Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

sénescence (suite)

Chez les Bactéries, les Protozoaires, les Champignons unicellulaires, comme les Levures, l’existence individuelle ne cesse pas par destruction de la matière vivante, mais par coupure en deux cellules filles de la cellule mère. Est-ce dire qu’il n’y a jamais sénescence ? On a pu montrer chez certains Protozoaires (M. A. Rudzinska sur Tokophrya infusionum) un état sénile, caractérisé par la dégénérescence du macronucleus, qui peut devenir inapte à se reproduire, par l’apparition de petites particules et de lipides dans les vacuoles, et enfin par la résorption des mitochondries et du reticulum endoplasmique.

Cependant, la sénescence d’une cellule menant une vie individuelle libre et celle d’une cellule incluse dans un organisme ne sont pas dues aux mêmes facteurs.

Alexis Carrel (1873-1944) a démontré, dès 1911, que des tissus d’embryon de poulet peuvent vivre in vitro bien plus longtemps que la longévité maximale de l’animal lui-même ne leur aurait permis, à condition de renouveler régulièrement le milieu nutritif. Cette remarque a conduit à vérifier que les cellules et les milieux extracellulaires des individus âgés accumulent des substances nocives (calcium, pigments, protéines inactives, lipides). Inversement, il y a diminution de certaines enzymes (aldolase, lactico-déshydrogénase, bêta-glycuronidase, héxokinase) ou de corps riches en énergie (A. T. P. [acide adénosinetriphosphorique]) ; enfin, appareil de Golgi et mitochondries subissent une fragmentation. Les cellules des divers tissus d’un organisme ont, de surcroît, un comportement très variable face au vieillissement. Le plus dramatique pour l’être humain est celui des cellules nerveuses.

Bien que le comportement de l’A. D. N. nucléaire, ou ribosomial (acide désoxyribonucléique), ne soit pas étranger à bon nombre des processus que nous venons de signaler, l’organisme lui-même et le poids qu’il fait peser sur l’ensemble des cellules qui le constituent sont, en grande partie, responsables de l’état sénile (rôles des tissus nerveux et hormonaux), comme le montre A. Carrel.


Les facteurs externes de la sénescence

De même que la longévité, la sénescence tient incontestablement compte de l’hérédité de l’individu. Mais on voit reculer la sénescence, donc la mort « naturelle » d’un individu, à la suite de tout processus capable de réduire le métabolisme.

Un régime alimentaire qualitativement équilibré, mais pauvre quantitativement, prolonge la vie de l’organisme (expériences sur la Drosophile, le Rat, etc.). L’Homme ne semble pas échapper à cette règle, puisque la mortalité est de 20 p. 100 supérieure au risque de l’ensemble de la population chez les individus pesant 10 p. 100 de plus que le poids idéal. L’influence de la température a fait l’objet de nombreuses recherches. Sur la Daphnie (Daphnia magna), il a été démontré que l’action de la température sur le vieillissement est du même ordre que celle qu’elle a sur la cinétique des réactions bio-chimiques. Le Rat congelé à – 3 °C voit sa sénescence pratiquement bloquée, mais sa « vie » aussi. Or, l’intérêt de telles recherches peut être double : ralentir la sénescence dans des cas où la « vie » serait inutile (par exemple : voyage dans l’espace) ; provoquer un véritable rajeunissement de l’organisme — mais, dans ce dernier cas, rien n’est encore certain.


La gérontologie*

Cette science récente a éclaté en deux branches : l’une médicale, la gériatrie ; l’autre biologique et sociologique, la gérontologie au sens strict.

J. P.

 F. Bourlière, Sénescence et sénilité (Doin, 1958). / H. Destrem, À la conquête du troisième âge ou les Secrets de la longévité (Gallimard, 1958). / L. Rey, Conservation de la vie par le froid (Hermann, 1960). / L. Biner, Gérontologie et gériatrie (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1961 ; 3e éd., 1969). / M. D. Grmek, « le Vieillissement et la mort », dans Biologie sous la dir. de J. Rostand et A. Tétry (Gallimard, « Encyclopédie de la Pléiade », 1965). / H. Bour et M. Aumont, le Troisième âge, prospective de la vie (P. U. F., 1969). / J. Paillat et autres, Conditions de vie et besoins des personnes âgées (P. U. F., 1969-1973 ; 3 vol.). / E. Weiser, la Lutte contre le vieillissement (Éd. du Seuil, 1971). / P. G. Duhamel, Cette vieillesse qui nous attend (Hachette, 1972). / M. H. Adler, Passeport pour le troisième âge (Calmann-Lévy, 1974). / P. Vellas, les Chances du troisième âge (Stock, 1974).


Aspects psychologiques et psychiatriques de la sénescence et de la sénilité

L’esprit ne se trouve pas épargné par la loi biologique générale de la sénescence, étroitement subordonné qu’il est à des fonctions nerveuses hautement sensibles au processus de vieillissement. Il faut cependant, du point de vue neuropsychique, distinguer deux aspects différents du vieillissement.

Le premier, la sénescence, est un processus normal lié à la vie, absolument inévitable, mais éminemment variable dans le moment de son apparition d’une personne à l’autre.

Le second, la sénilité, comporte des troubles neurologiques et psychopathologiques.

Dans certaines conditions pathologiques, la sénescence cesse de constituer un état normal pour aboutir à une sénilité plus ou moins précoce. Cependant, il est quelquefois bien difficile de déterminer les frontières de ces deux états.


Sénescence neuropsychique

Quoi qu’il en soit, le vieillissement imprime à l’intelligence et à l’affectivité un cachet spécial : le vieillard voit souvent sa mémoire, ses capacités d’attention et d’effort intellectuel, son imagination, son dynamisme s’affaiblir progressivement. L’initiative et la curiosité d’esprit s’émoussent. Les sens (vue et ouïe) perdent leur finesse, et les réactions réflexes psychomotrices se font plus lentes. Le désir et la puissance sexuels régressent, puis disparaissent à un âge très variable. Les traits les plus caractéristiques de la mentalité du vieillard résident dans la perte de la souplesse psychique, la difficulté de réaliser des acquisitions intellectuelles nouvelles et de faire face aux situations imprévues. Accablé par la limitation croissante du champ des possibilités physiques et mentales, l’être humain vieillissant s’adapte parfois difficilement à son état.