Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

sélection animale (suite)

La notion de race pure présente toutefois un certain caractère empirique. Les caractères communs dont il est question peuvent concerner des caractères :
— morphologiques ou extérieurs (format de l’animal, forme de la tête, couleur de la robe...) ;
— physiologiques, qui sont ceux qui ont la plus grande importance, puisqu’ils commandent les productions (intensité de la sécrétion lactée, vitesse de croissance...) ;
— biologiques (groupes sanguins) ;
— pathologiques (résistance plus ou moins grande à une maladie).

Cependant, ces caractères ne sont pas, à l’évidence, constants à l’intérieur d’une même race. On n’a, en général, retenu que les caractères extérieurs, les plus faciles à apprécier, mais il est certain que l’on sera de plus en plus amené à les compléter par ceux qui sont en liaison directe avec la production.

Ces caractères communs aux animaux d’une même race ont, depuis longtemps, été codifiés dans des standards, listes des caractères à rechercher ou à éliminer. L’établissement du standard est une opération très importante, puisque c’est lui qui définit le type à rechercher dans l’ensemble de la race. Il doit donc être précis et établir une hiérarchie entre les divers caractères. Il doit aussi être révisé périodiquement pour tenir compte des changements qui se produisent tant dans les conditions de milieu où vit la race que dans les conditions économiques générales.

Il n’est à peu près pas de races dites « pures » qui n’aient reçu, au cours de leur histoire, d’infusions plus ou moins fortes de sang d’animaux appartenant à d’autres races. Cette méthode permet d’introduire dans une race donnée des gènes de populations voisines ; toutefois, on récupère ainsi tant les éléments favorables que les éléments défavorables, qu’il est indispensable d’éliminer par sélection. Quoi qu’il en soit, les générations qui suivent ces croisements d’infusion ne peuvent plus, alors, être considérées comme « pures », et d’aucuns estiment qu’il faut de trois à cinq générations pour que la race mérite d’être appelée de nouveau « race pure ».

Si l’élevage en race pure conduit à la production d’animaux homogènes, il ne permet, par contre, aucune création génotypique nouvelle : la sélection imposée par l’Homme cherche à augmenter la fréquence des gènes favorables, sans être, cependant, capable d’introduire dans la population d’origine des gènes qui n’y existaient pas. Ce point est particulièrement important dans les périodes de bouleversement économique, car il peut se faire alors qu’une race se trouve subitement inadaptée aux exigences du marché.

L’élevage en race pure permet d’autre part une organisation plus facile de la sélection. Il doit, cependant, porter sur des populations suffisamment nombreuses pour qu’il soit possible d’y détecter des reproducteurs de classe issus d’élevages différents, afin de se préserver des différents risques de la consanguinité.


Élevage en consanguinité

L’élevage en consanguinité n’est qu’un cas particulier de l’élevage en race pure, puisqu’il consiste en l’accouplement de sujets qui sont au moins apparentés comme des cousins germains.

La consanguinité conduit à la production d’animaux plus uniformes dans leur phénotype. Toutefois, ce type d’élevage, lorsque les croisements se font au hasard, n’est pas sans risque, et l’on a souvent rapporté ses multiples inconvénients : accroissement de la fréquence d’apparition des anomalies héréditaires, diminution de la fertilité et de la viabilité... L’explication de ces phénomènes est toujours à rechercher au niveau de l’augmentation de l’homozygotie consécutive à la consanguinité ; celle-ci permet l’expression de gènes défavorables ou de gènes létaux à l’intérieur de certaines lignées ou chez certains individus ; d’où apparition des inconvénients précédemment signalés.

Toutefois, la consanguinité peut donner aussi d’excellents résultats lorsqu’elle est utilisée par des éleveurs avertis sur un cheptel de qualité et qu’elle s’accompagne d’une forte intensité de sélection. Elle a, d’ailleurs, été pratiquée à grande échelle dans les siècles passés lors de la fixation de nos races domestiques.


Élevage en croisement

Le croisement, outre qu’il permet d’introduire dans une race des caractères qui n’y existent pas, présente deux avantages : il permet, en effet, de bénéficier de l’effet d’hétérosis (il y a hétérosis lorsque la valeur moyenne des descendants est supérieure à la valeur moyenne des races que l’on croise) et de l’effet de complémentarité. En effet, l’amélioration recherchée concerne souvent un ensemble de caractères dont certains sont en opposition. Dans ces conditions, le croisement peut s’avérer un moyen efficace d’amélioration en permettant de ne sélectionner chacune des lignées parentales que sur quelques caractères élémentaires, choisis de façon complémentaire. Cette solution, outre qu’elle permet un progrès génétique plus rapide dans chacune des deux lignées du fait du petit nombre d’objectifs fixés à chacune d’elles, est particulièrement intéressante dans le cas des caractères reliés par des corrélations génétiques négatives, puisqu’elle permet de s’en affranchir (en sélectionnant chaque caractère dans une lignée différente). Par ailleurs, elle présente aussi un intérêt du strict point de vue économique, du fait qu’elle permet de sélectionner les caractères d’élevage dans les lignées femelles, assurant ainsi une bonne efficacité reproductive de ces cheptels, les caractères d’engraissement et de carcasse étant apportés par les lignées mâles, dont on n’a besoin que d’effectifs beaucoup plus limités (en particulier dans le cas, en voie de généralisation, où l’on utilise l’insémination artificielle).

Les croisements sont de différents types.

• Le croisement de métissage. Son objet est la création, à partir de plusieurs races, d’une nouvelle race, dite « race synthétique », au niveau de laquelle on cherche à rassembler les qualités présentes chez les diverses races parentales. En pratique, on effectue les croisements entre les diverses races parentales et l’on accouple ensuite entre eux, à chaque génération, les produits issus du croisement en éliminant tous les animaux non conformes à l’objectif poursuivi. Exemple : création de la race ovine Île-de-France, au xixe s., à partir du mouton à viande Dishley anglais et du mouton à laine mérinos espagnol.