Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Athènes (suite)

La cité antique et l’empire athénien

Athènes occupe une place privilégiée dans le cœur des Grecs de l’Antiquité, et dans celui de tous les hommes cultivés. Elle le doit à sa constitution démocratique, qui, garantissant à tous les citoyens l’égalité et la liberté, y avait rendu la vie plus agréable qu’ailleurs et plus féconde.

La cité et ses habitants

• Les citoyens : 40 000 environ au milieu du ve s. Pour être citoyen (loi de 451), il faut être né de père et mère athéniens, unis en mariage légitime. La qualité de citoyen est reconnue quand le père d’un enfant l’a présenté à la cité, par l’intermédiaire des assemblées locales : la plus importante de ces formalités est l’inscription sur les registres du dème (circonscription locale) de l’adolescent au moment où il atteint ses dix-huit ans ; l’assemblée du dème vote pour décider s’il y a lieu de l’inscrire ou, sa naissance étant entachée de suspicion, de le rejeter. À partir de ce moment, le jeune homme est citoyen de plein droit, mais ne jouira de ses privilèges qu’après son service militaire (l’éphébie).

On peut devenir citoyen par naturalisation, mais il faut obtenir un décret de l’assemblée du peuple, qui ne l’accorde que rarement ; Périclès* aura toutes les peines du monde à faire légitimer le fils qu’il eut d’Aspasie, une Milésienne, après avoir perdu les enfants nés de sa femme athénienne. C’est en effet que les cités grecques en général, Athènes en particulier, sont très jalouses de leur droit de cité.

Jouissant des mêmes droits, les citoyens ne sont pas astreints aux mêmes devoirs : les plus pauvres (thêtes) sont exempts d’impôts et n’ont comme obligation militaire que celle de servir comme rameurs ; les plus riches (pentacosiomedimnes, chevaliers) sont lourdement imposés et sont soumis à des charges militaires plus absorbantes (ils doivent nourrir un cheval et le monter à la guerre ; particulièrement riches, ils peuvent être soumis à la triérarchie, c’est-à-dire qu’ils doivent faire construire à leurs frais une trière et la commander au combat) ; quant aux gens des classes moyennes (zeugites), ils payent parfois l’impôt et servent comme hoplites en fournissant eux-mêmes leur équipement.

Les citoyens sont peu nombreux parmi les habitants de l’Attique, la démocratie est en fait une oligarchie qui peut sembler pesante aux esclaves et aux métèques.

• Les métèques : 40 000 environ. Ce sont des étrangers de naissance libre, domiciliés à Athènes, et qui peuvent y exercer leur activité. Ils sont liés à la cité : ainsi ils payent l’impôt auquel serait soumis un Athénien possédant leur fortune, plus une légère capitation (cette taxe n’est que symbolique, mais le fait de ne pas la payer serait considéré comme une tentative frauduleuse pour s’assimiler aux citoyens) ; ils remplissent de même les obligations militaires auxquelles sont astreints les citoyens dans l’armée de terre ou la marine.

Néanmoins, ils n’ont aucun droit politique. Ils sont considérés comme des mineurs, puisqu’ils doivent avoir un patron (prostate), qui d’ailleurs n’intervient guère dans leurs affaires. Ils sont protégés par la justice athénienne, mais, en cas de meurtre commis sur la personne d’un métèque, le coupable ne risque pas la peine de mort, mais l’exil seulement. Ils n’ont pas le droit d’épouser une Athénienne (isogamie), et, s’ils le font, sont vendus comme esclaves. Ils ont le droit de propriété mobilière, mais pas celui de propriété foncière (enktesis). Pourtant, l’assemblée peut, pour les remercier de services rendus, leur donner des droits qui leur manquent (enktesis, isogamie), les dispenser du paiement de l’impôt spécial aux métèques (par l’isotélie) et même les naturaliser.

Athènes fut beaucoup mieux disposée envers les métèques que la plupart des villes grecques. Ce n’est que justice, car ce sont eux qui font la richesse de la cité (ils sont ouvriers, industriels, commerçants, banquiers) et la fortune du port du Pirée. Elle doit une bonne part de sa gloire aux artistes, philosophes étrangers qui vinrent s’installer en Attique. Mais la réalité grecque interdisait qu’on aille plus loin qu’elle le fit dans le libéralisme.

• Les esclaves : 150 000 ? 400 000 ? Ils étaient nombreux ; on alla jusqu’à penser qu’ils auraient dû l’être plus pour que les citoyens, libérés entièrement des soucis matériels et de la nécessité de travailler, pussent exercer véritablement leurs droits civiques, et que la démocratie pût fonctionner.

Il y eut peu de révoltes d’esclaves à Athènes, seuls les mineurs du Laurion, qui extrayaient du sol le plomb argentifère, pensèrent à rompre leurs fers. Néanmoins, leur condition était sombre, car ils n’avaient que très peu d’espoir de retrouver (c’étaient souvent des prisonniers de guerre) la liberté : l’Athénien n’affranchissait pas beaucoup, l’affranchi risquait d’être revendu s’il ne pouvait respecter les clauses du contrat, rançon de sa liberté. Certains purent faire fortune, très peu.


Le peuple possède le pouvoir législatif

Tout citoyen a le devoir de participer en personne (une fois par semaine environ) aux réunions de l’ecclésia, l’« assemblée du peuple », qui gouverne la cité. Tous ceux qui le peuvent (il est parfois difficile à certains de perdre une journée de travail ou de venir du fin fond de l’Attique) viennent, en toute égalité, trancher les problèmes qui se posent à l’État, sur la Pnyx, hauteur attenant à la colline des Muses. On avait construit là un vaste hémicycle où auraient pu s’installer 18 000 personnes (en fait, l’assemblée en réunissait rarement 6 000).

Précédée de sacrifices qui mettent le travail de l’ecclésia sous la protection divine, l’assemblée traite des différents points de son ordre du jour. Sur un signe du président de séance, le héraut lit au peuple le rapport qu’a rédigé sur chacune des questions pendantes le conseil (ou boulê) chargé de préparer la séance. Le peuple vote pour savoir s’il y a lieu de discuter le rapport ou s’il l’accepte tel quel ; en général, la discussion s’ouvre. Tout citoyen peut y prendre part (sauf s’il se trouve sous le coup d’une poursuite pénale), argumenter, proposer des amendements, des contre-projets en toute liberté : marchant de long en large sur la tribune, face au cadran solaire que l’on a fini par installer, il parle, membre du peuple souverain, au nom de la cité ; le caractère sacré de son acte est souligné par le fait qu’il porte sur le front la couronne de myrthe. Liberté ne pouvant aller sans responsabilité, l’orateur peut être attaqué en justice s’il propose des solutions illégales ; aussi ne prennent la parole que ceux qui se sont préparés à la vie publique ; en fait, chacun peut devenir expert en art politique, les assemblées locales nombreuses et importantes lui permettant d’acquérir aux moindres frais l’expérience des affaires. À la fin de la discussion, l’assemblée vote, en général à main levée (sauf dans certains scrutins particulièrement solennels).

L’assemblée dispose de pouvoirs illimités : elle discute et contrôle toute la vie du pays. Elle reçoit les ambassadeurs, désigne ceux que l’on enverra en mission à l’étranger, décide de la guerre ou de la paix, surveille les généraux, vote les crédits militaires et contrôle ainsi le budget. En matière de politique intérieure, elle a l’initiative des décrets ou des lois.