Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Rhénanie-du-Nord-Westphalie (suite)

L’industrie imprime ses caractères au Land

Le Mittelgebirge connaissait dès le Moyen Âge certaines activités non agricoles. La Haubergswirtschaft (exploitation de la forêt de taillis en vue de la production de charbon de bois pour la sidérurgie), en association avec l’extraction du minerai de fer du Siegerland, avait débouché sur une sidérurgie qui, grâce au charbon, glissa vers l’avant-pays au xixe s. Le travail du bois, du verre, de la laine favorisa l’essor industriel. La houille était extraite, à flanc de coteau, dès le Moyen Âge dans les environs de Bochum (Hellweg). Le développement des chemins de fer favorisa de façon décisive les régions basses, notamment la zone houillère (Ruhr et région d’Aix-la-Chapelle). L’avantage de disposer d’énergie bon marché en quantité quasi inépuisable donna naissance à la plus grande concentration industrielle d’Europe. Le xixe s. finissant connut de grands bouleversements. Des hommes comme Friedrich Harkort (1793-1880), Franz Haniel (1779-1868), Hugo Stinnes (1870-1924), Alfred Krupp (1812-1887), August Thyssen (1842-1926) et Reinhard Mannesmann (1856-1922) ont marqué l’orientation industrielle de la Ruhr. Mais l’essor industriel était inconcevable sans le développement de la navigation rhénane. Celle-ci fut poussée par les grands industriels qui travaillèrent pour l’exportation. La sidérurgie profita de cet essor. Le minerai vint d’abord du Siegerland, avant d’être importé de Lorraine ou de Suède, voire d’outre-mer, depuis la fermeture, en 1962, de la dernière mine. Charbonnages et sidérurgie ont connu de profondes transformations ; 78 puits de mines ont été fermés dans la zone houillère entre 1957 et 1972. La région d’Aix-la-Chapelle, où les réserves se montent à 8 000 Mt, fournit une dizaine de millions de tonnes de houille ; la Ruhr renferme encore plus de 180 000 Mt de réserves, mais n’en fournit plus qu’environ 85 Mt par an. Les bassins de lignite situés entre Cologne et Aix-la-Chapelle produisent 90 Mt de combustibles, transformés en briquettes ou en électricité dans les grandes centrales thermiques construites sur les lieux d’extraction. La crise houillère a amené une restructuration ; 90 p. 100 de l’extraction sont entre les mains de la Ruhrkohle AG. (Essen), à laquelle les sociétés extractrices ont abandonné leurs actifs. La production de fonte s’élève à 20 Mt en 1972 (R. F. A., 30), celle d’acier à 27,4 Mt (R. F. A., 41). La sidérurgie se concentre autour de deux pôles (Duisburg avec August Thyssen-Hütte, Dortmund avec Hoesch-AG.), reflétant la dualité rhéno-westphalienne. Le Rhin, les rivières et canaux (Mittellandkanal, canal latéral à la Lippe, Dortmund-Ems-Kanal, Rhein-Herne-Kanal) ont orienté le développement économique. L’épuisement des gisements houillers méridionaux a amené le développement de l’extraction houillère en direction du nord (Recklinghausen, Gelsenkirchen) et à l’ouest du Rhin (Moers, Geldern). De ce fait, la reconversion a été précoce dans le sud. C’est là que se trouve la puissante industrie de transformation : équipement, machines (Duisburg, Essen, Dortmund), automobiles (Opel à Bochum). L’industrie textile (coton) est centrée sur Wuppertal. Grâce en partie à des capitaux néerlandais, les textiles artificiels ont été développés à Krefeld, et la laine autour d’Aix-la-Chapelle, sous l’influence de Verviers. Au total, le Land présente trois secteurs industriels : la Ruhr, la région aixoise, l’axe rhénan. Il fournit 89 p. 100 du charbon, 70 p. 100 de la fonte, les deux tiers de l’acier, la moitié du verre, 32 p. 100 des machines, 35 p. 100 des textiles, 43 p. 100 des produits chimiques de la R. F. A. Il contribue pour 33 p. 100 aux exportations, alors que sa population ne représente que 28 p. 100 de celle du pays.

