Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Sangsue (suite)

Écologie et comportement

La plupart des Hirudinées vivent en eau douce. La Sangsue de cheval (Limnatis) se fixe sur le museau des grands herbivores quand ils boivent. La Néphélis (Herpobdella) fait osciller son corps, fixé par l’arrière aux pierres ou aux plantes. La Clepsine (Glassiphonia) se rencontre sous les pierres et ne nage pas. La Sangsue noire (Hæmopis) quitte parfois l’eau à la recherche d’une proie. On connaît des Sangsues franchement terrestres, comme Hæmadipsa d’Asie, qui se laisse tomber des arbres sur ses victimes. Plusieurs Poissons marins véhiculent des Hirudinées ; les Raies portent souvent Pontobdella, tandis que Branchellion vit fixé sous le corps des Torpilles.

La respiration des Sangsues se fait par voie cutanée, mais quelques espèces possèdent des branchies : Branchellion doit son nom aux nombreuses expansions respiratoires latérales qu’il porte.

La grande majorité des Sangsues sont des parasites temporaires. Elles prélèvent le sang après avoir entamé le tégument de l’hôte avec des mâchoires, comme Hirudo, ou bien à l’aide d’une trompe dévaginable, comme font la Piscicole sur les Poissons d’eau douce et Hæmopis sur les Mollusques, les Grenouilles, les Lombrics.

Un certain nombre d’espèces prédatrices dévorent leurs proies : la Clepsine peut avaler une Planorbe entière, tandis que la Néphélis se contente de petites larves.


Reproduction

Toutes les Sangsues sont hermaphrodites ; la fécondation est interne, mais pas toujours réciproque.

Quand il y a un pénis (Hirudo), celui-ci introduit les cellules mâles dans l’orifice génital femelle ; chez la Clepsine, dépourvue d’organe copulateur, la fécondation est hypodermique : un spermatophore est déposé sur la peau du partenaire, et les spermatozoïdes traversent les tissus pour atteindre les ovules.

Les œufs sont déposés dans un cocon élaboré par le clitellum ; la segmentation spirale aboutit à un jeune, qui éclôt avec une organisation voisine de celle de l’adulte. Les cocons sont déposés dans la terre (Hirudo) ou fixés aux plantes (Néphélis) ; la Clepsine les conserve sous son ventre, et les jeunes restent fixés à leur mère pendant plusieurs semaines.

Les Sangsues ne présentent pas de reproduction asexuée, et leur pouvoir de régénération est pratiquement nul.

M. D.

➙ Annélides / Parasitisme.

 F. Sabelle, les Sangsues et l’hirudiniculture en Gironde (Cadoret, Bordeaux, 1930). / M. A. Denis, les Sangsues en médecine (Société Éd. du Nord, Lille, 1936).

San Martín (José de)

Général et homme politique argentin (Yapeyú, prov. de Corrientes, 1778 - Boulogne-sur-Mer 1850), artisan de l’indépendance du Chili et du Pérou.


Fils d’un fonctionnaire de petite noblesse responsable d’une ancienne mission Jésuite, il suit sa famille en Espagne en 1784, son père ayant été appelé à de nouvelles fonctions à Málaga. Il entre au séminaire des nobles de Madrid et dès 1789, à onze ans, il est admis comme cadet au régiment de Murcie. Il participe à son premier combat contre les Maures, devant Oran, en 1791. La guerre contre la France lui vaut un premier galon dans le Roussillon en juillet 1793. Il poursuit une honorable carrière militaire et se retrouve capitaine en 1804 au régiment des volontaires du Campo Mayor. En 1808, il prend part au soulèvement des troupes d’Andalousie contre les Français, puis est nommé dans un régiment de cavalerie : la bataille de Bailén, qui voit la défaite des Français commandés par Pierre-Antoine Dupont, lui vaut le grade de lieutenant-colonel.

Mais, depuis quelque temps déjà, le brillant officier est préoccupé par le sort de son pays natal et par les mouvements d’émancipation qui commencent à agiter l’Amérique espagnole : affilié à la loge maçonnique de Cadix, il suit avec grand intérêt la tentative de Francisco Miranda pour libérer le Venezuela et se passionne pour la révolution de Buenos Aires (1810) dirigée par le général Manuel Belgrano (1770-1820). En septembre 1811, il se décide à rejoindre Buenos Aires, via Londres, pour « contribuer à la liberté » de son pays natal. Très bien accueilli par ses compatriotes en mars 1812, il est bientôt placé à la tête d’un régiment de grenadiers à cheval. Parallèlement, il développe son activité politique en adhérant à la « Société patriotique » et contribue à fonder la loge maçonnique Lautaro, dont l’éponyme est le grand chef araucan vainqueur des Espagnols à Tucapel (1553).

Quelques mois après son arrivée, il va jouer un rôle politique de premier plan en luttant contre le triumvirat incapable qui détient le pouvoir exécutif depuis septembre 1811. Après avoir fait adopter le drapeau national, bleu et blanc, il bat les Espagnols de l’Uruguay à la bataille de San Lorenzo (3 févr. 1813), victoire qui sera complétée par celle de Salta (20 févr.), remportée dans le Nord par Belgrano. Mais ce dernier, militaire improvisé, connaît ensuite plusieurs échecs, et les rives du Paraná sont de nouveau menacées par les Espagnols. Très lucidement, il propose au gouvernement de Buenos Aires de confier le commandement de l’armée du Nord à San Martín ; ce dernier accepte en janvier 1814 et met au point une stratégie à longue échéance, qui lui fait envisager la libération du Chili* pour en finir avec la domination espagnole dans la moitié sud de l’Amérique latine. Mais, malade, il doit renoncer à son commandement en août 1814 et devient gouverneur de la grande province de Cuyo (dont la capitale est Mendoza). Ses projets de libération semblent bien compromis par la défaite de Bernardo O’Higgins et des patriotes chiliens à Rancagua (1er oct. 1814). Ces derniers seront nombreux à rejoindre la province de Cuyo, où San Martín les réorganise militairement, constituant le noyau de l’« armée des Andes ». La politique intérieure lui réserve aussi des déceptions : arrivé au pouvoir en janvier 1815, Carlos de Alvear destitue San Martín, qui désavoue ses projets de négociations avec le roi d’Espagne. Cette décision imprudente, même si elle est rapportée au bout de quelques jours, soulève maintes protestations, et San Martín, devenu très populaire, constitue une junte qui renverse Alvear : le nouveau « directeur suprême » sera le général commandant l’armée du Nord, José Rondeau. Les difficultés militaires continuent pourtant avec la défaite de Rondeau à Sipe-Sipe (dans l’actuelle Bolivie, près de Cochabamba) le 29 novembre 1815.