Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Richier (Germaine)

Sculpteur français (Grans, Bouches-du-Rhône, 1904 - Montpellier 1959).


Née dans la région arlésienne, elle y passe toute son enfance et commence à travailler aux Beaux-Arts de Montpellier. Fn France, l’enseignement de la sculpture se nourrit alors presque exclusivement des dernières expériences de Rodin*. Lorsqu’on 1925 Germaine Richier arrive à Paris, elle choisit d’entrer dans l’atelier de Bourdelle*, le partisan le plus fervent du vieux maître. Rapidement, elle acquiert son indépendance, mais ses recherches plastiques n’en visent pas moins à développer, d’abord dans un esprit traditionnel (bustes, torses), les idées de ses deux grands aînés.

De Carpeaux* à Maillol*, la sculpture a pu, en l’espace de quelques générations, changer de figure. Du plasticisme épuré à l’expressionnisme, les artistes ont désormais une ambition commune : retrouver l’être originel de la nature.

Avec Germaine Richier, ce programme devient une profession de foi : l’expressionisme lyrique, l’imagination fantastique vont se mettre au service d’un grand poème cosmogonique où la femme, l’eau, l’oiseau, les monstres apparaissent chacun comme une variante d’un seul et même héros, mystérieux, aux formes souvent déchiquetées et pourtant solidement planté dans la réalité par tout le poids du bronze qui le modèle.

À partir de 1944, Germaine Richier emprunte les thèmes de ses œuvres au répertoire animalier : mais ces insectes aux silhouettes aiguës se muent sous nos yeux en figures humaines, comme si, retrouvant la genèse de l’univers, l’artiste avait pris en charge tout un pan de l’évolution. Sa récréation du monde s’accompagne d’une prise de conscience du travail accompli, et la finalité de son œuvre se précise. Germaine Richier produit en 1948 les deux grands bronzes de l’Ouragane et de l’Orage (musée national d’Art moderne, Paris), et en 1956 l’Ombre de l’Ouragane et le Tombeau de l’Orage (tous deux en pierre, musée Grimaldi, Antibes). Entre-temps, par une succession de métamorphoses, la silhouette massive de l’Orage, à peine sortie du chaos, s’est débarrassée du limon originel pour s’élancer à la conquête de l’ordre. Ce lent cheminement aboutit à l’abstraction : une réalité supérieure qui s’impose comme la victoire du créateur sur la matière.

Une esthétique à ce point mystique amène naturellement Germaine Richier à prendre part à la renaissance de l’art religieux en France dans les années 50. L’artiste participe à la décoration de l’église d’Assy et exécute le Christ en croix destiné au chœur, fort discuté à l’époque.

Elle consacre les dernières années de sa vie à éprouver de nouvelles techniques : plombs à fonds peints, mosaïques, céramiques, gravures (eaux-fortes pour Contre Terre de René de Solier). Cette artiste du mouvement, de la métamorphose, de l’imaginaire et de la liberté, cette héritière du baroque finit par ressentir les exigences de la couleur ; elle demande à Vieira da Silva*, à Hartung*, à Zao Wou-ki* d’exécuter les fonds colorés devant lesquels elle dispose ses figurines.

Cependant, le mouvement le plus authentique, dans son œuvre, garde la teinte du bronze ; il n’a pas besoin de la couleur pour prendre vie : le Crapaud, la Vierge folle, la Feuille, la Grande Sauterelle, la série des Guerriers, la Montagne s’arrachent d’eux-mêmes à la tourbe, à l’inanimé, et l’élan plastique qui les a suscités suffit à leur vérité.

J. B.

 J. Cassou, Germaine Richier (Éd. du Temps, 1961). / J. Cassou, A. Pieyre de Mandiargues et coll., Germaine Richier (Henri Creuzevault, 1967).

Richter (Jean Paul Friedrich), dit Jean Paul

Écrivain allemand (Wunsiedel 1763 - Bayreuth 1825).


Romancier du rêve, de l’imaginaire et des enthousiasmes passionnés, Jean Paul Friedrich Richter a écrit aussi comme un peintre amoureux des plus petits détails, des brins d’herbe de la prairie et des petites gens « qui n’ont pas d’histoire ». C’est un observateur attendri et maniaque, mais aussi un rêveur, un utopiste, un idéaliste, le compagnon des nuages qui parcourent le ciel et des âmes sensibles qui fuient la comédie humaine.

Toute la première partie de sa vie s’est passée dans son pays natal, la Franconie, plus précisément autour de son village d’origine, et l’on ne peut guère l’imaginer vivant, rêvant ou écrivant ailleurs que dans une des toutes petites principautés de l’Allemagne moyenne, au temps du Saint Empire finissant. Son univers était comme en dehors du temps, sans aucun contact direct avec la politique du siècle. Les pasteurs, maîtres d’école et organistes dans les villages et les villes, y gouvernaient le spirituel, depuis Luther, dans une orthodoxie menacée et vétilleuse ; le temporel était aux mains des chancelleries princières. La bourgeoisie commençait à exister dans les villes.

Le père de Jean Paul Friedrich Richter, pauvre « candidat à la théologie », était organiste et maître d’école à Wunsiedel, en Franconie, quand le poète y vint au monde. C’est dans la même région, vallonnée et boisée, que Jean Paul vécut d’abord, en particulier à Hof, et c’est là qu’il revint après deux années à l’université de Leipzig, où il avait été envoyé pour faire, lui aussi, de la théologie. C’est pour la seule théologie qu’on pouvait alors obtenir une bourse d’études. Jean Paul, comme beaucoup de contemporains, vécut de préceptorats jusqu’au jour où ses romans, vers 1796, l’eurent rendu célèbre. Il refit alors un périple plus large, avec des séjours à Weimar et à Leipzig, mais revint, pour toute la dernière partie de sa vie, tout près de son point de départ, à Bayreuth, où il vécut en famille et entouré d’honneurs.

La lecture de l’Émile et de la Nouvelle Héloïse l’avait amené à se faire appeler Jean Paul, en souvenir de Jean-Jacques, et c’est sous son double prénom qu’il est souvent désigné. Après avoir subi, du fait de son père, une éducation pédantesque et rigoureuse, Jean Paul a trouvé dans l’Émile les principes d’une « pédagogie naturelle », à laquelle il est toujours demeuré fidèle (Levana, 1807). C’est aussi à l’école de Rousseau qu’il apprit à sacrifier tout à l’émotion, au mouvement du cœur.