Les besoins en eau sont énormes. Sur les 2 000 km de voies d’eau ont été installés 62 barrages d’une capacité totale voisine d’un milliard de mètres cubes. La consommation s’élève à 6,2 milliards de mètres cubes par an ; 84 p. 100 de l’eau sont fournis par les nappes (en partie alimentées artificiellement), 12 p. 100 proviennent des barrages et des rivières et seulement 4 p. 100 des sources.

Les régions de montagnes attirent de nombreux touristes (le Nürburgring est le circuit automobile le plus long d’Europe). L’équipement hôtelier compte 158 000 lits et totalise 25 millions de nuitées.

Jusqu’à ces dernières années, les universités, ou Technische Hochschulen, étaient situées en dehors de la Ruhr (Aix-la-Chapelle, Cologne, Bonn, Münster). Depuis la reconversion industrielle, un gigantesque effort a été réalisé sur le plan universitaire et culturel. De nouveaux établissements universitaires ont été créés à Bochum, Düsseldorf, Duisburg, Essen, Dortmund, Siegen, Wuppertal, Bielefeld. La construction de nouveaux théâtres, l’engagement des troupes d’acteurs permanentes dans presque toutes les villes de plus de 100 000 habitants marquent une nouvelle étape dans le développement régional. La Rhénanie-Westphalie n’est plus le « pays noir » qu’on a décrit au xixe s.

F. R.

➙ Bonn / Cologne / Dortmund / Duisburg / Düsseldorf / Essen / Rhin (le) / Ruhr.

Rhénanie-Palatinat

En allem. Rheinland-Pfalz, État (Land) de l’Allemagne fédérale ; 19 837 km2 ; 3,7 millions d’habitants. Capit. Mayence.


Comme tous les Länder ouest-allemands, la Rhénanie-Palatinat est issue du regroupement territorial consécutif à la défaite de 1945. La part élevée des montagnes explique la faiblesse relative de la densité de 185 habitants, inférieure à la moyenne fédérale, proche de 250 habitants au kilomètre carré.


Une grande diversité physique

Les hasards politiques ont voulu que le Land regroupe une bonne partie du Mittelgebirge allemand : l’Hunsrück, l’Eifel, le Westerwald. On peut y ajouter le Pfälzer Wald et le Pfälzer Bergland, qui continuent les Vosges gréseuses. Ces massifs sont avant tout formés de roches sédimentaires arasées, puis soulevées au Tertiaire. Le premier groupe est formé surtout de roches primaires, les quartzites donnant les reliefs les plus en saillie. Par contre, le Pfälzer Wald et le Pfälzer Bergland sont essentiellement formés de grès triasiques. La zone entre ces derniers massifs et le Hunsrück est une des plus originales. Il s’agit d’un ensemble de couches permiennes et carbonifères fortement plissées, marquées par l’absence de houille. Des épanchements volcaniques (basaltes, phonolites) ont accompagné les fractures tertiaires et quaternaires (Eifel oriental, Westerwald). Les dépressions circulaires, ou Maare, donnent son originalité à l’Eifel. Les tufs quaternaires, enfin, recouvrent des surfaces considérables des deux côtés du Rhin (Eifel, bassin de Neuwied, Westerwald). L’Eifel présente quelques dépressions ou alvéoles calcaires (Kalkmulden) qui ont connu une vie agricole précoce. Les plus grandes sont celles de Prüm, de Sötenich, de Gerolstein et de Blankenheim. On peut y ajouter le petit bassin tectonique de Wittlich, que la Moselle emprunta au Tertiaire. Cette dernière, ainsi que le Rhin, s’est encaissée dans la masse schisteuse, déterminant des paysages grandioses et pittoresques utilisés pour la construction de nombreux châteaux forts. C’est sur le territoire de la Rhénanie-Palatinat que se trouve la plus belle traversée du massif schisteux par le Rhin, en aval de Bingen et jusqu’à Coblence (Lorelei). Les terrasses fluviales sont rares, sauf dans les bassins. Aussi la vigne est-elle obligée de s’accrocher aux flancs des coteaux, aménagés en terrasses artificielles.