Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Schisme d’Orient (suite)

La situation demeurera inchangée durant quatre siècles, aggravée même au xixe s. tant par l’attitude des « missionnaires » latins, suspects de prosélytisme en pays orthodoxes, notamment par le moyen des établissements d’enseignement, que par les réactions provoquées par le premier concile catholique du Vatican* (ou Vatican I [déc. 1869 - juill. 1870]). Dès 1848, une encyclique commune des patriarches orientaux avait manifesté la position orthodoxe en réponse aux propositions d’union formulées l’année précédente par le pape Pie IX*. Elle devait être réitérée et durcie en réponse à l’invitation faite aux patriarches orthodoxes de participer au concile (1868).

C’est seulement à partir de 1958 que le climat se modifie avec l’avènement du pape Jean XXIII*, qui a été longtemps délégué apostolique en Bulgarie, puis en Turquie, et a une connaissance personnelle des réalités du monde orthodoxe. D’emblée, cette attitude nouvelle trouve accueil auprès du patriarche de Constantinople Athênagoras Ier (1948-1972). Si celui-ci ne croit pas pouvoir se faire représenter officiellement au concile Vatican II (1962-1965), le patriarcat de Moscou y délègue des observateurs. Mais les relations directes entre le patriarcat œcuménique de Constantinople et le Saint-Siège romain se multiplient à partir de la rencontre de Paul VI et d’Athênagoras à Jérusalem (5-6 janv. 1964), de la visite de Paul VI à Constantinople (juill. 1967) et de celle d’Athênagoras Ier à Rome (oct. 1967). Ces rencontres et les échanges de lettres qui les accompagnent rétablissent en fait la situation existant au cours du premier millénaire entre les Églises de l’ancienne et de la nouvelle Rome. Cependant, jusqu’ici (1976), la communion ecclésiastique et sacramentelle n’a pas encore été pleinement restaurée ; si les différences disciplinaires sont acceptées et si la question du Filioque elle-même ne semble plus devoir être considérée comme constituant une divergence insurmontable, reste le problème du rôle du pape dans l’Église et de sa relation avec le « ministère de Pierre ». Surtout, dans le monde orthodoxe, bien des méfiances subsistent qui s’expliquent par les vicissitudes d’une histoire tourmentée.

H.-I. D.

➙ Byzantin (Empire) / Christianisme / Concile / Croisades / Églises orientales / Latins du Levant (États) / Orthodoxes.

 M. Jugie, le Schisme byzantin : aperçu historique et doctrinal (Lethielleux, 1940). / G. Every, The Byzantine Patriarchate, 451-1204 (Londres, 1947). / F. Dvornik, le Schisme de Photius (Éd. du Cerf, 1950). / S. Runciman, The Eastern Schism (Oxford, 1955). / W. De Vries, Orthodoxie und Katholizismus (Fribourg-en-Brisgau, 1965 ; trad. fr. Orthodoxie et catholicisme, Desclée, 1967). / A. Panotis, Pacificateurs : Paul VI, Athênagoras Ier (Beauchesne, 1973).

schizophrénie

Affection neuropsychiatrique du groupe des psychoses* observée essentiellement chez l’adolescent et l’adulte jeune.


Si les symptômes de cette maladie consistent presque exclusivement en troubles mentaux, il ne faudrait pas croire pour autant à une origine uniquement psychologique. Il n’existe à la base de la schizophrénie aucune lésion du système nerveux, mais tous les travaux scientifiques modernes laissent entrevoir un dysfonctionnement subtil neurophysiologique et chimique encore inconnu. D’autre part, le terme schizophrénie recouvre très probablement un ensemble de maladies différentes dans leurs mécanismes, qui seront mieux individualisées dans l’avenir. On sait depuis longtemps qu’il est des psychoses chroniques qui ne sont ni des schizophrénies ni des délires chroniques au sens habituel.


Définitions et limites

Longtemps désignée du vocable de démence* précoce (Augustin Morel en France et Emil Kraepelin en Allemagne), la schizophrénie n’est pas une démence au sens strict, car le trouble primordial ne réside pas dans un affaiblissement progressif de l’intelligence. C’est une pseudo-démence qui apparaît comme une maladie de la personnalité, singulièrement de l’affectivité.

Dans les formes les plus classiques, qui font l’unanimité des cliniciens, la schizophrénie réalise une profonde transformation et surtout une dislocation de la personnalité comportant :
— une discordance des idées, des désirs, des sentiments, des paroles, des gestes et des actes, avec ambivalence et incohérence idéo-verbale ;
— une perte du contact vital avec la réalité allant de pair avec un repli sur soi dans un monde intérieur imaginaire (l’autisme), un trouble des réactions affectives dans le sens du détachement et de l’indifférence, avec des étrangetés, des paradoxes ou des bizarreries, et surtout un trouble des relations avec autrui ;
— un affaiblissement constant de l’activité sociale et du niveau d’adaptation au réel (défaut d’initiative, d’intérêt, d’élan vital) ;
— des idées délirantes mal systématisées, peu cohérentes, abstraites ou impénétrables et de fréquentes hallucinations.

Cette définition classique dérive des travaux de Ph. Chaslin en France (« folie » ou « psychose discordante ») et d’E. Bleuler à Vienne (« psychose dissociative » ou « schizophrénie »).

L’évolution spontanée de la maladie tend vers la chronicité avec une dissociation et un déficit de plus en plus évidents, ce qui ne signifie pas qu’elle soit incurable : les progrès thérapeutiques de ces dernières années ont modifié le cours de nombreux cas de schizophrénie voués autrefois à l’appauvrissement psychique, à la désadaptation sociale totale et à l’internement. La psychiatrie française, notamment, a toujours considéré la schizophrénie comme une psychose très strictement définie et d’évolution chronique. Les Anglo-Saxons ont au contraire de cette affection une idée large et vague à la fois, peut-être extensive à l’excès, si bien qu’ils admettent l’existence de schizophrénies aiguës de durée limitée et curables. Il est bien difficile d’établir un juste milieu dans un problème aussi complexe, mais chaque neuropsychiatre a le souvenir de psychoses aiguës d’allure schizophrénique et d’évolution ultérieure non chronique.

Ce processus morbide atteint en règle générale les adolescents et les adultes des deux sexes avant trente-cinq ans. Il est plus rare chez l’enfant, exceptionnel après quarante ans. On dénombre actuellement en France 200 000 schizophrènes, dont 30 000 seulement sont hospitalisés.