Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Sénégal (suite)

Le milieu physique

Le territoire sénégalais s’étend presque entièrement dans une cuvette sédimentaire, la cuvette sénégalo-mauritanienne, ancien golfe marin occupé par la mer, du Jurassique au milieu du Tertiaire. Cette cuvette est garnie de sédiments tertiaires (marnes et calcaires éocènes qui affleurent au nord-ouest entre l’embouchure du Sénégal et la Petite Côte), largement recouverts de dépôts détritiques continentaux (grès argileux du « continental terminal ») et de sables continentaux (dunes quaternaires). Les vallées du Sénégal, du Saloum, de la Gambie et de la Casamance sont garnies de dépôts alluviaux récents. Des épanchements volcaniques constituent les pointements de la presqu’île du Cap-Vert et de l’îlot de Gorée. Les reliefs sont faibles et ne dépassent 100 m qu’à l’est et au sud-est, où apparaît le socle précambrien (granites et roches métamorphiques), bordé près de la frontière de la Guinée et du Mali de fragments de plateaux (grès paléozoïques injectés de dolérites), où se trouve le point culminant du Sénégal (581 m). Avancées et reculs du désert sont attestés par les témoins de périodes plus sèches (dunes fixées) ou plus humides (anciennes vallées du Ferlo et du Saloum). Sables et cuirasses ferrugineuses, largement répandus, donnent des sols médiocres.

Le littoral est plat et régularisé de l’embouchure du Sénégal (delta fossile oblitéré par un cordon littoral) jusqu’à l’estuaire du Saloum. L’ancienne île du Cap-Vert a été réunie au continent par deux cordons littoraux. Derrière le cordon sableux littoral s’étend une zone déprimée plus humide, où la nappe d’eau affleure (les niayes). Plus au sud s’échelonnent de vastes estuaires, rias envahies par la mer (estuaires du Saloum, de la Gambie et de la Casamance) et ourlées de plaines marécageuses.

Le climat et les types de végétation qui y sont associés dépendent, en premier lieu, de la position en latitude, la proximité de la mer y ajoutant des variantes. Sauf à l’extrême sud-ouest (basse Casamance), il s’agit d’un climat tropical de nuance aride.

Immédiatement au sud du fleuve Sénégal s’étend une zone de climat sahélien caractérisé par une saison sèche prolongée, de novembre à mai, relativement tempérée de décembre à février (avec des écarts de température diurnes pouvant dépasser 15 °C), torride, avec le souffle de l’harmattan venu de l’est, en avril-mai (maximums dépassant 40 °C). La saison des pluies (juill.-oct.) est caractérisée par des températures élevées, mais moindres qu’en fin de saison sèche (maximums 34 °C). Les précipitations annuelles varient entre 300 et 650 mm. La végétation est constituée par une steppe arborée : herbes dures et épineux forment à la saison des pluies un tapis discontinu, parsemé d’arbres adaptés à la sécheresse (divers types d’acacias, dont l’acacia gommier). La culture n’est possible qu’en bordure du fleuve et sur le plateau proche de la mer.

Sur une étroite frange côtière, de Saint-Louis à Rufisque, englobant les niayes et la presqu’île du Cap-Vert, le souffle de l’alizé marin du nord-ouest, prépondérant pendant la saison sèche, apporte au climat sahélien une nuance maritime (climat côtier sénégalo-mauritanien ou subcanarien) : la saison sèche demeure relativement fraîche, et le degré d’humidité de l’atmosphère assez élevé (rosées ou « précipitations occultes » dont bénéficie la végétation [palmiers à huile, rôniers, etc.]).

Plus au sud, couvrant la plus grande partie du Sénégal « utile », s’étend la zone du climat soudanien, dont l’aridité s’atténue du nord au sud. La saison sèche, centrée sur l’hiver et marquée par le souffle de l’harmattan sec et brûlant, et la saison des pluies (plus longue à mesure qu’on va vers le sud), centrée sur l’été, partagent l’année. Les précipitations annuelles varient entre 650 et 1 300 mm. La savane arborée (acacias, baobabs) passe au sud à la forêt-parc avec galeries forestières le long des cours d’eau. C’est la zone arachidière par excellence.

À l’extrême sud-ouest, le climat casamançais est un prolongement du climat subguinéen ; les précipitations annuelles, supérieures à 1 300 mm, et l’humidité atmosphérique permanente ont permis le développement de la forêt semi-hygrophile et de la mangrove en bordure des estuaires. C’est le pays du palmier à huile et des rizières.


Les divisions régionales

Le « Fleuve » est la vallée du Sénégal, plus précisément sa rive gauche (l’autre rive appartenant à la Mauritanie) et son delta. Comme le Nil en Égypte, le Sénégal apporte ici la vie dans une région qui, sans lui, serait à demi désertique. Sur les terres du lit majeur, submergées chaque année par la crue (terres de « oualo »), on cultive après le retrait des eaux sorgho et petit mil ; au-delà, sur les terres plus sèches, qui ne sont submergées qu’occasionnellement (terres de « dieri »), on pratique des cultures pluviales, aléatoires. Des aménagements, dont le plus important est le « casier » de Richard-Toll (consacré naguère au riz, et depuis 1972 à la canne à sucre), permettent des cultures irriguées. Jadis voie de pénétration vers le Soudan, le Sénégal, qui n’est navigable que trois mois par an, n’est plus utilisé que pour le trafic local depuis la construction du chemin de fer Dakar-Niger. Médiocrité des voies de communication et surpeuplement relatif ont condamné le « Fleuve » à la torpeur économique (agriculture d’autosubsistance, émigration).

Le Ferlo, privé d’eau potable pendant la saison sèche, est un désert humain utilisé comme pâturage pendant la saison des pluies par les bergers peuls, mordu sur ses limites par les progrès de la colonisation agricole. Le Nord-Ouest arachidier (Cayor, Baol) est une région sableuse, aux sols médiocres (sauf les niayes humides, aptes aux cultures maraîchères). La première gagnée à la culture arachidière, cette région ne joue plus aujourd’hui qu’un rôle secondaire en raison de la précarité des rendements. Le Sine-Saloum est devenu la terre classique de l’arachide (il fournit la moitié de la récolte sénégalaise). Les Sérères y ont associé agriculture et élevage. Le Cap-Vert se confond aujourd’hui, administrativement et économiquement, avec l’agglomération dakaroise, cultures maraîchères et pêche y maintenant des activités « primaires » non négligeables. Le Sénégal oriental (zone soudanienne de l’est et haute Gambie), malgré la présence de carapaces latéritiques, est une terre de colonisation, où les surfaces cultivées s’étendent rapidement (arachide et, depuis quelques années, coton). La Casamance, isolée du reste du pays par l’enclave gambienne, plus humide, est le pays du palmier à huile et du riz. Mais l’arachide y gagne rapidement sur la riziculture vivrière traditionnelle.

J. S. -C.