Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Sangallo (les) (suite)

Il est aussi l’auteur d’une des plus belles églises de la Renaissance, Santa Maria delle Carceri à Prato (1485-1493). L’édifice, en croix grecque, adossé au mur miraculé de la prison, est dans la lignée de Brunelleschi*, surtout l’intérieur, souligné de pierre bleue ; les chapiteaux de fantaisie, par contre, comme la solution de la façade en marbre blanc à bandes vertes, appartiennent en propre à Giuliano. On retrouve ces encadrements linéaires à la sacristie octogonale de Santo Spirito (Florence, 1489-1496). L’atrium de l’église Santa Maria Maddalena dei Pazzi (1487-88), avec son ordonnance de tombeau étrusque et son arcade centrale inspirée de la chapelle des Pazzi, résume assez bien les aspirations de l’artiste, sa recherche d’harmonie dans une voie déjà tracée, mais gardant encore toute sa fraîcheur.

Antonio l’Ancien fut d’abord un collaborateur de son frère ; il est difficile, dans leurs entreprises communes, de faire la part de chacun. Avant tout ingénieur, Antonio réalise des forteresses à Arezzo, à Civitacastellana et, en 1493, les bastions du château Saint-Ange, la citadelle de Rome implantée sur le mausolée d’Hadrien. Lui aussi cherche la simplicité et l’équilibre. Son portique des Servi di Maria à Florence (1517, avec Baccio d’Agnolo) reste très proche de celui des Innocenti de Brunelleschi, auquel il fait face sur cette harmonieuse place de l’Annunziata : en dépit du siècle qui les sépare, un même sentiment les anime.

À Montepulciano, où il réside longtemps et où il bâtit plusieurs palais, Antonio l’Ancien réalise une des plus belles églises d’Italie : San Biagio (1518-1537), dont la construction sera poursuivie par Francesco, fils de Giuliano. On peut y rechercher le plan utilisé par Giuliano à Prato, ou les conceptions de Bramante*, qu’Antonio connaît bien pour avoir participé avec son frère aux travaux de Saint-Pierre de Rome. En fait, par la franchise et la simplicité de sa composition, San Biagio, tout au contraire d’une réplique, est le témoignage d’une mentalité appelée à s’exprimer, par-delà la Contre-Réforme, dans le classicisme français.

Antonio le Jeune fut élève de ses oncles et à son tour ingénieur de fortifications à Caprarola, à Ancône, à Civitavecchia... Humaniste, il fut le confident des papes Médicis et développa à leur service l’agence familiale. L’église romaine de Santa Maria di Loreto, entre autres, témoigne en 1507 d’un goût délicat ; et, en 1518, Santa Maria di Monserrato est tracée sur un plan catalan à nef unique, que l’on retrouvera dans l’église du Gesù de Vignole*. À partir de 1520, avec Peruzzi*, puis seul, Antonio le Jeune va assumer jusqu’à sa mort la direction du chantier de Saint-Pierre. Il propose de revenir à la croix grecque de Bramante, mais, à en croire la maquette de 1536, c’était pour la faire précéder d’un avant-corps avec deux clochers élevés, à l’encontre du projet primitif.

La réalisation de grandes demeures romaines assure à Antonio le Jeune une gloire plus durable. Le palais Farnèse, surtout, à partir de 1514, où le rythme des baies engendre une légèreté inconnue des façades florentines, montre une maîtrise totale de la leçon antique (ici celle du théâtre de Marcellus) pour donner au vestibule et à la cour toute leur ampleur.

Par tempérament et du fait de leur organisation, les Sangallo furent moins portés à remettre en cause l’acquit florentin ou romain qu’à l’enrichir et à en étendre l’influence en évitant tout raffinement artificiel : par là ils étaient dans l’esprit même du classicisme.

H. P.

 G. Clausse, les San Gallo, architectes, peintres, sculpteurs, médailleurs (Leroux, 1900-1902 ; 3 vol.).

Sangsue

Ver annelé muni de deux ventouses aux extrémités du corps.


On compte environ trois cents espèces de Sangsues, formant la classe des Hirudinées (ou Achètes), habitant les eaux douces et les mers, et se nourrissant de proies animales ou de sang.


Un exemple : la Sangsue médicinale

Hôte des eaux calmes riches en plantes et à fonds vaseux, la Sangsue médicinale (Hirudo medicinalis) est l’une des plus longues parmi les Hirudinées — elle atteint 20 cm — et aussi la plus célèbre à cause de l’usage thérapeutique que l’on fit longtemps de ses capacités d’absorption du sang humain. Comme toutes les Sangsues, elle possède trente-trois segments, que seule révèle la dissection, car la peau montre une centaine de rides transversales superficielles. La ventouse postérieure résulte de la coalescence de sept segments ; avec la ventouse antérieure, qui entoure la bouche, elle assure une progression caractéristique, par « arpentage ». Totalement dépourvue des soies que l’on connaît chez les autres classes d’Annélides, la Sangsue nage par ondulations du corps. Très sensible aux contacts, elle l’est également aux substances chimiques ; elle détecte la présence des Vertébrés qu’elle parasite et est fortement attirée par l’odeur du sang.

Avec ses trois mâchoires denticulées, qui fonctionnent comme des scies, elle entaille la peau d’une cicatrice en Y, puis aspire le sang, qu’elle emmagasine dans onze paires de cæcums de son estomac dilatable ; additionné d’une salive qui doit à l’hirudine ses propriétés anticoagulantes, le sang subira une lente digestion, qui peut s’étaler sur plusieurs semaines ou même plusieurs mois. La résistance au jeûne de la Sangsue est considérable : celle-ci survit plus d’un an sans se nourrir.

Quand elle est jeune, la Sangsue médicinale vit aux dépens de Batraciens ou de Poissons ; puis, durant les quelque vingt années que dure son existence, elle n’aspire que le sang chaud des Mammifères qui s’aventurent dans son milieu. Une Sangsue de 2 g peut absorber huit fois son poids de sang en une heure environ ; elle se détache alors spontanément, mais la plaie, imprégnée de salive, laisse encore s’écouler une dizaine de grammes de sang.

Autrefois utilisée pour effectuer des saignées, la Sangsue médicinale a été l’objet d’un véritable élevage (hirudiniculture) en Europe. Le risque réel d’inoculation de germes infectieux par le parasite en a fait totalement abandonner l’usage.