Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Assyrie (suite)

L’unification du Proche-Orient (viie s. av. J.-C.)

Les constructions de Ninive aussi bien que la destruction de Thèbes et de Suse amènent généralement l’historien à considérer que l’Empire assyrien atteint son apogée au milieu du règne d’Assour-bân-apli. Mais l’étendue formidable de cet État fait que le peuple assyrien, décimé par les guerres, n’y représente plus qu’une infime minorité, menacée d’absorption. Les déportations, destinées à détruire l’esprit de résistance local ou national, ont affaibli la plupart des peuples vaincus, mais, en dispersant les innombrables Araméens, elles ont répandu leur langue à travers l’Orient. Comme ce parler s’écrit en signes alphabétiques faciles à lire, la cour de Ninive elle-même emploie, à côté des scribes traditionnels, transcrivant avec un roseau taillé l’assyrien en signes cunéiformes, des scribes écrivant en araméen sur du papyrus ou du parchemin avec un pinceau à encre. Les hommes du temps deviennent très rares qui peuvent utiliser la fameuse « bibliothèque d’Assourbanipal », collection de copies de textes religieux, astrologiques, scientifiques et littéraires écrits en sumérien ou en akkadien et occupant plus de 5 000 des tablettes à cunéiformes retrouvées au palais de Ninive et au temple voisin de Nabou, le dieu babylonien de l’écriture. Depuis longtemps, en effet, les Assyriens se tournaient de préférence vers les dieux prestigieux de la basse Mésopotamie ; au viie s., toute l’Asie occidentale pratique l’astrolâtrie, culte des astres assimilés aux grands dieux mésopotamiens, Nabou et Mardouk de Babylone, Shamash de Sippar et Sin d’Our, à côté d’Assour et d’Ishtar, divinités officielles de l’empire. Dans le domaine assyrien, en Ourarthou, en Iran, en Phrygie et jusqu’en Grèce et en Étrurie, on subit l’influence d’un style artistique commun, qui rassemble les thèmes de la propagande des rois assyriens, les différentes illustrations des mythes de Sumer, les techniques des Syriens, qui, à partir du ixe s., ont décoré des ivoires de motifs égyptianisants pour les souverains de Kalhou et de Ninive, et sculpté des reliefs inspirés du modèle assyrien pour les palais des roitelets araméens et néo-hittites.

Les réalisations des rois d’Assyrie au viie s. sont splendides et parfois novatrices : ils utilisent la pierre pour l’aqueduc de Ninive ; ils fondent des parcs botaniques, faisant ainsi connaître des plantes précieuses comme le coton ; l’arrivée, pour la première fois, des soieries de Chine au Proche-Orient montre également l’accroissement des échanges avec le reste de l’Asie. Mais, dans ce monde cosmopolite qu’est l’Empire assyrien, l’esprit national, qui en est le ciment, n’est plus représenté que par la petite aristocratie guerrière des adorateurs d’Assour.


La fin de l’Assyrie

Ce petit groupe, avide de gloire et de butin, a usé son peuple à une tâche surhumaine. Non content de dominer la plaine mésopotamienne, facilement parcourue par sa charrerie et sa cavalerie, il s’est soucié en même temps de la défendre préventivement contre les envahisseurs faméliques : Araméens des marais, Arabes du grand désert, Barbares divers venus de l’Anatolie et de l’Iran ; il a alors affronté des milieux physiques franchement hostiles et surtout il a escaladé le Taurus, l’Anti-Taurus et le Zagros, des chaînes puissantes dépassant 4 000 m, mais dangereusement proches du cœur de l’Assyrie ; il a voulu défendre les revenus qu’il tirait du couloir syrien et il a poussé pour cela jusqu’à Thèbes, à 2 500 km de Ninive.

Ces folles expéditions sont suivies d’un recul rapide qui occupe la seconde moitié du règne d’Assour-bân-apli, période de crise où les documents sont rares. L’armée assyrienne ne peut empêcher l’Égypte de se libérer sous Psammétik Ier, roi de Saïs, le petit royaume de Juda de saisir une partie de l’ancien territoire d’Israël. La cour de Ninive se préoccupe sans doute davantage alors de la menace qui vient de l’est : les Mèdes et les Scythes, auxiliaires indociles, puis ennemis déclarés, ont dû attaquer l’empire à cette époque. Les deux fils d’Assour-bân-apli succèdent l’un après l’autre à leur père ; le second, Sin-shar-ishkoun (623-612), est attaqué par l’Araméen Nabou-apla-outsour, qui s’est fait proclamer roi à Babylone. Bientôt, les Mèdes viennent à la rescousse des Babyloniens : les villes assyriennes succombent — Assour en 614, Ninive en 612 —, et les restes de l’armée se réfugient à Harrân sous un nouveau roi, Assour-ouballith II (à partir de 612) ; mais les derniers soldats assyriens ne peuvent tenir là jusqu’à l’arrivée des secours envoyés par le pharaon, qui a changé de camp, et s’enfuient en Ourarthou (609).

Il ne reste à l’emplacement des cités fameuses que des tells de cendres et de briques. L’histoire des Assyriens se termine par un désastre total, en attendant le châtiment que la postérité lointaine infligera à la mémoire du peuple disparu : on oubliera son sentiment religieux profond, le goût de ses scribes pour la littérature et les sciences, et on ne retiendra que les proclamations orgueilleuses où ses souverains énuméraient complaisamment leurs atrocités.

G. L.

➙ Akkad / Anatolie / Babylone / Mésopotamie.

 G. R. Driver et J. C. Miles, The Assyrian Laws (Oxford, 1935). / A. Parrot, Archéologie mésopotamienne (A. Michel, 1946-1953 ; 2 vol.) ; Assur (Gallimard, 1961 ; nouv. éd., 1969). / G. Goossens, « Asie occidentale », dans Histoire universelle, tome I (Gallimard, « Encyclopédie de la Pléiade », 1956). / R. Borger, « Einleitung in die assyrischen Königsinschriften » dans Handbuch der Orientalistik, tome I (Leyde, 1961). / M. Vieyra, les Assyriens (Éd. du Seuil, coll. « Microcosme », 1961). / P. Garelli, les Assyriens en Cappadoce (Maisonneuve, 1963) ; l’Assyriologie (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1964 ; 2e éd., 1972) ; le Proche-Orient asiatique (P. U. F., coll. « Nouvelle Clio », 1969). / J. Laesse, People of Ancient Assyria (Londres, 1963). / C. J. Gadd, Assyria and Babylon c. 1370-1300 B. C. (« Cambridge Ancient History », no 42, 1965). / D. J. Wiseman, Assyria and Babylonia c. 1200-1000 B. C. (« Cambridge Ancient History », no 41, 1965). / J. M. Munn-Rankin, Assyrian Military Power 1300-1200 B.C. (« Cambridge Ancient History », no 49, 1967). / J. Deshayes, les Civilisations de l’Orient ancien (Arthaud, 1969).