Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

sculpture (suite)

Grandes époques

On peut dire que dans toutes les époques de grande civilisation la sculpture a été représentée avec honneur. Mais y a-t-il eu de grandes époques de la sculpture ? La réponse, pour l’Antiquité, est faussée parce que la sculpture a mieux résisté que d’autres témoignages : c’est le cas par exemple pour les royaumes de la Mésopotamie*, Sumer, Mari, Ninive, qui ont été le lieu des premières manifestations plastiques concernant la figure humaine, jusqu’au niveau très élaboré des effigies du prince Goudéa. Cette figure est r prépondérante dans les empires d’Égypte*, hiératique, fascinante tant dans sa beauté formelle que dans sa densité humaine. On sait les conventions observées par les artistes des bas-reliefs pour représenter la figure humaine : la sculpture égyptienne refuse le naturalisme. Autre grande époque, celle de Babylone et de l’empire d’Iran*. Dans d’autres parties du monde existe un art du relief de haute antiquité, en Chine* et au Mexique par exemple (v. Amérique précolombienne). Cependant, c’est bien dans le monde méditerranéen que se développe une civilisation qui va produire les ouvrages de sculpture les plus prestigieux, ceux qui pendant des siècles serviront de références et de modèles. La Grèce* produit des chefs-d’œuvre tant dans la statuaire monumentale en ronde bosse que dans le bas-relief et l’objet de petite taille. Les plus grands artistes de l’âge classique sont des sculpteurs : Phidias, Myron*, Polyclète* et ceux qui suivent : Scopas*, Praxitèle*, Lysippe*. Même si leurs œuvres authentiques sont rares, ils restent présents dans les multiples copies propagées à travers le monde gréco-romain. Le chant du cygne, c’est l’art hellénistique*, incomparable de grâce et de naturalisme. La sculpture apparaît relativement assez tard dans l’Inde*, mais elle connaît un essor extraordinaire, tout en n’échappant pas à la répétition ni au stéréotype, alors que la Chine sait mieux se renouveler. Rome* peut être rangée aussi dans les grands moments de la sculpture, surtout grâce à la vérité de ses portraits. Lorsque Rome vacille sous les coups des Barbares, on pourrait croire que l’art du relief va disparaître. Cependant, des centres demeurent et d’abord Byzance, qui pendant des siècles maintiendra un certain héritage en lui imprimant sa marque propre. D’autre part, les Barbares connaissent bien un art du relief, mais le monumental, la figure humaine disparaissent au profit d’un dessin et d’un travail rudimentaires. À cette époque subsiste en Extrême-Orient une civilisation brillante : on citera l’art khmer, au Cambodge*, qui produit alors une multitude de figures sculptées d’une haute qualité.

L’Occident, devenu chrétien, sort difficilement de sa léthargie artistique. Même si l’on continue à tailler la pierre ou le marbre, les lois du dessin, de la composition, de la perspective sont ignorées. Les sculpteurs romans* auront le mérite insigne de réinventer une pratique en se servant de tout ce qu’ils trouvent sur leur route, ce qui explique l’étrangeté hétéroclite de cet art, qui finit par se forger une puissante originalité. Il fut donné aux gothiques* d’affiner le relief, de remettre en honneur la statue et d’ajouter une dimension humaine à cet art médiéval. La péninsule italienne, et plus exactement la Toscane, est le berceau d’un éclatant renouveau de l’art du relief dès le xiiie s., grâce à l’étude attentive des antiques retrouvés, grâce aussi au génie des artistes qui s’y succèdent : Nicola* et Giovanni Pisano, Ghiberti, Donatello*, Michel-Ange. Du xive au xviie s., l’Italie garde son hégémonie, puisque aux grands maîtres de la Renaissance* succèdent ceux du maniérisme*, puis du baroque*. Le grand génie du xviie s., celui qui insufflera à ses statues la vie même dans son frémissement et son pathétique, le Bernin*, est lui-même d’une famille d’origine toscane. Il serait injuste d’oublier les sculpteurs flamboyants, si pleins de verve, du monde germanique, non plus que les artistes français travaillant pour les derniers Valois. La France, dans la seconde moitié du xviie s., grâce au mécénat éclairé de Louis XIV, tend à se tailler une place de premier rang et c’est chose faite au xviiie s., où l’école française de sculpture éclipse tout le reste du monde occidental par son raffinement et par sa virtuosité. L’Europe germanique conserve cependant son autonomie dans l’approfondissement du baroque. Canova* redonne pour peu de temps le flambeau à l’Italie, berceau du néo-classicisme. Le xixe s. voit le déclin de la sculpture au profit de la peinture, prisée davantage du public, des amateurs et de la critique. Le dernier grand sculpteur, Rodin*, ne parvient pas à rétablir l’équilibre, et la remise en question de toutes les valeurs au xxe s. permet de se demander si l’on peut encore parler de sculpture.


Les types

Il faut considérer d’abord si la sculpture est dépendante de l’architecture. Elle peut alors être immeuble par destination, ainsi d’un bas-relief de tympan ou d’un chapiteau. Une statue placée dans une niche trouve sa pleine justification dans son contexte, mais peut garder une valeur en soi, détachée de cet environnement. De toute façon, il s’agit là de sculpture monumentale, qu’elle soit figurative ou non. La sculpture de plus petite dimension perd cette qualité, encore que la frontière soit indécise. Un haut-relief appartenant à un retable sera-t-il considéré comme mobilier ou monumental encore ? La distinction paraît quelque peu illusoire.

Plus concret et plus essentiel à la fois est le partage en deux catégories : la ronde-bosse et le bas-relief. La première correspond au sens plein de la sculpture, c’est-à-dire à la traduction de l’espace à trois dimensions ; on peut en faire le tour. Cela ne veut pas forcément dire qu’elle soit conçue pour être vue de tous les côtés. Au contraire, l’artiste privilégie généralement un point de vue, ce qui va de soi quand la statue est destinée à être placée dans une niche ou devant une paroi. On peut avoir un point de vue principal et des points de vue secondaires. Un des soucis des maniéristes, adeptes de la figura serpentina, fut de solliciter l’attention du spectateur sans discontinuer et sous tous les angles.

On distingue, dans la ronde-bosse, la statue, conçue comme une unité, et le groupe, qui comprend deux ou plusieurs figures ayant une base commune, une cohérence dans leur composition.