Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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sacerdoce (suite)

Le bouddhisme*, dont l’apparition coïncide avec la naissance de la lignée des prophètes en Israël, réagissait comme ceux-ci contre le formalisme clérical des castes qui monopolisaient les privilèges religieux. Mais, avec la divinisation des bouddhas et des bodhisattvas dans les pays du « Grand Véhicule » — Tibet, Chine, Corée, Japon —, les moines bouddhistes finirent par assumer, à leur tour, des fonctions de culte. Prenant modèle sur ce bouddhisme évolué, l’institution sacerdotale devint vite florissante dans le taoïsme chinois et dans le shintoïsme japonais, drainant avec elle, de part et d’autre, des courants puissants d’occultisme* et de magie* populaire. On n’en finirait pas d’énumérer tous les noms et de décrire les fonctions sacrales des prêtres dans les pays asiatiques.

À peine plus proches de nous sont les civilisations religieuses d’Amérique, antérieures à l’invasion européenne. En Amérique centrale, parmi les vastes fédérations de communes rurales fondées au moins un millénaire avant notre ère, dominait le peuple des Aztèques*. Ses représentations polythéistes étaient d’une extrême complexité ; d’où, aussi, une grande diversité de prêtres. Les cultes offerts par ceux-ci se trouvaient réglés selon une stricte coordination des événements célestes et terrestres, donc fondée sur un recours fréquent à l’astrologie, à la magie et aux horoscopes. La principale finalité de ces cultes visait à sauvegarder la fertilité agraire et à maintenir l’ordre du cosmos, incarné par de nombreuses divinités dans le cadre de l’année solaire, comptant 365 jours. Pour nourrir et fortifier ces dieux de la nature ou pour représenter les drames de leurs mythologies par des liturgies sanglantes, les Aztèques pratiquaient les sacrifices humains, non sans un certain fanatisme religieux.

Les Mayas* possédaient un clergé supérieur, recruté parmi la noblesse, et un clergé inférieur, chargé en particulier des actes sacrificiels, moins importants et moins sanglants que chez les Aztèques. Le clergé supérieur se réservait d’approfondir la science de l’écriture et celle des astres, de scruter les secrets et les rapports magiques inscrits dans les calendriers impériaux, de perfectionner enfin l’architecture sacrée, en particulier par la construction de temples à gradins qui symbolisaient la voûte céleste. La vie dans l’au-delà se trouvait conditionnée chez les Mayas par la bonne tenue des mœurs ; le clergé veillait donc également à l’observance salutaire du code moral.

En Grèce*, beaucoup d’éléments d’origine indo-européenne, orientale et mycénienne avaient concouru, dès le IIe millénaire avant notre ère, à produire une conception entièrement anthropomorphique des dieux, avec une idée de la destinée humaine plutôt tournée vers l’expérience terrestre. La rationalité grecque puisa dans ce fond mythique de quoi nourrir les démarches fondatrices de la philosophie occidentale. Mais, d’autre part, la religion populaire ne cessa jamais de susciter des cultes locaux, nombreux et variés, desservis chaque fois par un clergé approprié, à la convenance de chaque État. On connut aussi des centres cultuels pour les confédérations d’États (Délos*) ou pour les jeux panhelléniques (Olympie*). L’oracle d’Apollon à Delphes* jouait un rôle semblable. Cependant, il n’exista jamais en Grèce une caste sacerdotale proprement dite, bien que certaines charges cléricales y fussent héréditaires. Le principal responsable du gouvernement d’Athènes exerçait, à l’occasion, des fonctions cultuelles. Mais les sacrifices d’animaux, auxquels on procédait lors de certaines cérémonies publiques, n’exigeaient pas nécessairement des prêtres comme sacrificateurs. Un rôle à part, de loin le moins négligeable dans la vie religieuse de la Grèce classique, était dévolu aux mystères*, comme ceux d’Éleusis. Il s’agissait de cultes secrets, issus des rites immémoriaux de la fécondité et symbolisant le cycle des saisons. Leur attrait demeura grand jusqu’à l’époque du christianisme, parce qu’ils captaient plus que les autres formes du culte l’espérance d’une survie dans l’au-delà. Les prêtres de ces cultes à « mystères » étaient chargés de montrer aux initiés les symboles et les objets secrets, d’accomplir devant eux les gestes secrets et de prononcer les paroles du « mystère ». On sait que le thème fondamental de ces liturgies était toujours celui de la mort et de la résurrection ; mais le secret des gestes et des paroles mystérieuses ne fut, en général, jamais percé.

À Rome*, le roi était aussi le grand prêtre de la nation. Il s’entourait de pontifices, formant la corporation sacerdotale la plus élevée. Ce Collegium pontificum persista sous la République, avec, à sa tête, un pontifex maximus. Les prêtres sacrificateurs s’appelaient les flamines. Les responsables du culte de Vesta étaient les vestales, recrutées parmi les jeunes filles vierges pour une durée déterminée. D’autres collèges sacerdotaux se constituaient avec les interprètes du vol des oiseaux, les augures ou les epulones, chargés d’organiser des banquets en l’honneur des dieux.


Histoire et doctrine du sacerdoce chrétien


L’expérience fondatrice

L’institution sacerdotale est l’une des plus remarquables du christianisme, tant par sa continuité à travers presque deux millénaires que par la qualité de son symbolisme religieux ou la variété de ses réalisations pratiques. La genèse de cette institution ne s’explique bien qu’à partir de l’expérience fondatrice du christianisme, telle que les écrits du Nouveau Testament* en rendent compte à un titre tout à fait privilégié.

Selon ces textes, dont la rédaction s’échelonne entre les années 50 et les premières décennies du iie s., l’expérience de l’évangile chrétien fut vécue par Jésus lui-même et par ses disciples immédiats hors de la sphère stricte du sacerdoce israélite. L’auteur de l’Épître aux Hébreux devait en faire la remarque, sans doute vers les années 70 : « Si Jésus était sur terre, il ne serait pas même prêtre » (viii, 4). En effet, le mouvement spirituel déclenché par le jeune « messie » galiléen porte toutes les marques d’un événement étranger au conservatisme clérical. Le style ordinaire et les comparaisons qui illustraient le langage prêté à Jésus* selon la tradition la plus ancienne, mais aussi bien ses convictions les plus arrêtées sur la réalisation imminente du « royaume des cieux » en Israël et son comportement d’une extrême liberté avec les membres de la communauté israélite les plus exposés à l’opprobre de la caste sacerdotale expliquent que le destin tragique et le rayonnement tout entier de Jésus aient pu être placés par les premières générations chrétienne sous le signe d’un affrontement décisif avec la hiérarchie sacerdotale du Temple de Jérusalem.