Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

savon (suite)

Les savons possèdent, comme la bile, une action antitoxique ; ils peuvent atténuer aussi bien des bactéries virulentes que des virus et neutraliser des toxines actives. De plus, ils ont manifesté une action antipoison remarquable envers certains alcaloïdes comme la strychnine et la vératrine. L’administration de médicaments alcaloïdiques pourrait être, avec avantage, prescrite sous forme de savon de la base organique ou à l’état de sel minéral, comme il est classique de le faire, mais accompagné d’un excès de savon alcalin.


Savons spécialisés

• Savons désodorants. La plupart des odeurs corporelles sont dues à des fermentations microbiennes, ce qui conduit à introduire des bactériostatiques dans les savons de toilette en recherchant des substances non irritantes et aussi peu toxiques que possible. Aux États-Unis, on a utilisé une série de diphénols chlorés, à laquelle appartient l’hexachlorophène (G 11), qui, malgré ses propriétés bactéricides, est contre-indiqué pour la toilette des jeunes enfants. De plus, l’hexachlorophène peut provoquer une légère coloration dans les savons blancs. On a donc proposé de lui substituer son carbamate, ou G 11 C. Dans la série des dérivés de l’urée, les TTC (trichlorocarbanilides) sont reconnus comme capables de conférer un excellent pouvoir antiseptique aux savons sans présenter les inconvénients du G 11, mais il convient de les utiliser à la température ambiante, une légère dégradation pouvant se produire dès 80 °C.

• Savons amaigrissants. Ils ont bénéficié d’une certaine vogue aux États-Unis. Ils étaient constitués par une pâte surgraissée ou sous forme d’un onguent délivré en tube ; le mélange amaigrissant, de formules diverses, contenait notamment de l’iodure de potassium.

• Savons parasiticides et insecticides. La lutte moderne contre les ennemis des cultures a débuté par l’emploi des savons au pyrèthre, que le biologiste suisse Faës a préconisé pour combattre le mildiou de la vigne, les insectes ainsi que les parasites des plantes et des animaux.

Les savons au DDT, au soufre, au polysulfure de sodium sont recherchés par les campeurs et les personnes exposées aux insectes, la protection étant acquise par le port de vêtements de laine imprégnés de savons spécialisés. La protection contre les mites s’obtient par lavage de l’objet avec un savon qui nettoie et protège à la fois ; celui-ci doit contenir des composés non volatils, à base soit de produits minéraux (fluorures, sels de sélénium), soit de produits fournis par la synthèse organique de la série aromatique contenant chlore et phosphore.

M.-Th. F.

➙ Détergent / Glycérol ou glycérine / Oléagineux.

 E. G. Thomssen et J. W. Mac Cutcheon, Modern Soap Making (New York, 1937 ; nouv. éd. Soaps and Detergents, 1949). / A. Matagrin, Manuel du savonnier (Gauthier-Villars, 1946). / W. A. Poucher, Parfums, cosmétiques et savons (Dunod, 1951). / J. Bergeron, Savons et détergents (A. Colin, 1952). / J. Davidson et coll., Soap Manufacture (New York, 1953). / Schweizerische Gesellschaft für analytische und angewandte Chemie, Seifen und Waschmittel (Berne, 1955 ; trad. fr. Savons et détergents, Masson, 1957). / E. S. Pattison, Fatty Acids and their Industrial Application (New York, 1968). / C. X. Cornu, les Savons et les détergents (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1970).

Savonarole (Jérôme)

En ital. Girolamo Savonarola, moine italien (Ferrare 1452 - Florence 1498).


Jérôme Savonarole naît dans une famille de médecins. En 1475, il entre chez les Frères prêcheurs à Bologne. En 1482, alors qu’il est délégué au chapitre de son ordre, sa parole ardente, ses appels à la réforme de l’Église frappent l’humaniste Pic de La Mirandole, qui intervient pour le faire venir définitivement à Florence. Sa célébrité commence vers 1489.


Inspiré, illuminé, héraut de Dieu

Pour comprendre l’homme, il faudrait pouvoir retrouver les idées qui furent celles de son époque : l’humanisme* païen de la Renaissance, le néo-platonisme ambiant, les conceptions millénaristes (v. millénarisme). Savonarole se situe à mi-chemin entre le dominicain Vincent Ferrier et Martin Luther*, entre Jan Hus* et Lefèvre d’Étaples, entre Jeanne d’Arc* et Michel Servet. Vincent Ferrier, canonisé en 1455, peint par Fra Angelico sur les murs de San Marco, est l’objet d’un véritable culte chez les Frères prêcheurs de Florence. La dernière pièce du procès de condamnation de Jeanne d’Arc (1431) oppose à la mission de Jeanne celle de Vincent Ferrier, prophète des derniers temps considérés par tout le monde comme imminents. La prédication de tous ces réformateurs a une dimension politique. À ces données, il faut ajouter la conviction très répandue chez les religieux mendiants du rôle qu’ils sont appelés à jouer comme messagers de l’évangile ; ces religieux sont convaincus que leur action doit ouvrir pour l’Église des temps nouveaux, conformément aux annonces de l’Apocalypse. En s’engageant dans la réforme morale et politique de Florence, Savonarole se réclame de saint Dominique*, de Vincent Ferrier et de Catherine* de Sienne.

L’origine de son inspiration demeure une question très débattue. Lors de son procès, il déclarera que ses affirmations touchant le châtiment et la réforme imminente de l’Église lui venaient non de révélations personnelles, mais de raisons tirées de l’Écriture, à savoir surtout le livre de Daniel et le livre d’Amos. Mais, dans le Compendium des révélations, qu’il rédigea en 1493 et où il relate les débuts de sa mission, il affirme clairement que ses visions et ses thèses réformatrices procèdent d’une autre source que l’Écriture, mais qu’elles ne peuvent être communiquées à autrui qu’à partir de l’Écriture : « Je m’efforçais toujours de prouver ces thèses par des raisons probables et des images tirées de l’Écriture, et par d’autres figures ou paraboles fondées sur ce qui se voit actuellement dans l’Église, sans avouer que j’avais eu ces choses par une autre voie que celle des raisons, car on ne semblait pas encore disposé à la foi. Puis, m’avançant un peu dans les années suivantes et trouvant chez les hommes une meilleure disposition à la foi, j’exposai parfois aussi certaines de mes visions, mais je ne les donnai pas comme telles, et je les proposai à la manière de paraboles. Puis, voyant la grande contradiction et les moqueries de toutes sortes de gens, je me préparai souvent à prêcher autre chose que cela, et je ne le pouvais pas [...]. Plus tard, je commençai à me laisser la bride, et je reconnus que j’avais eu connaissance de ces choses futures par une lumière autre que la seule intelligence des Écritures. Ensuite, j’allai plus loin encore et j’arrivai à répéter les paroles mêmes qui m’ont été inspirées d’en haut ; et, entre autres, je disais souvent ceci : Le glaive du Seigneur s’abattra sur la terre, bientôt et rapidement [...]. Ces mots n’ont pas été cueillis dans les Saintes Écritures, comme le croyaient certains, mais sont nouvellement émanés du Ciel » (Procès). On ne saurait douter que Savonarole s’est considéré lui-même comme inspiré d’en haut. Le Compendium des révélations est tout imbu de la théorie néo-platonicienne — alors professée dans les académies — de l’imagination : celle-ci était regardée comme un véritable pouvoir de vision, source de rêves prophétiques, et non comme une faculté créatrice de fantasmes ou d’utopies.