Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Risorgimento (suite)

En 1830, la révolution parisienne donna aux impatiences des patriotes un nouvel aliment dans les États de l’Église, surtout à Bologne et en Romagne, où, une fois de plus, les armes autrichiennes vinrent rétablir l’ordre, ainsi qu’à Parme, que la duchesse Marie-Louise dut abandonner momentanément aux insurgés en 1831. À Rimini, après un combat d’où ceux-ci sortirent vaincus, une capitulation fut signée, dont les termes ne devaient être respectés ni par le nouveau pape Grégoire XVI, ni par l’escadre autrichienne, trop heureuse de se mettre au service de celui-ci. En vue d’Ancône, un navire qui emportait vers l’étranger la majeure partie des survivants de cette lutte inégale était capturé, et les sujets rebelles d’Émilie, de Romagne et de Rome furent transférés pour un temps dans les prisons de Venise. Les frères Bonaparte avaient pris part à ces combats, dont le futur Napoléon III devait garder le souvenir. Les Autrichiens, du moins, avaient agi en soldats disciplinés ; après leur départ, le gouvernement pontifical arma quelques hordes de sanfedisti, qui, à Cesena et à Forli en 1832, firent régner la terreur. Les Autrichiens durent revenir et occuper une seconde fois Bologne. Vivement critiqué pour son inaction, Louis-Philippe envoya un régiment français se mettre une première fois au service du pape en occupant la citadelle d’Ancône. Autrichiens et Français restèrent jusqu’en 1838.


De 1831 à 1848

Pendant cette période, les personnes les plus en vue du Risorgimento furent le révolutionnaire génois Giuseppe Mazzini* et le prêtre piémontais Vincenzo Gioberti (1801-1852), tous deux contraints à s’exiler hors d’Italie. Mazzini, par les conjurations, essaiera de soulever le peuple. Gioberti, grâce à la méditation de l’histoire et de la philosophie, tentera de discipliner l’impatience d’esprits qu’exaltaient les mouvements politiques convergeant vers la démocratie parlementaire, aussi bien dans les États anciens que dans les nouveaux.

Le mouvement créé par Mazzini, la « Jeune-Italie », qui supplanta peu à peu les carbonari, enthousiasma la jeunesse, dont il exaltait les ardeurs depuis Londres, où le révolutionnaire avait dû s’expatrier.

La conjuration qui eut le plus de retentissement en Italie fut celle des deux frères Attilio (1810-1844) et Emilio Bandiera (1819-1844), officiers de marine vénitiens, les propres fils de l’amiral Francesco Bandiera (1785-1847) qui, en 1831, avait capturé à la sortie du port d’Ancône le vaisseau sur lequel les derniers insurgés vaincus des États de l’Église essayaient de gagner l’étranger. Les Bandiera, malgré les réserves de Mazzini, avaient, dès 1842, déserté leurs postes et gagné Corfou en attente de quelque révolte populaire paraissant susceptible de réussir dans l’Italie méridionale. Chez eux, la nationalité italienne, que révélait leur nom, avait donc étouffé le loyalisme envers le gouvernement, qui leur avait confié des navires à commander. Ils crurent, sur de faux renseignements, le moment d’agir arrivé en juin 1844 en Calabre et débarquèrent à Crotone avec dix-sept compagnons, dont neuf furent exécutés, après une courte lutte dans les montagnes contre les soldats bourboniens, au cri de « Vive l’Italie ! ». Sept des fusillés étaient Émiliens ou sujets du pape ; seuls les Bandiera étaient Autrichiens.

Cet échec ne découragea pas les patriotes désireux de trouver une issue à la déplorable situation morale et matérielle de la plupart des territoires de l’Italie centrale et méridionale, notamment de l’État pontifical, qu’en 1838 l’historien anglais Macaulay jugeait être « le plus mauvais gouvernement de tout le monde civilisé ». De jeunes Romagnols tentèrent en septembre 1845 un coup de main sur Rimini, dont ils s’emparèrent facilement, mais dont ils furent promptement chassés par les contingents suisses au service du Saint-Siège. Ils passèrent en Toscane, après avoir publié un manifeste où ils exprimaient des vues modérées en matière de réformes dont ils souhaitaient la réalisation par le régime pontifical.

Alors que ces événements se produisaient, vivait en Toscane un personnage dont le rôle allait être fort important au cours de la décennie suivante, Massimo d’Azeglio (1798-1866). Cet ami intime de Charles-Albert devait devenir en 1849 le premier président du Conseil du gouvernement constitutionnel de Victor-Emmanuel II. Frère d’un jésuite éminent cofondateur de la principale revue de son ordre, toujours vivante, la célèbre La Civiltà Cattolica, il ne pouvait pas, aussi bien au Quirinal qu’au palais royal de Turin, être tenu pour un dangereux révolutionnaire. D’ailleurs, son commentaire intitulé les Derniers Événements de Romagne (1846), qu’il publia au lendemain de l’échec de ce mouvement, et son approbation explicite des vœux formulés par des sujets qui proclamaient eux-mêmes vouloir devenir de « tranquilles et obéissants sujets du Saint-Siège » dès qu’il aurait fait droit à leurs légitimes revendications, eurent un immense retentissement à travers toute la péninsule et contribuèrent à déconsidérer les complots des extrémistes. Cependant, ils ne pouvaient pas, d’emblée, obtenir l’assentiment d’une cléricature aussi pénétrée de ses droits que celle qui gouvernait l’État romain.

L’élection, le 16 juin 1846, du cardinal Mastai-Ferretti, comme successeur de l’intransigeant Grégoire XVI sous le nom de Pie IX* parut, cependant, susceptible d’apporter une certaine satisfaction aux vieux de l’opinion libérale. Le cardinal apportait, disait-on, dans ses bagages, la Primauté civile et morale des Italiens de Gioberti et les Derniers Événements de Romagne pour les offrir au nouveau pape, ce qui fournissait la preuve qu’il n’y avait rien trouvé à censurer. De fait, ses premiers actes — une amnistie générale aux condamnés politiques et la mise en route de quelques lignes de chemin de fer — lui valurent immédiatement une grande popularité, tandis qu’en Autriche l’idée qu’un pape pût être libéral effrayait Metternich*. En réalité, le libéralisme de Pie IX n’était qu’un mythe, entretenu par la satisfaction qu’il éprouvait de se sentir aimé du peuple. Le pape s’inquiétait que des vœux encore inexprimés publiquement fussent réalisés avant de lui avoir été soumis : telle la liberté de la presse. Dès janvier 1847, des journaux politiques paraissaient à Rome et à Bologne, où s’ouvraient peu après des cercles politiques. Pie X fit droit néanmoins à l’un des vœux essentiels des modérés en instituant une consulte d’État de vingt-quatre conseillers laïques choisis par lui sur les listes triples établies par les conseils provinciaux. Ce qui répondait dans son esprit et ses modalités au manifeste rédigé par les insurgés de Rimini. Mais, cela accordé, Pie IX entendait en rester là. Quelques mois plus tard, cependant, après que Metternich eut fait occuper toute la ville frontière de Ferrare (juill. 1847), alors que les traités de 1815 autorisaient seulement la présence d’un corps de troupes autrichien dans la citadelle, il permettait la création d’une garde nationale, exemple suivi aussitôt par le grand-duc de Toscane.