Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Scipions (les)

Célèbre famille romaine, rameau de la gens Cornelia.



Les Scipions dans l’histoire

On voit ses membres apparaître au ive s. av. J.-C. Le mot latin de scipio signifie « bâton » : le chef de la famille aurait, dit-on, servi de bâton de vieillesse à son père aveugle, selon la légende.

Les Scipions ont été omniprésents dans les grandes guerres de conquête de leur temps (iiie-iie s. av. J.-C.). Les deux plus grands d’entre eux ont été à la fois les triomphateurs de Carthage et les propagandistes d’une idéologie novatrice, d’inspiration hellénistique, d’une ouverture culturelle vers la Grèce, toute opposée au conservatisme romain, représenté notamment par Caton* l’Ancien. Leur attitude était symptomatique de l’évolution de la Rome républicaine : la mutation à laquelle ils présidèrent a fait donner par Pierre Grimal, à ce temps le nom de « siècle des Scipions ». Ce « siècle » correspond à la période de 250 à 130 av. J.-C. ou, si l’on veut, au temps limité par les deuxième et troisième guerres puniques*. Il a été caractérisé par l’expansion de l’État romain hors d’Italie, avec, pour conséquence, la pénétration des États grecs dans l’orbite de Rome. Parallèlement, toute l’expérience culturelle grecque a pénétré, et Rome l’a plus ou moins assimilée, sans rien perdre de son génie propre : « La Grèce vaincue a conquis son farouche vainqueur. »


Scipion l’Africain

En lat. Publius Cornelius Scipio Africanus, général romain (235 - Liternum 183 av. J.-C.).

Dès son jeune âge, sa piété et son autorité précoce frappent l’opinion. Tribun militaire, il montre une courageuse résolution après la défaite de Cannes (216). En 212, il est élu édile avant l’âge légal et à l’unanimité. Proconsul en Espagne, désigné en 211 dans les mêmes conditions, il bat séparément les généraux carthaginois et s’empare de la place importante de Carthagène (209). Il rallie à lui des chefs indigènes. Mais il ne parvient pas à retenir en Espagne Hasdrubal, qui va rejoindre Hannibal* en Italie. En Bétique, il gagne, en 206, la bataille d’Ilipa (ou Silpia), et, en 207, prend d’assaut Gadès (Cadix), où se trouvent ses principaux adversaires ; il se trouve dès lors maître de la Péninsule.

Rentré à Rome, il est élu consul pour 205, toujours avant l’âge requis. Il souhaite porter la guerre contre Carthage en Afrique même au lieu de poursuivre continuellement Hannibal à travers l’Italie. Les sénateurs, effrayés de son audace, mais troublés par le soutien de la plèbe à Scipion, se contentent de tolérer une expédition en Afrique, sans l’appuyer financièrement. Scipion trouve alors l’aide zélée des cités d’Étrurie et d’Ombrie, et peut ainsi équiper une flotte. Il séjourne en Sicile, où il poursuit ses préparatifs, et tente de restaurer un peu d’ordre dans l’île, épuisée et en proie aux aventuriers. Il saisit une occasion de prendre Locres aux gens d’Hannibal : les Romains y commettent exactions et sévices, et le sénat en rend Scipion responsable, d’autant plus que celui-ci a outrepassé ses droits en opérant dans une ville située dans la province attribuée à son collègue Quintus Caecilius Metellus au consulat. La commission d’enquête sénatoriale est frappée d’admiration par les préparatifs de Scipion, mais l’incident n’en entretient pas moins la jalousie d’un clan de sénateurs, qui se groupe autour de Caton l’Ancien et se scandalise de la trop brillante carrière de Scipion.

La campagne d’Afrique accroît encore l’éclat de sa renommée. Allié au Numide Masinissa (ou Massinissa), Scipion capture Syphax près d’Utique (204) et bat les armées carthaginoises, contraignant Carthage à rappeler Hannibal. Celui-ci essaye de traiter et, après l’échec des négociations, est définitivement vaincu par Scipion à Zama, près de la Medjerda (202). La deuxième guerre punique est terminée. Scipion triomphe en 201, se voit décerner son surnom d’Africain, mais refuse les honneurs exceptionnels qu’on lui propose.

Bien que censeur et de nouveau consul (194), il n’intervient plus beaucoup dans les affaires publiques. Il participe à diverses négociations. En 190, son frère Lucius, consul, est chargé de la guerre contre Antiochos III de Syrie : l’Africain l’accompagne à titre de légat, et c’est sans aucun doute lui l’artisan de la victoire. À Rome, on reproche aux deux frères les conditions de paix trop favorables qu’ils ont proposées à Antiochos. On leur demande des comptes : Lucius est condamné à une forte amende. L’Africain, accusé lui aussi, ne daigne pas se justifier.

Il se retire dans son domaine de Liternum (auj. Patria, en Campanie) et demande — dit-on — qu’il y soit enterré « pour que son ingrate patrie n’ait pas ses os ».


Scipion Émilien

En lat. Publius Cornelius Scipio Aemilianus, surnommé le Second Africain (185/184-129 av. J.-C.).

Fils de Paul Émile, il entre par adoption dans la gens Cornelia. Lettré, très féru de culture grecque, il accueille chez lui Polybe, alors exilé, le philosophe Panetius (Panaitios), les poètes Lucilius et Térence. Soldat, il combat à Pydna en 168, est tribun militaire en 151 et participe au siège de Carthage en 149. Consul pour 147, Scipion termine victorieusement la troisième guerre punique par la prise de Carthage (146). De nouveau consul en 134, il met fin à la révolte espagnole par la prise de Numance (133) après un siège difficile. À Rome, il se rend impopulaire par sa manière hautaine de considérer la plèbe et son hostilité aux Gracques*. Le Second Africain meurt, probablement d’une crise cardiaque, alors que Rome connaît des jours difficiles.

R. H.

➙ Carthage / Caton / Espagne / Gracques (les) / Hannibal / Puniques (guerres).

 F. Valori, Scipione l’Africano (Turin, 1941). / P. Grimal, le Siècle des Scipions (Aubier, 1953). / F. Cassola, I Gruppi politici romani nel iii secolo a.C. (Trieste, 1962).