Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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révolution russe de 1905 (suite)

Dès son arrivée à Saint-Pétersbourg, Lénine prône l’insurrection armée. Les bolcheviks commencent à s’y préparer. À peine le soviet de Saint-Pétersbourg se lance-t-il dans l’affrontement armé que ses dirigeants, Trotski notamment, sont arrêtés et déportés. Le développement de la répression, dont les consignes « Pas de prisonniers », « Ne pas ménageries cartouches » illustrent la vigueur, incite les bolcheviks de Moscou à prendre l’initiative. Le 18 (5) décembre, le comité de Moscou du P. O. S. D. R. décide de proposer au soviet de la ville de transformer la grève en grève insurrectionnelle. Et, le 22 (9) décembre, les premières barricades s’élèvent. Pendant neuf jours, plusieurs milliers d’ouvriers, dont un millier seulement possèdent un fusil, résistent aux soldats du tsar. Mais la concentration des troupes, le morcèlement de l’insurrection et l’arrestation d’une partie des dirigeants bolcheviks de Moscou ont raison du soulèvement le 31 (18) décembre.

D’autres insurrections éclatèrent également à Krasnoïarsk, à Perm, à Novorossisk, à Sormovo (près de Nijni-Novgorod), à Sebastopol et à Kronchtadt ainsi que dans des villes non russes de l’empire : Gorlovka, Aleksandrovsk ou Lougansk, en Ukraine. Toutes sont écrasées dans des conditions analogues à celle de Moscou.

La défaite de l’insurrection marque un coup d’arrêt pour la révolution, et les grèves qui réapparaissent çà et là en 1906 et en 1907 ne sont que les séquelles d’un mouvement qui se meurt. Nicolas II le sent bien, qui, dès décembre, affronte les libéraux sur le terrain politique : le 24 (11) décembre, il promulgue un oukase sur les modalités d’élection de la douma qui favorise les propriétaires fonciers. La contre-révolution politique est engagée : la première et la deuxième douma s’étant montrées insuffisamment dociles, le tsar les dissout successivement le 21 (8) juillet 1906 et le 16 (3) juin 1907, et le même jour est promulgué un nouveau statut électoral, qui défavorise encore la représentation des libéraux et des couches laborieuses. À quoi s’ajoute la chasse aux sociaux-démocrates, contraints de s’exiler et d’entrer dans la clandestinité, s’ils ne veulent pas être arrêtés et déportés.


Une répétition générale

On ne peut s’empêcher de rapprocher les événements de 1905 de ceux de 1917 : soulèvements, grève générale, constitution des soviets, ébauche de convergence entre le mouvement ouvrier et le mouvement paysan, rôle prépondérant de la classe ouvrière, tout cela se retrouve amplifié et approfondi dans la grande révolution de 1917.

En dépit de son échec, la révolution de 1905 comporte des conséquences essentielles. En premier lieu, elle a formé par l’expérience les cadres de la révolution et elle a éprouvé la justesse de la tactique définie par les bolcheviks dès juillet 1905 (grève politique de masse, organisation de comités ouvriers et paysans, mobilisation des masses en vue de l’insurrection). Force est de reconnaître que les événements ont suivi le cours préconisé par le P. O. S. D. R. Reste à tirer les leçons des erreurs ou des insuffisances, à se préparer pour mieux réussir ou à saisir une situation plus favorable. Mais Lénine a pu écrire : « Sans la répétition générale de 1905, notre victoire de 1917 eût été impossible. »

En second lieu, le tsarisme s’est engagé sur la voie d’une monarchie constitutionnelle. Si la représentation populaire est faussée, la douma peut servir de tribune de propagande aux partis révolutionnaires ; les partis ouvriers ou paysans peuvent s’y exprimer, faire entendre leurs revendications. Modification timide, que le tsarisme ne saura ni prolonger ni accompagner des réformes économiques et sociales qui auraient assuré à la Russie la voie de la démocratie bourgeoise libérale. Reproduisant délibérément les conditions qui ont provoqué la révolution de 1905, le tsarisme contribuera, à sa manière, à faire de 1905 une répétition générale.

G. H.

➙ Lénine / Nicolas II / Russie / Trotski.

 La Révolution russe de 1905 (Éd. de la Nouvelle Critique, 1956). / J. Baynac et coll., Sur 1905 (Champ libre, 1974).

révolution russe de 1917

Mouvement révolutionnaire qui a transformé le vieil empire des tsars en Union soviétique.



La Russie, la guerre et la révolution


La stratégie révolutionnaire

La révolution de 1905 (v. l’article) a clairement posé la question du pouvoir, mais les masses populaires mobilisées pour l’établissement des libertés ont été abandonnées par la bourgeoisie et écrasées. Pour les mencheviks, strictement marxistes, la Russie doit faire l’expérience d’un 1789 pour accéder à l’État capitaliste moderne, condition nécessaire au développement d’un prolétariat nombreux, qui prendra par la suite en charge la préparation de la révolution socialiste. Les bolcheviks tirent de l’échec de 1905 des conclusions opposées : pour Lénine*, la bourgeoisie s’est montrée incapable de mener à bien la révolution démocratique bourgeoise ; c’est au prolétariat russe, avec l’appui de la paysannerie, de réaliser à la fois les tâches de l’étape démocratique et la transition vers le socialisme. La révolution socialiste peut sortir directement de l’accomplissement des tâches politiques démocratiques bourgeoises par la « dictature révolutionnaire démocratique du prolétariat et de la paysannerie ». Trotski* pense aussi que, « dans un pays économiquement arriéré, le prolétariat peut se trouver au pouvoir plus tôt que dans un pays capitaliste avancé », mais il diverge d’avec Lénine et les bolcheviks sur le rôle de la paysannerie (moins important à ses yeux) et dénonce le maintien de deux étapes dans le cours de la révolution (théorie de la « révolution permanente »).

Mais les bolcheviks, théoriquement prêts pour la révolution, n’ont pas encore réellement tiré de 1905 les conséquences les plus importantes, celles qui portent sur la forme du pouvoir populaire. Lénine ne prendra conscience de l’importance des soviets, forme concrète de l’insurrection dès 1905, qu’au début de 1917.