Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Saint-Étienne (suite)

L’évolution et le rajeunissement du potentiel économique

Les deux phénomènes qui ont amorcé l’expansion récente sont l’accroissement démographique et, paradoxalement, le déclin irréversible de l’activité minière (sur 180 000 actifs, prédominance du secteur secondaire, avec 105 000 personnes, sur le secteur tertiaire, avec 75 000 personnes). La complexité des structures du gisement plissé et faillé explique que la production houillère n’atteigne que 0,4 Mt en 1975. Le dernier puits devait être fermé en 1976. La production a été valorisée localement par la cokerie de La Silardière (dont l’exploitation a été définitivement arrêtée en 1974) et la centrale thermique du Bec (0,8 TWh). Ce repli s’est fait de façon ordonnée et une reconversion progressive a permis d’éviter une véritable crise de l’emploi.

Les autres activités traditionnelles n’ont pas connu, comme le charbon, de régression, mais, au contraire, se sont modernisées et restructurées. La sidérurgie a renforcé et perfectionné son orientation déjà ancienne vers les aciers fins, alliés et spéciaux (400 000 t), sous l’impulsion de Creusot-Loire, prenant le contrôle, en 1974, de Marrel Frères. Dans la métallurgie et la mécanique, une main-d’œuvre très qualifiée, liée aux anciennes fabrications d’armement et de cycles et qui présente une certaine souplesse de reconversion lorsque la transformation des marchés l’exige, a permis une forte intégration locale des usines. L’armement et les cycles survivent après une réorientation vers la grande qualité. Pour le cycle, la demande américaine a été déterminante. Manufrance (2 000 employés, quatrième société française de vente par correspondance) domine les productions traditionnelles de quincaillerie et d’outillage. La Manufacture nationale d’armes (2 000 employés) a diversifié récemment ses productions d’armement de guerre et bénéficie de l’apport d’une école technique de l’armement. La forge et la mécanique générale se rassemblent autour de quelques grandes sociétés : Forges stéphanoises, Mavilor, bennes Marrel, machines-outils Ernault-Somua, matériel de travaux publics Richier (à L’Horme), Société stéphanoise de constructions mécaniques, groupe Europe-Transmission, Peugeot. Le textile a beaucoup moins bien réussi à cause d’une structure familiale à capacité d’investissement limitée. Une réorientation tardive vers les fibres synthétiques, l’ajout, par l’intermédiaire de Lyon, des tissus élastiques à la rubannerie et d’un peu de confection ne compensent pas la faiblesse des salaires et le manque de formation.

Sur ces bases héritées, plus ou moins bien adaptées, un important effort de modernisation et de diversification est tenté. Les organismes d’aménagement et d’équipement ont délibérément reconnu la vocation métallurgique et mécanique de la ville, et la renforcent : Berliet à Bouthéon, Zénith à Roche-la-Molière, un centre technique des industries mécaniques (C. E. T. I. M.) pour tout le Sud-Est. Mais on cherche aussi à éviter l’exclusivité : électronique Schlumberger, électronique-optique Heurtier et Angénieux, chimie des plastiques (Prosyn à Saint-Étienne et Saint-Chamond). Presque tous les secteurs d’activité sont couverts par de petites entreprises et ateliers artisanaux. Il faut enfin mettre à part les industries alimentaires (groupe Perrier), soutenues par Casino, qui a truffé la région et tout le Sud-Est d’hypermarchés, modernisant la distribution locale ; la verrerie, en pleine expansion avec B. S. N. à Rive-de-Gier ; les travaux publics avec la Société forézienne de travaux publics (S. F. T. P.) et Stribick.


La mutation du tissu urbain et les problèmes de l’agglomération

La stagnation économique avait entraîné un vieillissement et une grave inadaptation du tissu urbain avec l’enclavement et la vétusté des noyaux dans toutes les villes de l’agglomération, le problème de la liquidation des taudis et des quartiers insalubres, l’inadaptation de l’infrastructure de voirie, la faiblesse des liaisons transversales. Tout cela est à mettre également en rapport avec l’insuffisance du secteur tertiaire, replié sur le centre-ville stéphanois, constituant une entrave économique par le blocage des immeubles où il travaille et empêchant du même coup le remodelage de la cité. On a dû donc traiter les problèmes d’aménagement par le désenclavement économique, en modernisant le réseau routier et en commençant le réaménagement des villes par celui de la périphérie, dont le développement est la conséquence de leur extension. Les 50 km de l’autoroute Givors-Firminy ayant demandé pour leur réalisation un délai de dix-sept ans, c’est maintenant seulement que se bâtissent les rocades périurbaines est et ouest de Saint-Étienne et que se pose le problème de son axe Bellevue-La Terrasse, engorgé par la circulation des tramways (40 p. 100 des déplacements à l’intérieur de l’agglomération se font par les transports en commun), et que l’on ne pourra résoudre qu’en réaménageant le noyau commercial. L’amélioration des relations avec Lyon se fait par 70 trains par jour, avec Paris par deux liaisons par jour par Air Inter, et avec Chambéry et Toulouse par une liaison quotidienne par Air Alpes.

Le problème des centres urbains n’est résolu nulle part encore, sauf peut-être à Firminy. À Saint-Étienne, la rénovation des quartiers de Chavanelle et de la Grande Poste, la réalisation de deux ensembles immobiliers destinés au tertiaire aux Glaciaires et à Tarentaise et l’aménagement de la glace des Ursules et du « Vieux Saint-Étienne » aèrent nettement déjà l’ancienne cité. On n’a pu éviter nulle part l’échec de la transformation des quartiers neufs de la périphérie en cités-dortoirs : Baulieu, La Marandinière, La Métare, Solaure, Montreynaud à Saint-Étienne ; Firminy-Vert à Firminy ; La Romière au Chambon-Feugerolles ; Fonsala à Saint-Chamond.

Les équipements socioculturels sont en progrès rapide, avec deux maisons de la culture, cas unique en France pour une agglomération de cette taille, l’ouverture à l’art moderne du musée municipal d’Art et d’Industrie et le renforcement spectaculaire apporté depuis quelques années par l’université (6 000 étudiants, deux écoles d’ingénieurs et un important I. U. T.). Pour améliorer les conditions d’existence et le pouvoir attractif de l’agglomération auprès des cadres, un effort important a été consenti avec l’aménagement du parc régional du Pilat et de Saint-Genest-Lerpt, du plan d’eau de Saint-Victor-sur-Loire, des centres de sports d’hiver des monts du Forez.

R. D.-C.

➙ Loire (départ.) / Lyon / Rhône (départ.) / Rhône-Alpes.