Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Saint-Denis (suite)

Il ne reste presque rien du monastère médiéval, si ce n’est la très belle vasque du cloître de la fin du xiie s. et des fragments de sculpture. Un plan prévoit le dégagement des abords de l’église pour permettre l’accès au portail nord du transept (porte des Valois), de la fin du xiie s., et au portail sud, du milieu du xiiie s. Un musée de l’œuvre présentera les objets précieux et les sculptures trouvés dans les fouilles. Mais le trésor de l’abbaye a disparu en grande partie. Quelques pièces rares ont été sauvées à la Révolution et recueillies au cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale, comme le trône dit « de Dagobert », et au musée du Louvre, où on peut voir notamment, dans la galerie d’Apollon, l’épée du sacre, dite « de Charlemagne », et le sceptre de Charles V.

Les bâtiments abbatiaux, au sud de la basilique, ont été reconstruits au xviiie s. sur des plans de Robert de Cotte* et affectés par Napoléon Ier à la maison d’éducation de la Légion* d’honneur (1809). Cet ensemble monumental et sévère complète admirablement l’abbatiale médiévale, promue depuis 1967 cathédrale d’un nouveau diocèse.

A. P.

➙ Île-de-France / Paris / Seine-Saint-Denis.

 F. d’Ayzac, Histoire de l’abbaye de Saint-Denis (Bray, 1861 ; 2 vol.). / S. McKnight Crosby, The Abbey of St-Denis, 475-1122 (New Haven, Connect., 1942 ; trad. fr. l’Abbaye royale de Saint-Denis, Hartmann, 1953). / G. Brière et P. Vitry, l’Abbaye de Saint-Denis (Laurens, 1948). / J. Formigé, l’Abbaye royale de Saint-Denis (P. U. F., 1960).

Saint-Domingue

En esp. Santo Domingo, capit. de la république Dominicaine.


Avec 671 402 habitants (recensement de 1970), Saint-Domingue rassemble le sixième de la population du pays. Après n’avoir connu pendant longtemps qu’un développement assez lent, la ville est entrée depuis une quinzaine d’années dans une période de croissance très rapide, et son rôle dans la vie nationale devient de plus en plus important. Elle s’est considérablement étendue à partir du cœur historique, bâti sur la rive droite de l’embouchure du río Ozama.

Fondée en 1496 sur la rive gauche du río Ozama sous le nom de Santo Domingo de Guzmán, par Barthélemy Colomb et ses compagnons, puis transplantée sur la rive droite en 1502, Saint-Domingue est une des plus anciennes cités d’Amérique. Fief de la famille des Colomb, elle connut une grande prospérité au xvie s. jusqu’à sa mise à sac par Francis Drake en 1586. Elle sert de point de départ à la colonisation espagnole aux Antilles et sur le continent et est le siège de la Cour royale qui a juridiction sur toutes les Antilles. On y édifie alors des monuments qui sont aujourd’hui l’un des attraits de la vieille ville espagnole : la cathédrale, construite de 1521 à 1540 et qui abrite le tombeau de Christophe Colomb, l’alcazar de Colomb, dont la restauration a été achevée en 1957, l’hôpital San Nicolás de Bari, le monastère de San Francisco.

Aux xviie, xviiie et xixe s., Saint-Domingue entre dans une profonde décadence à la suite des vicissitudes qui affectent l’île du même nom, délaissée par les Espagnols et dont les Français ont occupé la partie occidentale au xviie s. La ville, prise par les Français, puis par les Haïtiens, perd même sa fonction de capitale de 1795 à 1843. Elle commence lentement à renaître avec la proclamation de la république Dominicaine* en 1844. Bien que le site de plaine côtière dans lequel elle se trouve soit favorable à l’expansion urbaine, elle souffre jusque dans les années 1850 du retard général et d’être mal reliée aux autres régions d’un pays au relief compartimenté. Il faut attendre 1920 pour qu’elle franchisse les limites de son enceinte fortifiée. L’arrivée au pouvoir de Rafael Leonidas Trujillo en 1930, année où Saint-Domingue est détruite par un cyclone, marque le début de la construction de nouveaux quartiers au plan géométrique à l’ouest et au nord de la vieille ville. Saint-Domingue déborde à l’est le río Ozama franchi par le pont Juan Pablo Duarte. Trujillo, dont la ville porte le nom de 1936 à 1961, transforme Saint-Domingue en capitale de prestige d’un État centralisateur et autoritaire. De larges et longues avenues sont tracées, des quartiers et des bâtiments imposants construits (quartiers de la Foire internationale de 1956 en bordure de l’avenue George Washington à l’ouest). De vastes lotissements de maisons individuelles pour les classes moyennes et populaires apparaissent au nord et à l’est (Mejoramiento Social, Villas Agricolas, Barrio Obrero, Ensanche Ozama), tandis que s’édifient des quartiers de résidence de luxe à l’ouest de la ville. Avec l’afflux des immigrants ruraux, des bidonvilles sont apparus sur les bords de l’Ozama, la construction de logements sociaux étant insuffisante. À ses fonctions politiques, administratives et universitaires, Saint-Domingue ajoute des activités commerciales et portuaires et elle est devenue le principal centre d’affaires de la république. Après avoir été longtemps concurrencée par Santiago de Los Caballeros, la métropole du Nord, elle joue aussi le rôle de centre de services régional pour la riche plaine sucrière qui s’étend le long de la mer des Antilles. Pour satisfaire les besoins du marché national et du marché urbain, des industries de transformation sont apparues, localisées dans un parc industriel situé au nord de la ville (alimentation, habillement, matériaux de construction, petite mécanique). Mais Saint-Domingue reste essentiellement une ville de services, capitale d’un pays dont l’économie est fondée sur l’agriculture et dont le niveau de vie est encore bas.

J.-C. G.

Sainte-Beuve (Charles Augustin)

Écrivain et critique littéraire français (Boulogne-sur-Mer 1804 - Paris 1869).


Contre Sainte-Beuve, de Proust*, résume assez bien par son titre même l’attitude de la pensée contemporaine à l’égard de celui qui passe encore pour le symbole de la critique* littéraire. En effet, nombreux sont les motifs du discrédit qui le frappe actuellement. Mais il reste également qu’il y a aussi beaucoup de raisons pour Sainte-Beuve.