurs d’une trentaine d’atmosphères, très suffisantes pour expliquer la montée de la sève dans les cas les plus extrêmes. Cette explication a été critiquée en invoquant la fragilité de la colonne de liquide, qui se rompt sous l’action de chocs légers ; mais, dans la nature, les parois des tubes sont imbibées d’eau, et il existe des forces de cohésion entre cette eau et celle qui circule dans les vaisseaux. Ce fait rend beaucoup plus solide la colonne de sève, qui ne se brise pas sous l’effet du vent. Si un accident survient, d’autres vaisseaux y suppléent. Chez la Vigne, par exemple, il y a deux fois plus de tissu conducteur que nécessaire pour éviter la fanaison. Une autre force joue également un rôle important dans la montée de la sève : c’est la poussée radiculaire. Si l’on sectionne un cep de vigne au printemps, la quantité de sève recueillie est énorme et développe une pression décelable par un manomètre convenablement adapté à la section ; ces pressions peuvent expliquer dans certains cas la montée de la sève à plusieurs mètres de hauteur (90 m chez le Marronnier). Cette poussée radiculaire est due principalement aux phénomènes passifs d’osmose : les divers cytoplasmes cellulaires sont plus concentrés que les solutions minérales du sol ; un appel d’eau du sol vers les tissus se fait donc, et l’écoulement dans les vaisseaux évacue ce liquide ; mais il est certain, également, qu’un travail cellulaire intense joue un rôle actif et très important aussi bien dans la pénétration de l’eau que dans celle des sels minéraux.

Il semble que, lorsque la transpiration est importante, cette dernière soit seule à jouer ; par contre, si elle cesse, la poussée radiculaire se développe pour devenir seule efficace (plantes aquatiques).

On invoque aussi le rôle actif des cellules bordant les vaisseaux. Cette intervention se traduit par la résorption de bulles apparues accidentellement dans les vaisseaux et par le transport d’une partie de la sève lorsque les vaisseaux âgés sont obturés par des thylles, que ces cellules ont d’ailleurs sécrétées. Les réserves glucidiques hydrolysables facilitent ce processus osmotiquement.


La sève élaborée

La sève élaborée est plus concentrée en sucres et en sels minéraux, et de 5 à 20 p. 100 plus visqueuse que la sève brute. Elle est recueillie parfois à des fins alimentaires : celle du Frêne a été autrefois exploitée en Italie ; celle de divers Palmiers est la matière première du vin de palme grâce au saccharose qu’elle contient.

Cette sève se trouve dans les tissus de phloème sous une faible pression et sourd lorsqu’on fait une incision assez profonde pour ouvrir ces tissus et eux seuls. Il faut alors se débarrasser des tissus corticaux au niveau de la zone de sclérenchyme, qui protège souvent le phloème secondaire (liber). On a pu utiliser des Pucerons qui se nourrissent normalement de sève ; ils prélèvent celle-ci en piquant à travers les tissus jusque dans la grande vacuole qui constitue l’axe des tubes libériens. Le stylet ainsi mis en place peut servir de micropipette. C’est presque uniquement du saccharose qui est ainsi transporté ; son taux varie avec la saison et l’état physiologique de la plante ; il est toujours plus faible à la base qu’au sommet, ce qui montre son utilisation ou sa mise en réserve tout le long de la tige. Il peut représenter 90 p. 100 des matières organiques de la sève, alors que les acides aminés n’atteignent que de 1 à 12 p. 100 du total, parfois plus en automne, lorsque les protéines des feuilles sont détruites et que leurs matériaux redescendent dans le tronc. On trouve également dans la sève une petite quantité d’acides organiques, des auxines*, quelques alcaloïdes. Les sels minéraux sont assez abondants ; on a décelé des quantités appréciables de potassium dans certaines sèves très alcalines.

Pour mesurer la vitesse de conduction, on utilise des substances fluorescentes ou radioactives, qui sont déposées sur des zones scarifiées au niveau des feuilles et que l’on recherche plus bas. Chez le Pelargonium, on observe une vitesse d’une trentaine de centimètres à l’heure à 30 °C ; cette vitesse est chez des plantes herbacées de 20 à 100 cm/h et chez des arbres de 50 à 100 cm/h. La vitesse de migration dépend de l’heure de la journée (plus rapide le jour), de la saison (presque nulle en hiver, les tubes étant obturés par des cals) et des différentes substances, qui n’ont pas toutes la même vitesse de translocation ; grâce à l’utilisation de produits marqués, on a pu voir que le saccharose se déplace à 100 cm/h, alors que l’eau et les phosphates ne parcourent que 80 cm dans le même temps ; parmi les divers sucres, le saccharose est le plus rapide. Chez les acides aminés, on connaît également des vitesses de conduction différentes. La température modifie cette vitesse, qui augmente lors du réchauffement de l’organe, passe par un maximum et décroît rapidement lorsque l’on continue l’échauffement (comme, d’ailleurs, pour d’autres phénomènes biologiques). La nuit, la translocation des substances de la feuille vers d’autres organes est réduite au quart de sa valeur diurne, mais est indispensable pour l’évacuation des produits de la photosynthèse.