Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
R

rock and roll (suite)

Éparpillement et dispersion

L’évolution, durant les années 60, se fait dans le sens d’une dissolution des ferments du rock and roll au sein d’un mélange de genres rassemblés sous l’appellation de « pop music ». Après la réussite des Beatles et des Rolling Stones, groupes britanniques très fidèles au rock and roll et au blues à leurs débuts, chanteurs et orchestres blancs se dispersent au gré de multiples orientations stylistiques : le rock and roll le plus « pur » est noyé à force de lutherie électronique et d’influences celtes, orientales, d’effets de free jazz et de musique classique (Led Zeppelin, Pink Floyd, Moody Blues, Ten Years After, Soft Machine, Procol Harum, Grateful Dead, Mothers of Invention...).

Côté noir, le développement des dérivés du rhythm and blues conduira à la « soul music » avec, pour constantes, les références au gospel et au blues (Otis Redding, Wilson Pickett, Joe Tex, Aretha Franklin, Roberta Flack, Donny Hathaway).

F. T.

➙ Blues / Pop music.


Les « grands » du rock


Chuck Berry,

chanteur, guitariste, compositeur américain (San Jose, Californie, 1926). À Saint Louis (Missouri), où il passe son enfance, il chante dans un chœur d’église, crée son premier orchestre en 1952 et devient célèbre en 1955. Issu du blues, son style tire une grande part de son originalité de la création de pièces brèves où il raconte la vie de tous les jours. Il interprète d’une manière saccadée et frénétique (il fut surnommé Crazy legs) des mélodies faciles à retenir sur des rythmes obsédants (Maybelline, 1955 ; Sweet Little Sixteen, 1958 ; Ding a Ling, 1972).

Ses compositions furent souvent au répertoire des vedettes blanches de rock and roll (Beatles, Rolling Stones, Beach Boys, Johnny Hallyday).


James Brown,

chanteur et compositeur américain (Augusta, Georgie, 1935). D’abord boxeur, il se consacre à la chanson en 1956 et s’impose avec Please, please, please. C’est un remarquable homme de spectacle, qui tire un étonnant parti d’une gesture dynamique et provocante. Son style, fondé sur la transe rythmique et la répétition de cris modulés, évoluera très vite du rock and roll vers un genre plus proche des racines africaines. À ce titre, James Brown, héros qui valorise la négritude sous toutes ses formes, sera plus un champion du soûl que du rock and roll.


Fats Domino,

pianiste, chanteur, chef d’orchestre et compositeur américain (La Nouvelle-Orléans, 1928). Il est, dès 1948, un des précurseurs du rock and roll noir. Sa célébrité sera confirmée par son accession aux premières places du « hit parade » des ventes de disques durant les années 50 : The Fat Man (1948), Blueberry Hill (1952), Whole Lotta Lovin (1960).

Son jeu est fortement imprégné par les traditions musicales de La Nouvelle-Orléans. Rythmes allègres, souvent dérivés du boogie-woogie, mélodies simples et gaies, le répertoire du « bon gros » Domino est un exemple d’un rock and roll populaire nègre plus campagnard qu’urbain.


Bill Haley,

guitariste, chanteur, chef d’orchestre américain (Highland Park, Michigan, 1927). Il forme un groupe « country and western » en 1942, puis évolue vers le rock and roll et enregistre, en 1954, Shake, rattle and roll. Interprète de Rock around the Clock, qui sera popularisé par le film de Richard Brooks Blackboard Jungle (Graine de violence, 1955), il est alors mondialement célèbre. La musique de son groupe, fort rudimentaire, bâtie sur des anatoles avec vocaux, solos de ténor et de batterie, était indissociable de toute une gestuelle plus ou moins acrobatique. Bill Haley et ses Comets furent les premiers à jouer du rock and roll blanc en France à l’Olympia en 1954.


Little Richard (Richard Penniman, dit),

chanteur, guitariste, pianiste et compositeur américain (Macon, Georgie, 1935). Il enregistre, en 1956, Tutti Frutti, Good Golly Miss Jolly et s’impose immédiatement comme le second grand du rock and roll noir (le premier étant Chuck Berry). Il s’est beaucoup inspiré des formules violentes et exacerbées du gospel. Il abandonne la musique pour devenir pasteur en 1957, mais il revient à la scène en 1964.


Elvis Presley,

chanteur et guitariste américain (Tupelo, Mississippi, 1935 - Memphis, Tennessee, 1977). D’abord passionné de country and western, il enregistre pour une firme locale That’s All Right Mama, à l’occasion de l’anniversaire de sa mère. Découvert par le colonel Parker, qui sera dès lors un manager avisé, il devient, en 1956, l’idole de la jeunesse américaine, qu’il envoûte par sa voix, son physique et une manière très sensuelle de balancer les hanches. Après avoir été le plus célèbre des chanteurs de rock and roll, il interprète des ballades plus suaves et sera la vedette de films pour grand public. Il est, avec Bing Crosby et Frank Sinatra, l’un des trois grands de l’histoire de la chanson populaire blanche aux États-Unis, très souvent à la première place du hit parade (Heartbreak Hotel, 1956 ; Jailhouse Rock, 1957 ; In the Ghetto, 1969).

À ses débuts, lorsqu’il était fidèle au rock and roll orthodoxe, Elvis Presley savait adapter habilement pour le public blanc un matériel musical emprunté aux bluesmen noirs, dont il s’inspirait beaucoup, mais en édulcorant leur manière.

Rodin (Auguste)

Sculpteur français (Paris 1840 - Meudon 1917).


Il naît dans une famille modeste où une carrière artistique est surtout considérée comme un artisanal. En 1854, le jeune garçon entre à l’École impériale spéciale de dessin et de mathématiques, nommée « la Petite École » pour la distinguer de la grande, celle des Beaux-Arts. Il suivra aussi, au Muséum d’histoire naturelle, les cours de Barye*, qu’il admire comme il admire Carpeaux*.

Rodin trouve rapidement de l’embauche comme ouvrier payé à l’heure chez des entrepreneurs d’ornements. Cependant, il loue près des Gobelins un local sommaire, premier atelier dans lequel naît le buste de l’Homme au nez cassé (1864). Avec cette pièce apparaît ce sur quoi Rodin entend s’appuyer : l’art antique et la vérité de la nature. Le modèle est un certain Bibi, homme à tout faire du quartier, et Rodin, frappé par cette tête ravinée où flotte un souvenir de Michel-Ange, « crache le morceau », se coupant radicalement de l’esthétique académique. La tête (le reste du buste ayant été détruit par le gel dans l’inconfortable atelier) enthousiasme le sculpteur Jules Desbois (1851-1935), qui en fait un moulage et le présente à l’École des beaux-arts, disant qu’il a trouvé cet « antique » chez un brocanteur. À la petite foule admirative, il déclare : « L’homme qui a fait ça, un nommé Rodin, a été refusé par trois fois à l’École, et le morceau que vous prenez pour un antique n’a pas été admis au Salon. »

Déjà doué d’une prodigieuse habileté, Rodin est remarqué par Albert Carrier-Belleuse (1824-1887), qui fait appel à lui pour son entreprise quasi industrielle de production de dessus de cheminée et de figurines de boudoirs. Le maître donne des esquisses, le jeune praticien pétrit, modèle, le fondeur fait le reste : cette collaboration dure des années.