Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Asturies (suite)

Le royaume des Asturies

En quelques années, au début du viiie s., les musulmans ont envahi l’ensemble de la péninsule Ibérique. La tradition légendaire veut que quelques nobles wisigoths, réfugiés dans les montagnes asturiennes sous le commandement de l’un d’eux, Pélage (Pelayo), aient remporté sur les musulmans une grande victoire à Covadonga, en 718. Il semble qu’en réalité Pélage ait été un petit noble local, et qu’il ait dirigé la résistance asturienne aux envahisseurs arabes, se conformant ainsi à la tradition d’indépendance farouche du pays. Les sources arabes prétendent que les rebelles furent massacrés en foule. Toujours est-il que Pélage s’établit à Cangas de Onís et règne sur quelques Asturiens jusqu’à sa mort, en 737. Tel est le début de ce royaume dit des Asturies. Le gendre de Pélage, Alphonse Ier (739-757), réussit à chasser d’Astorga les musulmans qui s’y trouvent, aidé dans son opération par les discordes entre ennemis. Il étend son autorité sur la Galice, l’Álava, la Rioja, et tient la voie romaine du Portugal aux Pyrénées. Au-delà, la future Castille constitue une marche désertique dont chrétiens et musulmans se rendent maîtres à tour de rôle. Une période d’accalmie suit ; des unions mixtes s’opèrent : les rois Silo (774-783) et Mauregat (783-789) naissent de mères musulmanes. La guerre sainte reprend à la fin du siècle. Alphonse II (791-842) combat activement ses adversaires, qui attaquent à chaque printemps. On sait qu’un raid le mène en 798 jusqu’à Lisbonne, et qu’il s’allie à Charlemagne. Les autres événements rapportés à son règne semblent appartenir à la légende. Ramire Ier (842-850) repousse les Normands, qui ont débarqué en Galice. Ordoño Ier (850-866) réoccupe Astorga et entreprend le repeuplement de la région, qui est confiée au comte du Bierzo. Cette conquête est définitivement assurée par Alphonse III (866-910) ; ce dernier doit se défendre, au cœur des Asturies, contre la rébellion de son frère Bermude, qui s’est proclamé indépendant à Astorga et s’est allié aux Arabes ; il doit aussi réprimer une révolte de ses sujets galiciens, qu’il envoie repeupler la région située entre Douro et Miño. On bâtit ou rebâtit alors des places fortes, surtout en Castille : Burgos, Simancas, Zamora, Toro.


Reconquête et reconstruction

La capitale change fréquemment, et son déplacement trahit les lents progrès des rois asturiens : de Cangas, elle passe à Pravia sous Silo, à Oviedo sous Alphonse II, à León sous Ordoño II (914-924). On ne parle plus désormais du royaume des Asturies, mais du royaume de León. En fait, le roi des Asturies se dit rex, sans préciser le nom du pays qu’il gouverne : il est plus le souverain des chrétiens qui résistent aux Arabes que celui des Asturiens, et sa domination s’étend de la Galice au Pays basque sur des peuples qui se juxtaposent sans fusionner, et qui ont pour trait d’union la guerre contre les Arabes, guerre qui consiste en grands raids effectués à la belle saison, les algarades.

Les rois s’appliquent à relever l’Église des ruines de la guerre : des évêchés sont créés (Oviedo) ou restaurés (Astorga). Les monastères, eux aussi détruits, sont reconstruits, mais le renouveau du monachisme ne se manifeste pleinement qu’au xe s. (Astorga, Bierzo).

L’architecture est florissante, en particulier sous le règne de Ramire Ier. Les bibliothèques sont reconstituées, mais la littérature du temps se limite à des chroniques : celle d’Albelda, rédigée à la fin du ixe s., et celle dite « de Sampiro », évêque d’Astorga.

Les rois asturiens ont entrepris aussi de repeupler le versant sud de la cordillère Cantabrique, où se fixent des immigrants mozarabes. Ceux-ci contribuent à la renaissance de la vie économique et des marchés urbains. Néanmoins, l’activité se partage entre l’agriculture et la vie militaire, et l’absence de frappe monétaire asturienne témoigne de la faiblesse des échanges.

Les Asturies suivent ultérieurement le sort du royaume de León, puis, à dater du xiiie s., celui de la Castille.

Une principauté des Asturies est créée en 1388 par Jean Ier de Castille au profit de son fils Henri, et le titre de prince des Asturies est attribué aux héritiers du trône de Castille, puis d’Espagne.

En 1808, c’est des Asturies que part le mouvement insurrectionnel contre l’occupation française.

R. G.-P.


L’art

L’art asturien demeure une énigme historique, tant en ce qui concerne le mystère de ses origines que sa signification profonde. On connaît mal l’art de l’époque où la cour, encore nomade, évoluait entre Cangas de Onís et Pravia, mais, dès le règne d’Alphonse II, l’architecture asturienne apparaît constituée et pourvue d’une originalité qui la distingue nettement de l’architecture wisigothique*.

Le roi voulant faire de sa capitale Oviedo une nouvelle Tolède, il la para d’églises et de palais accordés à ce dessein. Pu groupe épiscopal subsiste une chapelle à deux étages, destinée à abriter le riche trésor de reliques apporté de Tolède. Avec ses deux nefs superposées, cette Camara Santa reproduit un type de mausolée antique qui avait été imité à l’époque paléochrétienne* dans de nombreux martyriums. Si le palais royal a disparu, on trouve, à l’entrée de la ville, un autre témoignage de cette activité architecturale, la basilique de San Julían de los Prados, ou « Santullano ». Elle se caractérise par l’existence d’un grand transept continu et très élevé, véritable vaisseau autonome, ainsi que par un décor de fresques, qui couvrait à l’origine la totalité des murs intérieurs. Ces peintures sont d’un intérêt exceptionnel. Dérivées à coup sûr de modèles antiques et rattachées au mécénat royal, elles constituent un ensemble d’architectures en trompe l’œil à signification symbolique.

Dans l’ensemble, la première période de l’art asturien manifeste donc une rupture avec le passé wisigothique proche et une volonté de retour aux traditions paléochrétiennes, phénomène qu’on observe au même moment dans l’Empire carolingien (v. art carolingien).