Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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science (suite)

Plongé dans l’espace euclidien, le corps doué de mouvement est indifférent à son état, puisque aussi bien le mouvement est confondu avec une translation purement géométrique d’un point à un autre. Le mouvement est un état à la manière du repos, état opposé. Cette opposition dans le même champ ontologique signifie qu’une force doit être appliquée pour modifier l’état d’un corps.

La loi d’inertie est le principe fondamental de la physique moderne. C’est Descartes, et non Galilée, qui, le premier, en a apprécié tout le sens. Si Newton peut attribuer sa découverte à Galilée, c’est que toute sa mécanique la suppose. Les hésitations galiléennes à développer les conséquences ultimes de la conception du mouvement que s’en fait le Florentin l’empêchent de déployer définitivement le monde selon le schéma de l’infinitisation de l’Univers. Car le monde galiléen est fini, structuré autour du « centre des graves ».

« Le principe est très simple. Il affirme qu’un corps abandonné à lui-même reste dans son état de repos ou de mouvement aussi longtemps que cet état n’est pas soumis à l’action d’une force extérieure quelconque » (A. Koyré, Études d’histoire de la pensée scientifique, 1966). Simplicité pour nous — qui comprenons après Descartes et Galilée — et non en soi. Recouvrir le point de vue de l’en-soi avec celui du pour-nous, c’est raturer l’effort de la pensée et, du même coup, le travail de l’historien des sciences, qui découvre à l’occasion de la formulation du principe d’inertie une réforme de l’intellect lui-même, l’apparition de concepts nouveaux, l’élaboration d’une nouvelle conception de la nature. Autant dire une nouvelle philosophie : le réalisme mathématique.

L’affirmation du principe d’inertie présuppose la possibilité d’isoler un corps donné de son entourage physique, l’identification de l’espace avec l’espace infini homogène de la géométrie euclidienne, la considération du mouvement et du repos comme états, et révèle un parti pris philosophique platonicien.

La marche du raisonnement galiléen est « régressive », « résolutive », « analytique », en quête de l’essence pour déduire les accidents du phénomène. La pensée galiléenne est physico-mathématique et non pas seulement mathématique, ne dévoilant pas les modes possibles, mais affirmant le mode réel des phénomènes. Elle ne part pas du mécanisme causal pour le traduire en un rapport géométrique, mais affirme que les lois de la nature sont mathématiques. Le réel incarne le mathématique : la théorie ne sauve pas les phénomènes, mais en exprime l’essence.

C’est seulement à suivre le travail patient des concepts — voir plus particulièrement les analyses de Koyré réunies dans les Études galiléennes — que l’histoire des sciences peut identifier la prise de position philosophique qui autorise le développement de la science moderne.

Réalisme certes, mais mathématique. La vocation réaliste de la science définit une exigence, un impératif catégorique. Le réalisme scientifique n’est pas le réalisme borné — celui de l’immédiateté — dénoncé par G. Bachelard. Le monde de la science moderne est celui des êtres mathématiques réifiés. C’est par réalisme que la pensée scientifique raisonne mathématiquement. Le positivisme est désarmé. Même Newton lui échappe.

Les leibniziens ont cru reconnaître dans l’attraction, qui suppose une action à distance, le signe de la restauration des « forces occultes » scolastiques. Que Newton renonce à une explication physique de l’attraction, il se retrouve dans le camp du positivisme et échappe, dans le même temps, aux critiques des leibniziens.

Newton, interprétant l’attraction comme un fait d’action transpsychique, ne s’avoue pas du même coup « positiviste ». C’est que, du point de vue positiviste, une action instantanée à distance ne soulève aucune objection.

Newton est un « réaliste » tout comme Galilée, Descartes ; c’est le réalisme mathématique qui constitue l’attitude philosophique, la plus féconde à long terme pour l’élaboration de la science, et non le positivisme. Platon et non Bacon ni A. Comte.

Les principales revues de l’histoire des sciences

En Allemagne, Karl Sudhoff consacre ses efforts à l’histoire de la médecine dans une revue qui porte finalement le titre de Sudhoffs Archiv für Geschichte der Medizin et paraît jusqu’en 1943. En Italie paraît à partir de 1910 la Rivista di storia critica delle scienze mediche e naturali.

George Sarton fonde en 1912 Isis, an International Review devoted to the History of Science and its Cultural Influence, publiée actuellement à Berkeley (Californie).

La revue Archives internationales d’histoire des sciences (publication de la division d’histoire des sciences de l’Union internationale d’histoire et de philosophie des sciences, Paris, Hermann) est fondée par Aldo Mieli à Rome en 1919 sous le titre d’Archivio di storia delle scienze et publiée sous le titre d’Archeion de 1927 à 1947.

En 1933, l’Académie des sciences d’U. R. S. S. publie Arkhiv istorii naouki i tekhniki, et l’Académie des sciences de Grande-Bretagne fait paraître à partir de 1939 Annals of Science.

En France, la Revue d’histoire des sciences et de leurs applications est publiée par le Centre international de synthèse (Paris, P. U. F.) depuis 1947.

En 1962, Allistair Camerone Crombie fonde à Cambridge History of Science, an Annual Review of Literature, Research and Teaching. En France a paru de 1934 à 1966 Thalès, recueil des travaux de l’Institut d’histoire des sciences de l’université de Paris, et en Italie, à Florence, paraît depuis 1959 Physis, revista di storia della scienza.

Sur l’initiative d’Aldo Mieli, une Académie internationale d’histoire des sciences est créée lors du congrès de sciences historiques d’Oslo en 1908. Archeion devient l’organe de l’Académie, qui organise les premiers congrès internationaux d’histoire des sciences : Paris (1929), Londres (1931), Porto et Coimbra (1934), Prague (1937).

Depuis 1947, cette tâche revient à l’Union internationale d’histoire et de philosophie des sciences, dont l’organe est Archives internationales d’histoire des sciences.