Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Saigon (suite)

Les Chinois, en s’installant à Cho Lon, avaient, sans doute, été sensibles à l’avantage commercial de la situation : les navires de mer pouvaient remonter la Rivière de Saigon, aisément navigable, et des bateaux à faible tirant d’eau empruntaient l’arroyo chinois vers l’ouest, vers le Vaico et le Mékong ; dès 1819, un canal reliait l’arroyo chinois au Mékong. Gia Long, lui, comprit les avantages défensifs du site. Une fortification permanente pouvait être établie, qui commanderait les deux confluents et les voies d’eau menant à la mer, vers le nord (la Rivière de Saigon), vers l’ouest et le sud-ouest, c’est-à-dire vers le delta du Mékong. Dans la première moitié du xixe s., ce site devait servir de base de départ pour les Vietnamiens vers les terres basses du delta du Mékong, encore presque vides.

Les Français furent sensibles surtout aux avantages d’un site portuaire, auquel sa position donnait une grande valeur « coloniale », commerciale et stratégique. À 83 km de la mer, sur la Rivière de Saigon, le site de port d’estuaire est bon : la rivière est abondante, peu chargée en alluvions et fortement remontée par la marée ; les relations avec la métropole étaient ainsi assurées. Par ailleurs, la ville, d’une part, peut communiquer facilement avec le Mékong (les Français voulaient explorer la voie du Mékong sans être sur ce fleuve, chargé d’alluvions), et, d’autre part, est située au contact des terres basses de l’Ouest et des terres hautes d’alluvions anciennes en partie couvertes de nappes basaltiques de l’Est.

De 1859 à 1945, Saigon eut les fonctions classiques d’une capitale coloniale : ce fut une base militaire (arsenal), un centre administratif (encore que concurrencé par Hanoi), un grand port et un centre commercial non seulement pour la Cochinchine, mais aussi pour le Cambodge et même partiellement pour le Laos. La ville était à la tête de canaux vers le Mékong, de voies ferrées (vers My Tho, Loc Ninh et, par le Transindochinois, vers Hanoi) et de routes. Le trafic portuaire atteignait 2,7 Mt en 1939. Par l’intermédiaire des maisons d’import-export et de tout le réseau du commerce chinois, qui pénétrait jusque dans les plus petits villages, Saigon était le grand exportateur de riz (y compris le riz cambodgien), le grand importateur de produits fabriqués. En outre, la ville était le grand exportateur du caoutchouc, la capitale des plantations d’hévéas du talus cochinchinois et de l’Est cambodgien. La ville n’avait que peu d’industries (rizerie, scierie, brasserie), mais l’artisanat, animé par les Chinois, était très actif. Saigon était une ville d’affaires, très différente de Hanoi. La cité, centrée sur le « Plateau », était bien construite, avec de larges avenues perpendiculaires du Plateau vers la rivière et du Plateau vers Cho Lon. Elle juxtaposait des quartiers français de villas et de jardins, des quartiers vietnamiens de « compartiments » en brique ; Cho Lon était très largement une ville chinoise. En 1938, Saigon-Cho Lon avait 540 000 habitants, dont une part importante de population chinoise, les immigrés chinois ayant été particulièrement nombreux (y compris des femmes depuis le début de la guerre sino-japonaise).

Le développement démographique récent de l’agglomération est dû à la guerre. Dès 1951, par suite de l’insécurité qui sévissait dans le delta du Mékong, la population atteignait 1 600 000 habitants, dont 998 000 Vietnamiens et 583 000 Chinois (l’immigration chinoise ayant été forte de 1946 à 1949, pour cesser complètement ensuite). En 1954, à la suite des accords de Genève, des réfugiés du Nord affluent à Saigon, où, finalement, 170 000 se fixeront. Après 1960, avec la reprise effective de la guerre, l’agglomération se gonfla de nouveau d’une masse de réfugiés venus des campagnes voisines et qui se fixèrent en plus grand nombre dans les régions urbanisées de la préfecture de Gia Dinh que dans celle de Saigon.

Ce développement démographique s’accompagna d’un développement économique, notamment industriel. Mais les établissements les plus importants s’installèrent dans la province de Gia Dinh, le long des axes routiers rayonnant à partir de Saigon. Il s’agissait d’activités de transformation variées, dont les plus typiques étaient les usines textiles, de matières plastiques, de produits pharmaceutiques. Ces usines s’ajoutèrent aux industries alimentaires plus anciennes, mais modernisées. Elles devaient rester moins importantes que les innombrables industries artisanales, particulièrement nombreuses à Cho Lon et en grande partie chinoises : travail des métaux (utilisant en particulier les rebuts de l’armée américaine), alimentation, articles en caoutchouc, fabrication de verre, papier traditionnel, tissage. Le port conserva une grande activité (6,4 Mt en 1972) ; l’aérodrome de Tan Son Nhut eut une activité considérable.

Toutefois, ces activités étaient très loin de pouvoir assurer l’existence d’une aussi grande population. De 1965 à 1972, celle-ci a vécu d’activités fournies par l’armée américaine. Le départ de celle-ci laissa quantité d’employés sans situation.

Par ailleurs, le développement de la population avait très largement excédé les possibilités de logement ; les habitants s’entassaient dans des logements mal équipés, insalubres, cependant que se développaient des bidonvilles. Le surpeuplement urbain prit une allure dramatique : la densité atteignit 286 habitants à l’hectare, avec des chiffres beaucoup plus élevés dans les zones congestionnées de certaines communes urbaines (jusqu’à 450 et même 950 hab. à l’hectare).

Depuis la victoire des troupes révolutionnaires et la fin de la guerre du Viêt-nam, la ville, devenue Hô Chi Minh, en pleine réorganisation, a perdu son titre de capitale du Viêt-nam du Sud.

J. D.

 T. T. Langlet, le Surpeuplement et la crise du logement dans la région métropolitaine de Saigon-Cholon-Gia Dinh (thèse, Rennes, 1969).