Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Rome (suite)

Ces activités tertiaires laissent loin derrière les activités agricoles. La campagne romaine n’est plus un simple terrain de parcours pour les moutons. Les secteurs marécageux ont été bonifiés. Il y a encore beaucoup de petites propriétés, mais de vastes exploitations organisées en sociétés anonymes se sont installées. Au nord de Rome, la bonifica Torrimpietra est une société anonyme au capital de 250 millions de lires, spécialisée dans l’élevage laitier. Au sud, une société d’État existe, la bonifica del Maccarese (4 000 ha). Les systèmes agricoles se transforment ici en fonction de la présence de Rome. La céréaliculture régresse devant l’élevage laitier et les cultures de primeurs pratiquées en cultures irriguées et sous serres de plastique mobiles.

La seule véritable industrie est celle du bâtiment (70 000 emplois). Pourtant, les branches manufacturières commencent à devenir notables. Les industries alimentaires (9 000 emplois) fournissent à la ville les grands produits de consommation courante. L’industrie du bois et des meubles (10 000 emplois), de structure artisanale, a le même rôle local. Il en va de même pour le textile et la confection (20 000 emplois), encore que la haute couture ait tendance à se fixer à Rome, supplantant Milan ou Florence. Les industries du papier et de l’imprimerie ont une vieille tradition (23 000 emplois) et desservent les besoins de la capitale (l’Imprimerie nationale occupe 4 500 salariés). Le cinéma occupe une place à part dans les industries romaines ; des primes gouvernementales ont permis aux studios de Cinecittà (au sud-est de la ville) de conquérir un quasi-monopole en Italie et de faire de l’industrie cinématographique italienne une des premières du monde. D’autres activités sont liées au bâtiment, comme la céramique, le verre, les cimenteries, les briqueteries, l’extraction du travertin ; elles occupent 7 000 personnes. Les industries mécaniques, électromécaniques et chimiques ont d’autres caractères. Elles dépassent en effet la simple desserte des besoins urbains et présentent des possibilités d’emplois qualifiés. Elles sont surtout localisées à l’est de la ville, le long des voies Tiburtina, Prenestina et Salaria. Les industries mécaniques et électromécaniques (55 000 emplois) ont attiré les capitaux du Nord (Fiat, Olivetti) et de l’étranger pour la construction de matériel radio, de téléviseurs, d’appareils électroménagers. Les industries chimiques (10 000 emplois) sont spécialisées, en plus de quelques raffineries, dans la fabrication de produits pharmaceutiques et de cosmétiques. Il y a donc un éveil industriel certain, d’autant qu’on ne saurait évoquer ce panorama industriel sans mentionner les installations proches de la capitale. Les papeteries et l’usine Pirelli de Tivoli sont déjà anciennes. Mais il faut aussi citer nombre d’initiatives, au sud de Rome, dans la zone d’action de la Caisse du Midi, à Pomezia, à Aprilia, et à Cisterna di Latina. D’autres zones industrielles sont prévues à l’est de la ville. Tous ces changements transforment l’espace romain.


L’organisation de l’espace

Pendant des années, Rome s’est développée tout d’un bloc dans une campagne peu peuplée : on pouvait dire que c’était une « capitale sans banlieue ». La réalité présente est plus nuancée. La commune de Rome est très grande ; c’est la plus vaste d’Italie (1 507 km2). La partie comprise dans l’enceinte d’Aurélien (15,6 km2) est le cœur de la ville. Divisé en vingt-deux rioni, ce centre urbain se dépeuple régulièrement ; il comptait 458 000 habitants en 1921 (plus de deux tiers de la population romaine de l’époque) et n’abrite plus que 270 000 personnes actuellement. Là se trouvent la zone archéologique au sud du Colisée, la vieille Rome mêlant, autour de Piazza Navona, nobles demeures et vétustés édifices, les secteurs pittoresques du Trastevere, les rues élégantes (via Veneto). C’est aussi le quartier administratif, financier et politique. On y traverse également la Cité du Vatican*. Au-delà de l’enceinte d’Aurélien s’étendent les constructions bâties depuis 1870. Les Romains y distinguent des quartieri, ensembles urbanisés, et des suburbi, en cours d’urbanisation ; il y a ainsi trente-cinq quartieri et six suburbi (231 km2), avec plus de 2 millions d’habitants (82 p. 100 du total), contre 180 000 en 1921. C’est une Rome plus impersonnelle : la division fonctionnelle de ces quartiers n’est pas très nette. Sur les collines, à la construction de villas a succédé celle d’immeubles résidentiels au nord (monti Parioli, monte Mario), et à l’ouest (Janicule, Monteverde). La partie orientale de la ville est plus ouvrière et industrielle (quartiere Tiburtino), et elle doit recevoir une zone administrative (Centocelle). Les quartiers méridionaux connaissent une vive expansion avec le Testaccio, la borgata Garbatella, Tor Marancio ; dans l’ensemble de l’EUR, la résidence de luxe côtoie les bâtiments administratifs et d’exploitation. Plus au sud-ouest, il y a les trois quartiers littoraux (Lido di Ostia Levante, Lido di Ostia Ponente et Lido di Castel Fusano), à destination balnéaire. Le reste de la commune forme l’Agro romano (1 276 km2), encore peu peuplé (moins de 300 000 hab.). Il change, cependant, en recevant des équipements urbains (aéroport, zone sportive) et voit ses bourgs traditionnels s’animer sous l’effet d’une urbanisation désormais prochaine. Il y a donc naissance de certaines formes de banlieue à Rome. De plus, des agglomérations comme Tivoli, Frascati, Grottaferrata, Castel Gandolfo sont de plus en plus des centres résidentiels pour des Romains, qui y viennent en fin de semaine et même y séjournent de manière permanente. On comprend que le plan d’aménagement de Rome s’accompagne d’un projet de plan intercommunal.


Les problèmes

Ils sont tels, en effet, qu’une planification s’impose. Le ravitaillement de la ville, son approvisionnement en eau et en énergie supposent des solutions techniques qui sont possibles, voire aisées. Par contre, le problème de la circulation est particulièrement difficile pour une ville historique dont la voirie n’est pas adaptée à l’automobile, alors que le degré de motorisation de la population s’élève (1 voiture pour 4 habitants). La même difficulté se retrouve à propos de la spéculation foncière. Cela a sa conséquence sur l’équilibre budgétaire de la commune : le déficit romain est croissant, voire alarmant. L’augmentation du nombre des emplois est également une question cruciale. Toutefois, en dépit de ces aspects négatifs, les Romains ont su faire passer leur ville, en moins d’un siècle, du stade d’une ville-musée figée dans son passé à celui d’une capitale d’un État moderne, et cela en préservant un cadre prestigieux et une douceur de vivre inestimable.

E. D.