Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Schubert (Franz Peter) (suite)

Avec Schubert un monde musical prend fin. Fidèle à la tradition mozartienne, admirateur de Beethoven, qu’il n’osa approcher et ne chercha pas à imiter, il est en effet à la croisée des chemins du classicisme et du romantisme. Son œuvre, plus inspirée que savante — elle n’obéit à aucune rhétorique —, révèle un artiste qui trouve dans la création une raison de vivre et de s’exprimer avec une sincérité, une liberté et un lyrisme qui témoignent de l’état d’innocence, de transparence et d’ingénuité de l’enfance. Ce que l’« inachevée » traduit avec une instinctive puissance ne doit pas faire oublier que Schubert est d’abord le premier grand maître du lied, où, quel que soit le choix de ses textes, il transpose et épure tout ce qu’il touche.

A. V.

➙ Lied.

 O. Wissig, Franz Schuberts Messen (Leipzig, 1909). / W. Dahms, Schubert (Berlin, 1912 ; nouv. éd., Stuttgart, 1928). / O. E. Deutsch, Franz Schubert. Die Dokumente seines Lebens und Schaffens (Munich et Leipzig, 1914) ; Schubert. Thematic Catalogue of all his Works in Chronological Order (New York et Londres, 1951). / T. Gérold, Schubert (Alcan, 1923). / O. Bie, Das deutsche Lied (Berlin, 1926). / H. Koeltzsch, Franz Schubert in seinen Klaviersonaten (Leipzig, 1927). / R. Capell, Schubert’s Songs (New York et Londres, 1928 ; 2e éd., 1957). / R. Pitrou, F. Schubert, vie intime (Émile-Paul, 1928). / R. Wickenhauser, Franz Schubert Sinfonien (Leipzig, 1928). / J.-G. Prod’homme, Schubert raconté par ceux qui l’ont vu (Delamain et Boutelleau, 1930). / E. Laaf, Franz Schuberts Sinfonien (Francfort, 1931 ; 2e éd., Wiesbaden, 1933). / W. Vetter, Der Klassiker Schubert (Potsdam, 1934 ; nouv. éd., Leipzig, 1953, 2 vol.). / A. Kolb, Franz Schubert, sein Leben (Stockholm, 1941, 2e éd., Erlenbach, 1947 ; trad.fr. Schubert, A. Michel, 1952). / G. Abraham, The Music of Schubert (New York, 1947 ; nouv. éd., 1969). / A. Cœuroy, les Lieder de Schubert (Larousse, 1948). / A. Einstein, Schubert, ein musikalisches Porträt (Zurich, 1952 ; trad. fr. Schubert, portrait d’un musicien, Gallimard, 1958). / M. J. E. Brown, Schubert’s Variations (Londres, 1954). / M. Beaufils, le Lied romantique allemand (Gallimard, 1957). / M. Schneider, Schubert (Éd. du Seuil, coll. « Microcosme », 1957). / J. K. F. Kramarz, Das Rezitativ im Liedschaffen Franz Schuberts (Berlin, 1959). / J. Laufer, Schubert (Éd. du Scorpion, 1961). / J. Bruyr, Franz Schubert (Seghers, 1965). / F. d’Eaubonne et M. R. Hofmann, la Vie de Schubert (Éd. du Sud, 1965).

Schuman (Robert)

Homme politique français (Luxembourg 1886 - Scy-Chazelles, Moselle, 1963).



Les débuts

Issu d’une famille lorraine émigrée au Luxembourg pour fuir l’occupation allemande, il fait ses études secondaires à Metz, puis ses études supérieures à Bonn, à Berlin et à Strasbourg. Après l’obtention de son doctorat en droit, il entame une carrière d’avocat à Metz (1910), mais il lui faudra attendre la fin de la Première Guerre mondiale pour entrer dans la politique.

Élu député de la Moselle (1919), il siège dans les rangs de l’Union républicaine démocrate, puis, à partir de 1931, avec les démocrates-populaires. Membre de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, puis président de la Commission d’Alsace-Lorraine (1928-1936), il ne joue pas à l’époque, néanmoins, un rôle de premier plan.

En septembre 1939, il est chargé d’organiser l’accueil des Alsaciens et des Lorrains évacués. Il continue à s’occuper des réfugiés au sein du cabinet Paul Reynaud, où il fait son entrée avec le portefeuille de sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil, portefeuille qu’il conserve dans le ministère présidé par le maréchal Pétain*. Il vote les pleins pouvoirs à ce dernier (10 juill. 1940), mais, le lendemain, donne sa démission.

Rentré à Metz (août 1940), il s’élève publiquement contre les expulsions de Lorrains auxquelles procèdent les Allemands, ce qui lui vaut d’être emprisonné, puis envoyé en résidence surveillée à Neustadt. Il s’échappe et gagne la zone non occupée (1942), où il vit clandestinement jusqu’à la Libération. Cette attitude explique qu’en dépit de son vote pour Pétain en juillet 1940 un jury d’honneur lui rende alors son éligibilité, lui permettant ainsi de reprendre sa carrière parlementaire et de retrouver son siège de député de la Moselle (oct. 1945).

Devenu l’un des principaux leaders du Mouvement* républicain populaire (M. R. P.), R. Schuman est successivement rapporteur général, puis président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale. Il reçoit ensuite le portefeuille des Finances dans les cabinets Georges Bidault (juin - nov. 1946) et Paul Ramadier (janv. - nov. 1947), à qui il succède à l’hôtel Matignon (nov. 1947 - juill. 1948). Pris entre le R. P. F., d’une part, et le parti communiste, de l’autre, il tente de s’appuyer sur une « Troisième Force » et, contre la multiplication des grèves qui prennent alors par endroit des allures quasi insurrectionnelles et au sein desquelles les communistes jouent un rôle important, il décide le rappel de 80 000 réservistes et fait adopter par le Parlement une législation réprimant les actes de sabotage dans les entreprises industrielles.

Mais c’est en tant que ministre des Affaires étrangères (juill. 1948) qu’il accomplit son œuvre de loin la plus importante : il reste en effet au quai d’Orsay sous huit ministères (juill. 1948 - déc. 1952).


Le « père de l’Europe »

Ses succès dans le domaine de la politique atlantique et européenne compensent son impuissance à donner, malgré ses désirs, une réponse libérale aux revendications nationalistes qui s’expriment en Tunisie et au Maroc (il en rendra responsable l’autonomisation des autorités françaises locales vis-à-vis du gouvernement). R. Schuman défend alors avec la même conviction devant la Chambre le statut du Conseil de l’Europe et le traité de l’Atlantique* Nord, à la signature duquel il représente la France (4 avr. 1949). Également attaché à l’alliance avec les États-Unis et à l’idée de la construction européenne, il considère que la condition préalable à cette construction est la réconciliation entre la France et l’Allemagne.