Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Saint-Pierre-et-Miquelon (suite)

L’optimum de population se place en 1902 (6 842 hab.) ; à la suite d’une émigration importante vers le Canada, l’effectif est tombé à moins de 4 000 en 1921. Aujourd’hui encore l’accroissement naturel très élevé, environ 15 p. 1 000, est en grande partie absorbé par l’émigration (vers Terre-Neuve, le continent américain, la France). Saint-Pierre compte 4 615 habitants, et Miquelon 620.

Activité traditionnelle de l’archipel, la pêche connaît de graves difficultés. Sous sa forme artisanale (lignes, doris à moteur), elle emploie 150 marins qui ne prennent que 1 000 t de morue, rouget et carrelet ; procurant de faibles revenus, la pêche artisanale est en déclin. La pêche industrielle (4 chalutiers, 50 marins) ne survit qu’à l’aide de subventions ; elle rapporte 6 000 t de poisson. La fabrication de la farine de poisson et la congélation des filets emploient à peine 150 personnes.

Par suite des conditions climatiques et pédologiques, l’agriculture est insignifiante ; on cultive des légumes pour la consommation familiale et la vente aux chalutiers de passage. L’élevage des moutons et celui des animaux à fourrure ont échoué. On développe aujourd’hui l’embouche des charolais, la plus grande partie du bétail étant destinée, après quarantaine, à l’exportation vers le Canada.

La fonction d’escale est très importante, surtout depuis l’agrandissement du port de Saint-Pierre et la construction d’un frigorifique de stockage ; le nombre des escales de chalutiers, surtout espagnols, canadiens et allemands, est passé de 532 en 1959 à 1 506 en 1968.

Une activité appelée à un certain avenir est le tourisme (actuellement 7 000 visiteurs par an), à condition que l’on améliore l’équipement hôtelier, le réseau routier et les moyens d’accès.

L’archipel est relié plus ou moins régulièrement par mer avec Montréal et Sydney (Nouvelle-Écosse), ainsi qu’avec divers ports français (Marseille, La Rochelle) et européens (Anvers, Rotterdam). Les liaisons aériennes, limitées par les conditions météorologiques (brouillard fréquent en été) et l’infrastructure aéroportuaire, se font surtout avec Sydney et Halifax ; il faut passer par Montréal ou Gander pour gagner l’Europe.

Les importations (produits pétroliers, objets manufacturés de consommation ou d’équipement) proviennent surtout du Canada et, dans une moindre mesure, de France. Les exportations (poissons) se font avec les États-Unis. L’écart est considérable entre les premières, 3 258 millions de francs C. F. A. (65 MF), et les secondes, 1 541 millions de francs C. F. A. (31 MF). Le ravitaillement en vivres (en partie importés) et en carburants (totalement importés) des chalutiers faisant escale, la réexportation des charolais et le tourisme ne compensent pas ce déficit, comblé par des subventions directes et indirectes de la métropole.

Le déclin de la pêche, le caractère saisonnier de ce qui en subsiste et des industries dérivées, le renchérissement des produits importés du Canada (à la suite des dévaluations françaises), le développement insuffisant des activités nouvelles créent un malaise économique et social ; le manque d’emplois réguliers et rémunérateurs contraint les jeunes à émigrer.

P. B.


L’histoire

Les deux îles de Saint-Pierre et de Miquelon auraient été découvertes le 21 octobre 1520 par le navigateur portugais João Álvares Fagundes, qui leur donna le nom d’« îles des Onze Mille Vierges ». Toutefois, cette découverte a été aussi attribuée aux Basques, qui y auraient abordé deux siècles plus tôt, ou bien à des explorateurs comme Jean Cabot en 1497 ou Verrazano en 1524.

Quoi qu’il en soit, dès le xvie s., des pêcheurs français, bretons et normands, fréquentaient ces parages, et c’est Jacques Cartier qui prit officiellement possession des îles Saint-Pierre-et-Miquelon, en 1536, au nom de François Ier, mais il n’y eut d’établissement fixe qu’à partir de 1604.

Les îles se peuplèrent peu à peu grâce aux colons établis au Canada. Elles furent fortifiées en 1696, mais les Anglais s’en emparèrent en 1702 durant la guerre de la Succession d’Espagne. En 1713, au traité d’Utrecht, la France cédait les îles à l’Angleterre, qui obtint ainsi le monopole des pêcheries dans cette région. Elles lui furent restituées en 1763 au traité de Paris, Saint-Pierre-et-Miquelon représentant alors le dernier vestige des anciennes possessions françaises en Amérique du Nord.

Au cours des guerres franco-anglaises, Saint-Pierre-et-Miquelon furent occupées de nouveau par les Anglais de 1778 à 1783 et de 1793 à 1814. Les Français des îles furent chassés par les Anglais et n’y revinrent qu’en 1816. Ils étaient alors au nombre de 640 ; les autres restèrent à Belle-Île ou dans la région de La Rochelle, où ils avaient trouvé refuge.

Au début du xxe s., l’industrie de la pêche était en plein essor et occupait une population abondante et industrieuse. L’archipel connut également une période de prospérité de 1923 à 1933 lorsque les États-Unis eurent fait voter les lois de prohibition qui proscrivaient la vente des alcools : il servit alors de port de transit pour tout le trafic de contrebande des alcools en provenance des pays occidentaux.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le 24 décembre 1941, l’amiral Émile Muselier, commandant des forces navales françaises libres, occupa les îles et y provoqua aussitôt un plébiscite qui se révéla largement favorable au général de Gaulle : l’archipel dépendait depuis 1940 du gouverneur des Antilles, l’amiral Georges Joseph Robert, qui était resté fidèle au gouvernement du maréchal Pétain.

Cette occupation constitua l’un des nombreux points de désaccord entre de Gaulle et Roosevelt, les États-Unis s’étant engagés vis-à-vis de Vichy, et par traité conclu avec l’amiral Robert, à respecter le statu quo dans cette région du monde.

En 1946, Saint-Pierre-et-Miquelon devint territoire d’outre-mer et, en 1976, département d’outre-mer.

P. R.

 J. Y. Ribault, Histoire des îles Saint-Pierre-et-Miquelon (Impr. du gouvernement, 1968).