Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Rhodophycées (suite)

À maturité, ce carposporophyte va engendrer des spores, directement, sans méiose ; ces spores sont donc diploïdes, ce sont les carpospores. Elles sont formées à raison d’une seule par cellule mère, disséminées dans le milieu et germent en un nouveau pied diploïde, autonome, qui engendrera, lui, les spores de méiose. On voit donc qu’il y a succession de trois sortes de plantes ; le cycle est trigénétique. Chez les formes inférieures, on ne retrouve pas le pied porteur de spores de méiose, et l’on a appelé « digénétique » ce cycle, bien qu’il soit tout à fait différent du cycle des plantes vertes ; en effet, ce sont le gamétophyte et le carposporophyte qui sont reconnaissables, et non le gamétophyte et le sporophyte de méiose. On a mis en évidence récemment que, en réalité, la méiose se produit, au moins chez certaines espèces, à la poussée des gamétophytes ; la division réductionnelle, la méiose, au lieu d’engendrer des spores comme dans le cas général, donne naissance à des pousses haploïdes qui porteront, elles, les gamètes. Comme pour l’anatomie, on ne retrouve des analogies avec ces phénomènes que chez les Champignons supérieurs.

Bien entendu, comme chez presque toutes les plantes cryptogames, on connaît chez les Rhodophycées un grand nombre de formes de multiplication végétative, sortes de bouturages plus ou moins spécialisés.


Répartition et écologie

Les Algues rouges sont beaucoup plus communes et variées dans la mer que dans les eaux douces. Dans ces dernières, on trouve cependant quelques Bangiées et des Floridées particulières que l’on ne connaît pas en mer. Les Batrachospermum ressemblent à de petits chapelets ; ils sont très muqueux. Les Lemanea et genres voisins sont plus coriaces ; ils ont aussi un aspect annelé, mais moins nettement.

En mer, on en trouve à tous les niveaux, mais ils ne dominent réellement qu’à une certaine profondeur. Comme pour toutes les Algues marines, les grandes formes se rencontrent essentiellement en mers froides. Elles représentent évidemment une partie importante de l’assimilation chlorophyllienne côtière, car elles sont pratiquement toutes benthiques ; la présence de pigments bleus et rouges leur permet d’utiliser des lumières bleues, seules présentes à une certaine profondeur, mais qui conviendraient mal aux Algues vertes ou mêmes brunes ; elles demandent d’ailleurs une quantité de lumière très faible, ce qui leur permet de coloniser des fonds importants, ou encore les grottes, ou les surfaces déjà recouvertes par d’autres plantes.

Les formes calcifiées sont communes dans toutes les mers, froides ou chaudes. Elles constituent les fonds de « maerl » des côtes bretonnes ainsi que les hauts des formations récifales des mers coralliennes. Elles fixent elles-mêmes le calcium, qu’elles extraient de l’eau de mer, où il se trouve toujours en abondance. Dans les mers chaudes, ce sont souvent les seuls organismes pouvant résister à la violence des vagues ; c’est pourquoi la partie supérieure des récifs de « corail » est en réalité constituée en majorité de telles Algues. Malgré cela, ce sont des animaux, les Madrépores, qui fixent la plus grande quantité de calcium utilisé dans la construction des atolls, mais le revêtement presque continu d’Algues protège l’ensemble contre l’érosion par les vagues et permet aux matériaux divers de s’accumuler derrière elles, produisant ainsi l’« engraissement » de l’atoll. Il en est de même dans toutes les formations récifales de mers chaudes.


Utilisation des Algues rouges

Le maerl peut être dragué et fournir un amendement calcaire, précieux dans des régions telles que la Bretagne ; on ne peut que déplorer que son extraction soit actuellement abusive et dépasse les possibilités de régénération naturelle des fonds. Ce maerl fournit en même temps, par la matière vivante des Algues et des petits animaux qui vivent dans ses anfractuosités, un appoint en engrais non négligeable ; dans le varech*, bien que la principale partie soit fournie par des Algues brunes, les Algues rouges constituent aussi une partie utilisable comme engrais.

C’est surtout pour la production de l’agar-agar que les Algues rouges sont connues. Ce mucilage est extrait des plantes et sert ensuite à « faire du volume », que ce soit pour des aliments (flans, gelées), des médicaments ou encore des milieux de culture pour les bactériologistes. En Angleterre, on utilise surtout les Chondrus, aux thalles en lames. Plus vers le sud, les Gelidium, au thalle très ramifié, sont abondamment récoltés. Les Gracilana sont moins fréquents et leur cueillette est, de ce fait, bien plus onéreuse, mais ils fournissent un agar de qualité supérieure. En mers chaudes, les Eucheuma donnent un produit similaire.

En Extrême-Orient, où les Algues sont très prisées pour l’alimentation, les Porphyra, Bangiées en forme de lames, sont de tout temps abondamment récoltées mais font maintenant, de plus, l’objet d’une culture intensive. Les études fondamentales sur le cycle, qui ont mis en évidence l’existence d’une phase filamenteuse vivant sur des coquilles, ont permis de multiplier de façon incroyable la productivité ; on a, en effet, acquis ainsi la possibilité de conserver au froid ces formes filamenteuses et de les faire sporuler par un choc thermique ; on dispose donc, toute l’année, de la possibilité d’ensemencer de grands filets qui, après fixation des plantules, sont disposés dans les eaux marines, où les grands thalles foliacés se développent. De telles cultures ont un autre intérêt ; comme ces Algues recherchent des eaux riches en nitrates, leur prolifération permet une épuration non négligeable des eaux marines côtières.

M. D.

➙ Algues / Récif.

Rhône (le)

Fleuve de France et de Suisse ; 812 km.



Le cours et le régime

Malgré une longueur relativement faible qui ne dépasse que de peu celle de la Seine, le Rhône est un fleuve imposant, à la fois par son alimentation, qui, rapportée à l’étendue de son bassin, se compare à celle de l’Amazone, et par son caractère impétueux et souvent dangereux qui persiste tout au long de son cours. Frère du Rhin*, issu comme lui du massif du Saint-Gothard, il s’en différencie vite par son orientation méridionale, qui le dirige vers des régions géologiquement très tourmentées et des climats contrastés bien différents de ceux qui règnent sur l’Europe océanique du Nord-Ouest.