Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

semence (suite)

La bonne germination

Elle dépend de nombreux facteurs. La longévité est faible pour les semences aqueuses (quelques mois), plus grande pour les semences sèches (en général plus d’un an). Ces dernières sont en effet à l’état de diapause — pas d’évolution morphologique, échanges respiratoires faibles —, tandis que les semences aqueuses continuent leur évolution (le tubercule de Pomme de terre « incube » pendant sa conservation). Cette longévité dépend aussi des conditions de conservation : les meilleures sont une température basse (inférieure à 20 °C) et une humidité faible (humidité relative inférieure à 80 p. 100). La dormance des semences est également un obstacle à la germination, bien qu’elle soit initialement utile pour empêcher le départ de végétation avant récolte. Elle peut être d’origine tégumentaire (imperméabilité des enveloppes ou présence de substances inhibitrices) ou embryonnaire ; il existe de multiples techniques pour la lever.

Actuellement, on exige que le vendeur publie la « faculté germinative » d’un lot de semences. C’est le pourcentage de graines germées au bout d’un temps donné. Mais, en fait, elle est difficile à connaître ; les tests de laboratoire ont des résultats variables selon les méthodes (solutions utilisées, éclairement, température) et ne peuvent prétendre reproduire la variabilité des conditions au champ. Cette valeur fournit cependant une certaine indication à l’utilisateur.


L’homogénéité du peuplement

C’est l’aspect le plus complexe, à cause des différentes acceptions de l’expression.

Il s’agit tout d’abord de l’homogénéité des génotypes. Elle est liée à la nature de la variété utilisée. L’unité est quasi totale si l’on a un « clone » (semences issues d’un même individu par multiplication végétative : arbres fruitiers en général, Pomme de terre, Fraisier...), une « lignée pure », obtenue par autofécondation : c’est la règle pour les plantes autogames (Blé) ou des hybrides simples de lignées pures (hybrides simples de Maïs). Par contre, tous les individus issus des semences ne sont pas semblables si l’on a des plantes à reproduction sexuée allogame (Betterave, nombreuses Graminacées fourragères). L’identification d’un lot de semences est facile au niveau de l’espèce, souvent difficile pour des variétés : une observation en culture est alors nécessaire. La présence d’autres semences que celles de la variété concernée caractérise la « pureté variétale » ; pour les semences étrangères à l’espèce, on parle de la « pureté spécifique ». Ces exigences dépendent des propriétés biologiques de la plante et des conditions de production de la semence. Le produit arithmétique (pureté × faculté germinative) définit la valeur culturale du lot de semences.

L’homogénéité du peuplement dépend également de l’énergie germinative, c’est-à-dire de la vitesse de levée. Cette énergie est très variable, jusqu’à pouvoir poser des problèmes de succession de culture à cause de levées tardives (Colza).

Enfin, il peut y avoir des différences de vigueur entre plantes. Ce peut être une question d’hétérogénéité génétique, mais la taille des graines peut être également en cause : les grosses graines ont davantage de réserves, et les cotylédons, qui sont alors plus grands, sont souvent la première surface photo-assimilatrice.


État sanitaire

Les diverses affections peuvent se transmettre de la plante mère aux semences. C’est surtout pour les semences aqueuses que le risque existe, en particulier pour la transmission de viroses : il faut alors un contrôle de la production des semences, car la lutte curative est exclue. Mais les enveloppes des semences sèches peuvent également être atteintes par des maladies mycéliennes : Champignons (caries et charbon des céréales). Les traitements des semences sont efficaces dans ce dernier cas ainsi que pour lutter contre les nombreux ennemis des semis ; ils sont réalisés par poudrage à la ferme, mais souvent, également, lors de la constitution d’un lot de semences.


Organisation et contrôle de la production

Pour qu’un lot constitue une variété, il doit répondre à des critères :
— d’identité, qui permet de distinguer cette variété ;
— d’homogénéité, qui définit la ressemblance entre les individus ;
— de stabilité, qui caractérise le maintien des caractères à travers les générations de multiplication.

Depuis 1932, un Catalogue officiel des espèces et variétés cultivées en France fixe la liste des variétés dont les semences peuvent être commercialisées (s’y ajoute, depuis 1972, un catalogue européen). Pour faire inscrire une variété, l’obtenteur introduit une demande auprès du Comité technique permanent de la sélection ; l’Institut national de la recherche agronomique effectue alors des expérimentations pour étudier la variété proposée. En fonction des résultats, le ministre de l’Agriculture donne ou non l’homologation. Par ailleurs, chaque année, des variétés sont retirées de la vente.

L’obtenteur est responsable du maintien de sa variété, qui doit rester conforme à la description donnée lors de l’inscription. Il peut produire lui-même ou faire produire les « semences de base », qui servent à produire les « semences certifiées » chez des multiplicateurs. Ces dernières sont utilisées pour la production végétale. Lorsque la multiplication implique des travaux de laboratoire (lutte contre les viroses par exemple), une organisation plus rigoureuse est nécessaire (mise en place de centre technique interprofessionnel).

À cause des risques de croisements, lorsqu’il y a multiplications sexuées, il peut être établi réglementairement une zone de production, entourée d’une zone franche, où les cultures pouvant polliniser sont interdites. De même, une zone de protection peut être instaurée pour prévenir l’introduction de parasites.

Il existe deux conceptions du contrôle. L’une est surtout orientée sur le contrôle a posteriori, sur la multiplication et réalisée par des contrôleurs très nombreux ; l’autre prévoit un « règlement de production » qui définit les techniques et le nombre de générations. C’est cette dernière conception qui est adoptée en France. Le Service officiel de contrôle et de certification, créé en 1962, délivre un certificat ; selon les cas, la vente de semences certifiées par ce Service est légale ou non. Celui-ci a pour mission d’élaborer les règlements techniques, d’organiser l’information des contrôleurs et des techniciens, de contrôler la production et la commercialisation, de procéder aux opérations matérielles de la certification. Il est en relation avec divers organismes publics et professionnels chargés de tester les semences.

J.-M. T., F. T. et A. F.