Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Seine-Saint-Denis. 93

Départ. de la Région Île-de-France ; 236 km2 ; 1 322 127 hab. Ch.-l. Bobigny. S.-préf. Le Raincy.


Le département de la Seine-Saint-Denis a été créé dans le cadre du nouveau découpage administratif de la Région parisienne décidé par la loi du 10 juillet 1964 et le décret du 25 février 1965. Il est l’un des trois départements qui jouxtent Paris, appelés parfois pour cela « de la première couronne ». Il va, à l’ouest, de la rive droite de la Seine, à la hauteur de Saint-Denis, aux anciennes limites inchangées de la Seine-et-Marne à l’est. Au nord, il pousse une pointe dans la plaine de France (vers Roissy-en-France) et au sud une autre au-delà de la Marne sur le plateau de Brie (Noisy-le-Grand). Il fait à peu près un quart de la circonférence parisienne avec des distances extrêmes de 20 à 28 km.

Ses 1 322 127 habitants sont répartis entre 40 communes avec une densité moyenne de 5 600 habitants au kilomètre carré. La Seine-Saint-Denis est plus étendue et moins peuplée que les Hauts-de-Seine, mais moins étendue et plus peuplée que le Val-de-Marne. Entre les deux derniers recensements, sa population a augmenté de plus de 2 p. 100 par an, — moins que celle du Val-de-Marne —, alors que celle des Hauts-de-Seine a diminué.

Tandis que la moitié nord du département est pratiquement dépourvue de relief avec une altitude qui s’abaisse régulièrement, en 18 km, de 70 m à l’est à 30 m à l’ouest, le sud est accidenté avec les trois plateaux de meulière de Brie : celui de Romainville-Montreuil, celui d’Avron et celui de Montfermeil, dont le point culminant est à 130 m, au fort de Romainville, et qui sont séparés par les deux petites dépressions de Rosny-sous-Bois et de Gagny.

Ce département est particulièrement pauvre en espaces verts, dont beaucoup ont disparu, mais riche en industries et en équipements de transport : installations ferroviaires et gares de triage, aéroports du Bourget et de Roissy-en-France (Charles-de-Gaulle) [celui-ci en partie seulement sur le département], autoroute du Nord, antenne de Bagnolet. Sur son territoire, par la grande ceinture de Noisy-le-Sec au Bourget, passe le plus important trafic ferroviaire de France. C’est le département de la Région parisienne qui a le plus fort pourcentage de population ouvrière et le seul dont le conseil général ait une majorité communiste.

Le canal de l’Ourcq, doublé par la voie ferrée de Strasbourg et ses installations annexes, crée une nette coupure entre la banlieue nord et la banlieue est. La plus proche banlieue nord constitue l’ensemble le plus puissamment industriel de toute la banlieue parisienne, surtout à Saint-Ouen, Saint-Denis, La Courneuve et Aubervilliers. Là domine la métallurgie, et le centre d’attraction en est incontestablement Saint-Denis. Cette zone se prolonge par deux antennes le long de la voie ferrée de Soissons et du canal de l’Ourcq.

Au-delà, c’est la seconde couronne de banlieue, surtout pavillonnaire d’Épinay-sur-Seine aux Pavillons-sous-Bois, mais truffée et bordée de grands ensembles comme à Aulnay-sous-Bois et à Clichy-sous-Bois.

Au-delà encore subiste au sud de la plaine de France une banlieue rurale à Tremblay-lès-Gonesse, mais très réduite depuis l’implantation de l’aéroport Charles-de-Gaulle.

L’industrie est moins dominante, plus dispersée, les emplois moins nombreux, en banlieue est. Le relief est pour beaucoup dans l’inorganisation de cette banlieue, pauvre en axes radiaux importants tant que ne fut pas réalisée l’antenne de Bagnolet (A 3). La proche banlieue industrielle atteinte par des terminus du métro parisien à Pantin, aux Lilas, à Bagnolet et à Montreuil est réduite à une bande étroite, sauf à Montreuil. Au-delà commence vite la banlieue-dortoir, mélange de zones pavillonnaires anciennes et de grands ensembles plus récents.

En dehors de Montreuil, dont le pouvoir d’attraction est dû à son importance (près de 100 000 hab.), le principal pôle tend à devenir Rosny-sous-Bois, où s’est implanté un puissant centre commercial (Rosny II).

L’aéroport de Roissy en France-Charles de Gaulle pourrait, par les emplois créés, exercer une influence prépondérante sur tout le département, tandis qu’au sud, la ville nouvelle de Marne-la-Vallée se situe aussi en partie sur le territoire de Noisy-le-Grand, donc de la Seine-Saint-Denis.

J. B.

➙ Saint-Denis.

Sei Shōnagon

Dame de la Cour impériale du Japon, auteur du Makura no zōshi (début du xie s.).


De la vie de Sei Shōnagon, nous ne savons que peu de chose : quelques indications qu’elle donne elle-même dans son œuvre, une note peu amène du Journal de Murasaki* Shikibu, des anecdotes, pour la plupart malveillantes et probablement apocryphes, rapportées par des auteurs postérieurs. Seules certitudes : sa généalogie et ses états de service au palais. Appartenant au clan Kiyohara, issu de l’empereur Temmu (fin du viie s.), son arrière-grand-père Fukayabu et son père Motosuke sont des poètes réputés. Née, vraisemblablement en 966, dans une famille de hauts fonctionnaires lettrés, elle étudie dès l’enfance la poésie japonaise (waka) et, chose plus rare pour une femme, les classiques chinois (Murasaki la décrit comme une sorte de bas-bleu prétentieux et insupportable). En 993, elle entre au service de l’impératrice Sadako, première épouse de l’empereur Ichijō. Au palais, elle fréquente les beaux esprits et les meilleurs poètes du temps. À la mort de Sadako, en l’an 1000, elle quitte la Cour ; sur sa vie après cette date, nous n’avons que des légendes contradictoires : on rapporte qu’elle mourut vieille, pauvre et abandonnée, inventions sans doute de quelqu’un de ceux qu’elle avait égratignés dans ses écrits, comme paraît inventée sa réputation de légèreté.

Poète, elle le fut comme toutes les personnes de qualité de l’époque, mais une cinquantaine seulement de ses waka ont été conservés, dont 14 dans des anthologies officielles. Sa renommée littéraire est fondée tout entière sur un ouvrage en prose, d’un genre qu’elle est la première à illustrer, auquel on donnera plus tard le nom de zuihitsu, « écrits au fil du pinceau ». C’est le Makura no zōshi (Notes de l’appuie-tête ou Notes de chevet), fait d’une suite d’environ 300 notes sans lien entre elles, jetées sur le papier au hasard des événements ou des réflexions.

Ce sont des sortes de poèmes en prose, incisifs, amusants, féroces parfois, spirituels toujours, qui révèlent une personne active et sociable, un esprit vif et pénétrant, un caractère positif et décidé, toutes qualités qui répondent à ce que l’on appelle alors miyabi, « urbanité », ou mieux, « courtoisie ».

Certaines de ces notations ne sont que des énumérations ; les unes, suites de noms de montagnes, de mers, de rivières, de palais, etc., pourraient être des aide-mémoire pour l’improvisation poétique ; les autres, intitulées : choses agréables, désagréables, ridicules, irritantes, odieuses, etc., contiennent des observations psychologiques d’une race finesse.