Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Saragosse (suite)

Après la reconquête de la ville par Alphonse Ier le Batailleur en 1118, les chrétiens transformèrent une mosquée en cathédrale. C’est seulement à partir de 1189 que fut édifiée la nouvelle cathédrale San Salvador, appelée la Seo. Ses deux éléments principaux sont une abside romane et une magnifique nef du type halle, lentement construite entre le xive et le xvie s. Le cimborio, ou tour-lanterne, refait dans les premières années du xvie s., perpétue la tradition des coupoles nervées sur arcs entrecroisés de tradition hispano-moresque.

D’un mobilier très riche se détache le retable du maître-autel, commencé en 1434 par le Catalan Pere Johan (v. 1400 - v. 1458) et continué en 1467 par l’Allemand Hans de Gmünd, puis par Gil Morlanes (v. 1450 - v. 1517), qui introduisit l’italianisme à Saragosse.

À l’extérieur de la cathédrale, la tour octogonale, dessinée en 1686 par l’Italien Giovan Battista Contini, et une façade néo-classique établissent un lien stylistique avec l’autre grand édifice religieux de Saragosse, la basilique Nuestra Señora del Pilar.

À son emplacement voisinaient deux monuments : une église gothique, Santa María, dont on conserve le grand et beau retable (1509-1515) du Valencien Damián Forment (v. 1480-1541), et un édifice commémoratif où l’on vénérait le pilier miraculeux sur lequel une image de la Vierge serait apparue à saint Jacques au cours de sa mission d’évangélisation en Espagne. Dans la seconde moitié du xviie s., on entreprit d’unifier les deux constructions dans un espace architectural unique, dont les plans furent fournis par Francisco Herrera le Jeune (1622-1685). Ce peintre de Séville, ayant longtemps vécu à Rome, était venu tard à l’architecture. Il proposa un parti des plus pittoresques, qui jouait, à l’intérieur, sur des effets d’ombre et de lumière et établissait à l’extérieur une savante hiérarchie entre les différents éléments de la construction. Ce projet fut malheureusement défiguré en cours d’exécution. Au siècle suivant, le grand architecte Ventura Rodríguez (1717-1785) dressa à l’intérieur de l’édifice un petit temple précieux, véritable écrin destiné à mettre en valeur le pilier miraculeux, grâce à d’habiles effets de perspective. Les coupoles du Pilar furent décorées par les peintres royaux, parmi lesquels Francisco Bayeu (1734-1795) et Goya* (la Vierge reine des martyrs, Regina martyrum, 1780-81).

L’architecture civile se développa surtout à Saragosse à l’époque de la Renaissance. Il s’agissait de sobres édifices de brique, du type de la Lonja (1541-1551). Le palais des Luna (aujourd’hui la Audiencia) se distingue par un portail très saillant, cantonné de deux atlantes.

On regrettera que Goya soit si peu représenté à Saragosse. Outre la coupole de la Regina martyrum, on ne peut guère citer que quelques portraits au musée et les peintures murales de la chartreuse d’Aula Dei, dans la banlieue, qui représentent des œuvres de jeunesse (v. 1772-1774), encore très italianisantes et par ailleurs passablement restaurées.

M. D.

➙ Aragon / Espagne.

Saras

Ethnie du Tchad et de la République centrafricaine.


Elle comprend environ 800 000 personnes au Tchad (soit un quart de la population) et 50 000 en République centrafricaine. Cette ethnie est composée de plusieurs sous-groupes : le sous-groupe Ngambaye (175 000) sur les deux rives du Logone, le sous-groupe Mbaye (150 000) sur le Logone oriental et le sous-groupe Madjingaye (120 000) sont les plus importants. L’intercompréhension linguistique est très poussée.

Les Saras sont des planteurs de mil et de coton. Ils pratiquent un petit élevage de cabris et de poulets ; cependant, les rites d’initiation attestent qu’ils sont d’anciens chasseurs. La culture commerciale du coton a été introduite dès les années 1920. C’est de cette époque, qui a été également celle d’une forte migration, que datent les transformations de l’espace et de l’habitat ainsi que l’abandon progressif des cultures vivrières. De la culture collective, on est passé aux parcelles individuelles.

Le village représentait chez les Saras l’unité sociale fondamentale et une communauté politique indépendante. Son noyau était un groupe de frères et il comprenait 200 personnes environ. C’est au niveau du village que l’on trouvait l’articulation entre les unités villageoises et les autres types d’unités sociales ; les institutions villageoises n’avaient d’existence que dans un cadre supravillageois. Mais aujourd’hui, le village en tant que communauté politique indépendante n’existe plus. La responsabilité du village revenait au chef de terre ; il assurait l’ordre et dirigeait les activités collectives (guerres, chasse). La société opposait le groupe des « maîtres de la boue », riches cultivateurs, possesseurs des biens, aux pauvres.

La famille est patrilinéaire ; l’aîné, s’il a une prééminence sociale, n’est toutefois pas le vrai chef. Le mariage virilocal se concluait jadis par une dot versée en chevaux, défenses d’éléphant, cabris, esclaves. Les Saras sont polygames.

Il existe chez les Saras une hiérarchie des chefs. Chaque clan possède un centre d’initiation (blage).

Les Saras pratiquent un culte familial ; un ou plusieurs autels représentent les esprits (yo) ; dans certaines régions, un autel est élevé à Kade, dieu du ciel. On trouve partout l’autel des jumeaux et celui des chasseurs. Le soleil est vénéré.

J. C.

 R. Jaulin, la Mort sara (Plon, 1967 ; nouv. éd., U. G. E., 1971).

Sarazin (Jacques)

Sculpteur français (Noyon 1588 - Paris 1660). Jacques Sarazin (ou Sarrazin) est sans doute, avec les frères Anguier (François [1604-1669] et Michel [1614-1686]), le sculpteur le plus important de la première moitié du xviie s. français, car, de cette période marquée par la survie du maniérisme* italo-flamand mêlé à la tradition française de réalisme et de soumission au modèle, il ouvrira la voie au classicisme* du règne de Louis XIV.


Élève du sculpteur picard Nicolas Guillain († 1639) et condisciple du fils de celui-ci, Simon (1581-1658), il se fixe à Rome pendant dix-huit ans (1610-1628). Bien plus qu’un séjour d’étude, c’est là une période de production considérable, qui le met en contact avec les grands baroques italiens, le Bernin* et l’Algarde*.