Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Saussure (Ferdinand de) (suite)

• Synchronie / diachronie. Cette dernière distinction théorique, implicitement contenue dans les deux précédentes, permet d’aborder la notion de « valeur » en linguistique et de tirer les premières conséquences méthodologiques de cet ensemble de propositions. Cette méthodologie est encore très hésitante chez Saussure : le structuralisme a développé et affiné ces premières formulations intuitives.

L’étude synchronique se place dans la perspective du sujet parlant, pour qui l’histoire ou l’évolution de la langue n’intervient pas dans le processus de la communication linguistique. Toute étude du système de la langue suppose de faire abstraction des phénomènes historiques et sociaux qui ont produit ce système. On étudie alors un état de la langue compris dans un espace temporel limité, de sorte que l’évolution ne soit pas assez sensible pour avoir influé sur le système lui-même ; cela n’est possible que parce que les phénomènes de transformation d’un système linguistique ne s’opèrent que très lentement. Placée sur l’axe de la « simultanéité », la linguistique synchronique s’oppose ainsi, sans l’exclure, à la linguistique diachronique, qui se place sur l’axe de la « successivité » en envisageant le passage d’un système à un autre, c’est-à-dire l’évolution historique de la langue. La perspective diachronique est méthodologiquement seconde par rapport à la perspective synchronique, puisque toute « diachronie » suppose une étude sérieuse des différents systèmes synchroniques pour pouvoir en dégager les « lois d’évolution ». Or, ce qui préoccupe Saussure, c’est d’examiner les conditions d’étude du système synchronique, limité pour l’heure à la « grammaire traditionnelle, discipline normative, fort éloignée de la pure observation et dont le point de vue est forcément étroit ». La définition de la langue (système abstrait) et celle du signe (unité psychique et sociale à deux faces) contiennent les conséquences méthodologiques permettant cette étude.
1. La « réalité » du signe linguistique, c’est la valeur qu’on lui attribue dans une société donnée, tant sur le plan du signifiant que sur celui du signifié, c’est-à-dire quelque chose de purement abstrait, de non substantiel, dont les qualités sont négatives et différentielles : la multiplicité des réalisations du phonème /a/ en français ne gêne pas son identification, parce qu’il est différent de tous les autres phonèmes du français ; il ne prend sa valeur /a/ que par rapport à cet ensemble (dans la terminologie structuraliste, ce sera une unité discrète). Ainsi, toute « valeur » attribuée à un élément quelconque est liée à un système qui organise ces valeurs entre elles ; celles-ci n’ont de raison d’être que par rapport à ce système, dont la description est celle d’un « jeu » de relations mutuelles entre entités abstraites (« la langue est forme et non substance »).
2. Le caractère linéaire du signe linguistique permet de décrire ce jeu de relations qui caractérise tout système linguistique en utilisant deux types d’analyses simultanées : d’une part, l’étude des rapports syntagmatiques qu’entretiennent les éléments entre eux au sein de la chaîne parlée (la « valeur » de « beau » dans « Il fait beau temps » est étroitement liée aux termes qui l’environnent et auxquels il s’oppose) et, d’autre part, la mise en évidence des rapports associatifs (dans la terminologie structuraliste, on dira paradigmatiques) qui font que « beau », par exemple, s’oppose également à tous les termes qui auraient pu prendre sa place dans la chaîne : « Il fait — temps ». Sans arriver à une définition très précise du phonème ou du morphème, si ce n’est par un recours à l’intuition générale des sujets parlants, tout comme, un peu plus tard, E. Sapir* aux États-Unis, F. de Saussure dégageait les concepts théoriques fondamentaux qui permettaient ces définitions et fondait la linguistique structurale.

Actuellement, la pensée saussurienne a largement dépassé le cadre de la linguistique. Diffusée par le cercle limité des « élèves », de Paris et de Genève, sous des formes différentes d’ailleurs, elle a dominé peu à peu et non sans controverses les écoles structuralistes européennes (Prague, Copenhague) et plus indirectement l’école américaine à ses débuts. Envahissant le domaine des sciences humaines après la Seconde Guerre mondiale (anthropologie, psychanalyse plus particulièrement), elle est devenue au cours des dix dernières années un des thèmes principaux de la réflexion philosophique.

G. P.-C.

➙ Langue / Linguistique / Phonologie / Sémiotique / Structuralisme.

 R. Godel, les Sources manuscrites du « Cours de linguistique générale » de Ferdinand de Saussure (Droz, Genève et Minard, 1957). / G. Mounin, Ferdinand de Saussure (Seghers, 1968). / J. Starobinski, les Mots sous les mots. Les anagrammes de Ferdinand de Saussure (Gallimard, 1971). / R. Amacker, Linguistique saussurienne (Droz, Genève, 1975).

Sauterelles

Nom donné communément à certains Acridiens qui peuvent, dans certaines régions, causer des dégâts considérables aux cultures.


Plus qu’aucun autre pays, l’Algérie a subi dans le passé l’invasion de différentes espèces de ces Orthoptères*, dont les plus redoutés sont les Stauronotes marocains et les Criquets pèlerins. Les premiers, surtout, ont occasionné des dommages importants à l’agriculture de ce pays, notamment de 1929 à 1931.

Le Criquet marocain (Dociostaurus maroccanus) est une espèce nord-africaine absolument autochtone, qu’on rencontre dans la zone des Hauts Plateaux, du Maroc à la Tunisie. La ponte a lieu vers la mi-juillet ; les éclosions débutent en avril suivant ; l’adulte apparaît en juin ; les Criquets larvaires, réunis par l’instinct grégaire, commencent à causer des dégâts dès le premier jour. Toutes les grandes cultures, sur le passage des bandes innombrables parties des lieux de ponte et se déplaçant à la vitesse de 1 500 à 1 800 m par jour, parfois sur plusieurs kilomètres de long, sont appelées à être dévorées.