Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
R

Rhin (le) (suite)

➙ Allemagne / Alsace / Bade-Wurtemberg / Bâle / Cologne / Mannheim-Ludwigshafen / Pays-Bas / Rhénanie-du-Nord-Westphalie / Rhénanie-Palatinat / Rotterdam / Ruhr / Strasbourg.

 J. Ritter, le Rhin (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1963). / E. Juillard, l’Europe rhénane (A. Colin, 1968).

Rhin (Bas-). 67

Départ. de la Région Alsace ; 4 787 km2 ; 882 121 hab. Ch.-l. Strasbourg. S.-préf. Erstein, Haguenau, Molsheim, Saverne, Sélestat et Wissembourg.


Des Vosges au Rhin, plusieurs paysages peuvent être distingués. À l’ouest, la région de Sarre-Union-Drulingen est une enclave en pays lorrain, rattachée au Bas-Rhin en 1789 à cause de sa population à majorité protestante (406 km2 ; 27 000 hab.). Plus à l’est débutent les Vosges gréseuses (1 178 km2 et 78 000 hab.). Des vallées encaissées (Bruche, Zorn, Moder, Lauter) font la liaison entre la montagne et la plaine. Les surfaces tabulaires du grès vosgien (Trias) sont coiffées de belles forêts de sapins et d’épicéas. Le contact avec la plaine se fait presque toujours brutalement. Failles vosgiennes et rhénanes déterminent des abrupts nettement visibles dans le paysage (champ de failles de Saverne). Au centre et surtout vers le sud, les couches sédimentaires secondaires ont été hachurées par des failles qui ont entraîné la formation de horsts et de fossés (par exemple la région de Wasselonne). C’est le pays des collines sous-vosgiennes (1 137 km2 ; 139 000 hab.). Le soulèvement des Vosges et l’effondrement de la plaine ont débuté à l’Oligocène. Le comblement au moins partiel du Fossé Rhénan a laissé subsister d’importants restes d’éléments tertiaires (pétrole, jadis exploité à Pechelbronn). L’évolution quaternaire a favorisé l’accumulation, entre les vallées de la Zorn et de la Bruche, d’un épais manteau lœssique, découpé par les rivières. C’est une des régions les plus homogènes : le Kochersberg, riche région à agriculture commerciale. Ce dernier forme la transition avec la plaine lœssique appelée Ackerland (pays de labours). L’Ackerland (1 463 km2 ; 520 000 hab.) est souvent considéré comme l’image classique de l’Alsace. Strasbourg est installée sur le rebord est de cette zone. Longeant le Rhin, on trouve le Ried (602 km2 ; 64 000 hab.). Il s’agit de la plaine d’inondation du Rhin, avant l’endiguement de ce dernier. Bras morts, méandres recoupés, marécages, petits bois caractérisent ce milieu amphibie qui attirait les cigognes. Le creusement du fleuve, entraînant l’abaissement de la nappe phréatique, ainsi que le drainage des terres ont amené un changement des conditions écologiques. À présent, les cigognes, symboles de l’Alsace, se font plus rares. Enfin, prenant en écharpe ces différentes zones, les cours d’eau issus des Vosges ont étalé dans la Plaine leur cône alluvial jusqu’aux abords du Rhin (la superficie et la population de cette zone ont été réparties sur l’ensemble des cinq régions). Bruche, Zorn, Moder et Lauter sont responsables d’étendues sableuses considérables. La coalescence des cônes de la Moder et de la Sauer a déterminé l’importante surface sableuse occupée par la forêt domaniale de Haguenau, qui a été longtemps un obstacle dans les relations nord-sud. De ce fait, l’Alsace est une mosaïque de terres favorisant la polyculture. Les conditions climatiques incitent à la diversité agricole. Strasbourg enregistre pour les trois mois d’été une moyenne de 18,5 °C, et pour les mois d’hiver 1,8 °C. Les précipitations se montent à 729 mm, se répartissant comme suit : printemps, 164 mm ; été, 256 mm ; automne, 184 mm ; hiver, 125 mm. On compte environ 70 jours de gel par an.

La vie agricole reflète les différents milieux naturels. Le plateau lorrain présente une économie essentiellement agricole, avec association des labours et des herbages. Dans la montagne vosgienne, l’économie laitière prédomine. Le tourisme s’y ajoute, notamment dans la vallée de la Bruche. Les collines sous-vosgiennes pratiquent une polyculture où la vigne tient une place considérable. La vigne occupe 6 300 ha, dont 5 600 ha sont en production. Riesling, traminer, pinot (gris et blanc), sylvaner sont les cépages dominants. Les exploitations uniquement viticoles possèdent moins de 5 ha de vignes. Les meilleurs crus sont produits dans les régions de Barr, Andlau, Epfig au sud et Cleebourg au nord. Les exploitations polyculturales (généralement entre 20 et 40 ha) l’emportent dans la plaine. Le tabac est planté dans 318 communes, mais la surface plantée est en constante diminution (2 300 ha). Le houblon recule devant la concurrence étrangère (750 ha contre plus de 1 000 en 1969). Les choux (à choucroute) sont la spécialité de la région de Krautergersheim (sud-ouest de Strasbourg ; 550 ha) ; les asperges sont produites à Hœrdt et aux environs (nord-ouest de Strasbourg ; 430 ha). Les betteraves à sucre alimentent la raffinerie d’Erstein.

Les activités industrielles sont anciennes et diversifiées. L’industrie ne marque guère les paysages. Pourtant, elle est partout présente. Le surpeuplement des campagnes, la vie de relations, l’épargne régionale, une mentalité ouverte au progrès ont favorisé la dissémination des activités industrielles. La métallurgie s’est implantée dans la région de Niederbronn (collines sous-vosgiennes) grâce aux initiatives de la famille de Dietrich (constructions ferroviaires). On retrouve des aspects similaires à Saverne (Kuhn : machinisme agricole ; Gouleaux : quincaillerie) et à Molsheim (Bugatti). Les industries alimentaires (conserveries, brasseries), de même les manufactures de tabacs, sont issues du terroir. La bière a été fabriquée très tôt à Strasbourg et dans sa banlieue (Schiltigheim, Kronenbourg), mais des brasseries se sont implantées ailleurs (Obernai, Mutzig, Hochfelden, Pfaffenhoffen). L’industrialisation a favorisé l’urbanisation des campagnes. Néanmoins, une certaine concentration se réalise au profit de la vallée rhénane proprement dite (zones industrielles de Strasbourg, port du Rhin, Marckolsheim). Le grand canal d’Alsace se continue dans le Bas-Rhin sous forme de biefs reliés au fleuve. Les barrages de Marckolsheim, de Rhinau, de Gerstheim, de Strasbourg et de Gambsheim fournissent plus de 4 TWh. Il faut ajouter 1 TWh produit par les usines thermiques. Mais seulement un tiers de la production totale est consommée dans le département. Les raffineries de pétrole de Reichstett et d’Herrlisheim établies dans le Ried au nord de Strasbourg, alimentées par le pipeline sud-européen, traitent une dizaine de millions de tonnes de brut. À l’heure actuelle, les principales branches industrielles sont les industries mécaniques (40 000 personnes), alimentaires (17 000), les textiles et la confection (14 000). La population active industrielle représente 42 p. 100 de la population totale, celle du secteur tertiaire 47 p. 100, et celle du secteur primaire 11 p. 100. L’agglomération strasbourgeoise avec plus de 370 000 habitants concentre plus des deux cinquièmes de la population départementale.

F. R.

➙ Alsace / Strasbourg.