Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Athènes (suite)

La plaine d’Attique, ensoleillée, bien égouttée, accidentée de quelques buttes rocheuses, parmi lesquelles l’Acropole a fixé un des premiers sites urbains, était, sur 30 km du sud au nord, propice aux bâtisseurs ; sa façade maritime, large de 20 km, est une côte basse ou un seul secteur rocheux correspondant à la colline du Pirée présente des anfractuosités qui ont fixé un port devenu trop étroit, et qui cherche de nouveaux sites dans la baie d’Éleusis, au-delà du détroit de Salamine.

Le développement de l’agglomération fut rapide : dépassant 200 000 habitants vers 1900, Athènes atteignait le million avant 1940, grâce notamment à l’installation de réfugiés grecs d’Asie Mineure, contraints de quitter leur pays à la suite du désastre militaire de 1922. De 1951 à 1961, la capitale a absorbé les deux tiers de la croissance démographique nationale. L’agglomération a digéré les campagnes d’Attique et s’étend sur 400 km2 ; la densité atteint jusqu’à 5 000 habitants au kilomètre carré dans les quartiers du centre. L’agglomération continue de s’étirer suivant les voies de desserte principales et de s’étaler dans les vides qui subsistent entre elles suivant un rythme rapide, que soutient l’accroissement de la population urbaine.

Le tissu urbain est donc fort disparate. Entre les vieux noyaux, où l’on repère les traces des anciens villages tassés sur eux-mêmes, et les quartiers organisés, bâtis surtout entre les deux guerres mondiales mais aussi après la seconde pour accueillir le flot des réfugiés, s’étale dans le désordre, née d’initiatives privées et disparates, la marée des constructions individuelles. Ces dernières, souvent élevées à la hâte et en fraude, milliers de petits cubes blancs à la mesure d’une famille, ne sont pas toujours desservies par la voirie et les adductions d’eau et d’électricité. Mais ce type d’urbanisation est beaucoup plus fréquent que la réalisation de programmes d’habitations collectives à loyers modérés.

Les progrès de la ville font ainsi disparaître de l’Attique les derniers témoins de l’agriculture méditerranéenne, qui reposait sur la trilogie classique du blé, de la vigne et de l’olivier, et s’associait à l’élevage transhumant des brebis. Les lotissements effacent la trame des terroirs à champs en lanières qui accompagnent en général les villages de plaine à population d’origine albanaise. L’hiver ramène cependant encore sur les marges de l’agglomération plusieurs dizaines de troupeaux de moutons des montagnes de Grèce centrale, qui trouvent dans la ville un marché assuré pour leur production de lait et de yaourt.


Une ville aux aspects variés

Le centre d’Athènes, entièrement redessiné au xixe s. par des architectes originaires d’Europe occidentale, correspond à un triangle dont la base, dominée au sud par l’Acropole, est jalonnée par la rue Ermoú, du Céramique à la place Sýndaghma (place de la Constitution), et dont le sommet est marqué par la place Omónia. Les diverses fonctions urbaines s’y trouvent rassemblées et y entretiennent une animation constante : banques, poste centrale, administrations et services ministériels, commerces (hôtellerie et grands magasins) se groupent près d’Omónia ; les halles centrales, les officines et les entrepôts consacrés au commerce de demi-gros, les ateliers de réparation se tiennent au voisinage des deux gares de chemin de fer et de la rue Athinás ; les boutiques de luxe sont particulièrement denses dans le quartier Kolonáki, à l’est, que surplombe la colline du Lycabette.

Le quartier Omónia, desservi par la principale station du métro qui relie le Pirée à Kifissiá, et où aboutissent presque toutes les lignes d’autobus interurbaines du pays, est le point de convergence et de transit des banlieusards et des provinciaux : tavernes, hôtels, boutiques de toutes sortes y attendent leurs habitués. À l’opposé, plusieurs grands hôtels de classe internationale ont contribué à faire du quartier Sýndaghma le carrefour principal des relations avec l’extérieur. De l’un à l’autre, la foule des touristes étrangers croise celle des provinciaux attirés par leurs affaires ou leurs loisirs. Sous l’Acropole, le vieux quartier de Pláka occupe l’emplacement de la ville antique et conserve la trace de la bourgade méditerranéenne d’avant 1830 ; transformant son rôle sans en réduire le pittoresque, les emprises touristiques (restaurants, boîtes de nuit) s’y sont multipliées. À l’opposé, les quartiers de voies en damier de Patíssia et de la place Amerikís, proches du Musée national et du Polytekhníon, sont habités par les professions libérales et les négociants. Le mouvement désordonné de densification des surfaces bâties, qui intéresse toute l’agglomération, fait que la hauteur des immeubles s’y élève régulièrement, mais la proportion des surfaces des bureaux et des commerces y est plus faible que dans le centre. À proximité du Palais royal et de la petite place Kolonáki, des résidences plus coûteuses regroupent dans le voisinage des ambassades la grande bourgeoisie, le personnel politique et l’intelligentsia athénienne.

À partir de Sýndaghma, le long de l’avenue Vassilíssis Sofías, qui mène aux banlieues résidentielles de Psikhikó et de Kifissiá, et suivant l’avenue Amalías, amorce des axes qui conduisent au littoral résidentiel et touristique (Vieux et Nouveau Phalère [Néo et Palaió Fáliro], Ghlyfádha et, au-delà, tout le long de la route en corniche du cap Sounion), se multiplient les grands hôtels modernes (Hilton), les agences de compagnies aériennes, les bureaux d’affaires et les sièges d’entreprises parfois internationales, dont le champ d’action s’étend fréquemment au Proche-Orient.

Le Pirée, second pôle de l’agglomération, est à la fois le premier port du pays (12 Mt de marchandises embarquées et surtout débarquées) et son premier foyer industriel : il constitue un centre ouvrier et commercial dont l’activité a contribué à grossir les banlieues, qui comptent aujourd’hui plus de la moitié (56 p. 100) de la population de l’agglomération contre 10 p. 100 au Pirée et 34 p. 100 à la municipalité d’Athènes.