Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
R

rites (querelle des) (suite)

Comme la contradiction entre les deux décrets était flagrante, un troisième pontife, Clément IX (1667-1669), répondait, en 1669, que tous les deux demeuraient en vigueur, ce qui n’éclaircissait pas les choses. En Europe, l’opinion publique prenait fait et cause dans l’affaire, selon qu’elle était ou non favorable à la Compagnie. Ainsi, Pascal, dans sa cinquième Provinciale, diffamait la méthode des Pères.


L’intolérance chrétienne contre l’irénisme chinois

En 1667-68, des missionnaires se réunirent à Canton pour adopter des résolutions communes, mais ne purent s’entendre. Un vicaire apostolique français, Mgr Charles Maigrot (1652-1730), des Missions étrangères, fut alors envoyé en Chine pour examiner la question. Il étudia longuement l’affaire et, en mars 1693, concluait que, « dans les circonstances présentes », ces pratiques étant empreintes de superstition, il fallait les prohiber.

À cette époque régnait sur la Chine un empereur éclairé, Kangxi (K’ang-hi) [1661-1722], que les Jésuites appelaient le « Louis XIV chinois ». En 1692, il avait publié un édit de tolérance permettant l’enseignement du christianisme dans ses États ; très attaché aux Jésuites, il promulgait un autre édit qui lavait les rites chinois de toute superstition.

Rome ne tint aucun compte de l’opinion de l’empereur, et, en 1704, Clément XI approuvait le mandement de Mgr Maigrot, mais sans le rendre public. Deux ambassades pontificales se rendirent alors en Chine : en 1705-06 celle de Mgr Charles Maillard de Tournon (1668-1710) et en 1720-21 celle de Mgr Carlo Ambrogio Mezzabarba (1685-1741). Tournon publia en 1707 le décret pontifical de 1704, mais Kangxi, mécontent, interdit d’en faire état. En 1715, Clément XI, par la constitution Ex illa die, confirmait solennellement la condamnation. Les jésuites de Chine demandèrent quelle attitude ils devaient adopter dans le domaine pratique. À la suite de cette requête, Mezzabarba, en 1721, les autorisait en fait à poursuivre leur activité missionnaire comme par le passé.


La condamnation de 1742

Mais, en décembre 1722, l’empereur mourut, et son fils, Yongzheng (Yong-tcheng) [1723-1736], las de ces querelles, mécontent que des étrangers prétendissent juger mieux que lui-même ses propres croyances, interdit en 1724 le christianisme et expulsa tous les missionnaires, sauf les jésuites de Pékin, qu’il admirait pour leurs connaissances mathématiques, astronomiques et cartographiques, dont ils faisaient bénéficier ses États.

En Europe, l’affaire trouva sa conclusion en 1742. Après qu’une assemblée de cardinaux eut repris toute la question, le pape Benoit XIV, par la constitution Ex quo singulari, confirma celle de 1715 et annula toutes les permissions accordées par Mezzabarba en 1721. Dès lors, la christianisation de la Chine était condamnée. À partir de 1745, la persécution contre les chrétiens s’y fit sanglante, et il y eut de nombreux martyrs.

Malgré la supression de la Compagnie en France en 1764, le ministre Henri Léonard Bertin (1719-1792), soutint les jésuites de Chine. C’est à cette époque que la sinologie jésuite jeta son dernier éclat avec le P. Antoine Gaubil (1689-1759), fondateur de la sinologie scientifique, et les Mémoires concernant l’histoire, les sciences, les arts, les mœurs, les usages des Chinois, ouvrage en seize volumes publié de 1776 à 1814, dont les principaux collaborateurs furent le P. Joseph Amiot (1718-1793) et le P. Pierre Cibot (1727-1780).

Aux xixe et xx s., les missionnaires chrétiens emboîtèrent le pas des colonisateurs militaires et des marchands, qui jetèrent à bas l’œuvre admirable accomplie par les jésuites français et italiens aux xviie et xviiie s.

C’est le pape Pie XII qui, en 1939, leur rendit justice en annulant la condamnation de Benoît XIV de 1742. Mais il était déjà trop tard ; depuis la « Longue Marche » de 1934, l’avenir de la Chine avait un nom nouveau, celui de Mao Zedong (Mao* Tsö-tong).

P. R.

 H. Bernard Maître, le Père Mathieu Riccí et la société chinoise de son temps, 1552-1610 (Tientsin, 1937 ; 2 vol.). / M. Ricci, Storia dell’ introduzione del cristianesimo in Cina (Rome, 1942-1949 ; 5 vol.). / G. Dunne, Generation of Giants (Notre-Dame, Indiana, 1962). / G. Étiemble, les Jésuites en Chine. La querelle des rites, 1552-1773 (Julliard, 1966).

Ritsos (Ghiánnis)

Poète grec (Monemvassía, Péloponnèse, 1909).


Ghiánnis Rítsos naît dans une famille qui fut autrefois prospère, mais qui sera bientôt ruinée et frappée par la maladie : la mère et le frère meurent tuberculeux ; le père finit ses jours dans un asile psychiatrique. Rítsos lui-même, qui arrive à Athènes en 1926 et exerce toutes sortes de métiers pour survivre, est à son tour atteint de tuberculose : pendant quinze ans, il fera des séjours intermittents dans plusieurs sanatoriums, dans des conditions d’extrême dénuement. Deux appuis l’aident à ne pas sombrer pendant ces dures épreuves : l’adhésion au mouvement révolutionnaire et l’exercice de la poésie ; Rítsos écrit sans cesse, plusieurs heures par jour, avec une volonté et une discipline obstinées. Ses premiers vers sont publiés en 1927, et son premier recueil paraît en 1934. Sous la dictature d’Ioánnis Metaxás (1936-1940), son Epitáphios est brûlé publiquement avec plusieurs autres livres mis à l’index. Pendant la guerre civile (1946-1950). Rítsos est arrêté et déporté dans les îles : camps de Limnos, de Makrónissos, d’Ághios Efstrátios. Libéré en 1952, il reçoit le prix national de poésie en 1957. Au moment du coup d’État militaire de 1967, il est de nouveau arrêté et déporté, d’abord à Ghýaros (Yaros), puis à Leros. À l’automne de 1968, il est libéré pour des raisons de santé et placé tout de suite en résidence surveillée, pendant un an, dans l’île de Sámos. Depuis 1971, il vit à Athènes.

Dans une œuvre immense (une cinquantaine d’ouvrages), on peut distinguer au moins quatre périodes.