Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
R

Ruanda (suite)

Si les transports intérieurs disposent de 5 000 km de pistes et d’une ligne de navigation, épisodiquement fréquentée, sur le Kivu (Gisenyi-Cyangugu), le Ruanda souffre beaucoup de son enclavement. Les produits passaient autrefois par la voie congolaise ; ils empruntent désormais surtout la voie ferrée de Mombasa (Kenya) à Kampala (Ouganda), longue de 1 800 km. Kigali est dotée d’un bon aéroport, accessible aux « DC-8 » ; les « Jets » se posent à Entebbe, en Ouganda.

P. V.


L’histoire

L’histoire de ce pays situé entre le lac Kivu et la rivière Kagera est mieux connue que celle du Burundi*, son frère ennemi du Sud. Les traditions orales y remontent en effet au moins au xve s., et certaines légendes évoqueraient même des faits du xie s.

Comme dans le reste de l’Afrique orientale, l’archéologie révèle le passage de l’âge de pierre à la métallurgie du fer au début de notre ère, avec les premiers sites de céramique dimple based (« à bord biseauté »), de style différent des poteries actuelles. La structuration de la population en trois catégories — Twas, Hutus et Tutsis — a amené l’élaboration d’hypothèses sur des invasions successives : des chasseurs (ancêtres des Twas) auraient été refoulés au début de l’âge du fer par des cultivateurs « bantous » (pour les Hutus), lesquels auraient été soumis à leur tour par des pasteurs dits « hamitiques » (pour les Tutsis). En fait, l’histoire de ce peuplement reste obscure. Il est probable qu’au moins depuis le début de notre ère des types humains variés se sont rencontrés. Il est hâtif d’en déduire une chronologie et de projeter sur le passé lointain le modèle social du Ruanda moderne.

L’histoire de ce royaume est en fait celle de l’unification politique d’un espace géographique par une principauté qui a réussi à réduire en cinq siècles une série de rivaux hutus ou tutsis. Malgré la tradition officielle, qui fait remonter la famille royale tutsi des Nyiginyas à l’origine des temps, il est probable que le Ruanda a connu plusieurs dynasties. Aux xve et xvie s., les premiers rois traversèrent, en effet, de nombreuses épreuves, qui les obligèrent à déplacer le centre de leur pouvoir. D’abord installés à l’est, près du royaume de Bugesera, ils furent amenés, à la suite des invasions de Nyoros venus du Nil, à s’installer plus à l’ouest, à l’ombre du royaume de Bushi. C’est au xviie s. que Ruganzu Ndori, véritable fondateur du Ruanda moderne, fixa définitivement la capitale dans le Nduga, au sud de la rivière Nyawarungu. C’est lui aussi qui instaura le tambour royal kalinga. Ses successeurs occupèrent à l’ouest les rives du lac Kivu, au sud les bords de la rivière Akanyaru (frontière du Burundi), à l’est les plateaux dominant la Kagera (en faisant disparaître les États de Ndorwa, de Gisaka et de Bugesera). Le conquérant le plus connu est Cyirima Rujugira, qui régna vers la fin du xviiie s. À la fin du xixe s., le grand roi Kigeri Rwabugiri (v. 1860-1895) essaya de gagner encore vers le nord et vers l’ouest du lac Kivu.

Les différentes régions ainsi réunies présentaient une grande diversité. Plusieurs éléments socio-culturels contribuèrent à unifier le pays : la langue kinyarwanda, le culte de Ryangombe, les rapports de clientèle fondés notamment sur le bétail (ubuhake), les associations de type clanique regroupant des lignages dispersés et appartenant même à des catégories socio-ethniques différentes. Mais le plus remarquable fut la centralisation politique imposée par le roi, ou mwami. Celui-ci était un souverain sacré dont toute l’existence était codifiée. Il entretenait des résidences royales partout, il disposait d’un vaste réseau de fidèles, il nommait trois séries de chefs, dont les pouvoirs se contrebalançaient à son profit (ceux de la terre, ceux du bétail et ceux des armées). Les armées représentaient une véritable mobilisation permanente des hommes et du bétail. Ce pouvoir était concentré, et ce de façon beaucoup plus nette qu’au Burundi, entre les mains des grandes familles tutsis apparentées au roi, influentes à la Cour et détentrices des grands commandements. Mais les régions périphériques, notamment au nord, présentaient des situations plus nuancées.

Les colonisateurs durent tenir compte, de ce régime. Les Allemands, qui pénétrèrent le pays à partir de 1894 et qui devaient régler le délicat problème des frontières avec le Congo belge et l’Ouganda, adoptèrent la solution du protectorat, qui fonctionna à partir de 1907 : les résidents (notamment le Dr Kandt et Hans Meyer) conseillaient le roi Yuhi Musinga (1896-1931). Mais leurs projets de développement furent interrompus par la Première Guerre mondiale. Dès 1916, les Belges entrèrent au Ruanda, qui fut défini à partir de 1923 comme territoire sous « mandat », puis sous « tutelle » (en 1946) dans le cadre du « Ruanda-Urundi ». Musinga, ayant freiné l’action des autorités belges, fut déposé en 1931 au profit de Mutara Rudahigwa (1931-1959). La réforme administrative qui fut alors entreprise systématisa les privilèges politiques des Tutsis sous l’influence du vicaire apostolique Mgr Léon Classe († 1945). L’économie moderne (culture du café, mines de cassitérite) fut développée. Les paysans les plus pauvres émigrèrent vers l’Ouganda à partir des années 20. L’enseignement, aux mains des religieux, se développa avec un centre de formation d’auxiliaires indigènes à Astrida (Butare).

L’indépendance fut accordée en 1962 dans un contexte dramatique, dû aux tensions politico-sociales et à leur cristallisation sous une forme ethnique. Un mouvement politique hutu, soutenu par l’Église, s’affirma dès 1957. La mort du roi Mutara en 1959 fut suivie d’une jacquerie organisée contre les enclos tutsis, ce qui encouragea l’administration coloniale à favoriser un changement de régime. En janvier 1961, la république fut proclamée à Gitarama par le leader hutu Grégoire Kayibanda (1924-1976). Des raids de réfugiés tutsis suscitèrent en 1963 des représailles massives. Les difficultés économiques et les événements sanglants de 1972 réveillèrent ces querelles de type racial. Le régime militaire établi par le général Juvenal Habyarimana en juillet 1973 se réclame de l’unité nationale.

J. P. C.

➙ Burundi / Hutus.