Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
R

révolutions de 1848 (suite)

 F. Engels, la Révolution démocratique bourgeoise en Allemagne (trad. de l’all., Éd. sociales, 1951). / J. Droz, L. Genet et J. Vidalenc, Restaurations et Révolutions, 1815-1871 (P. U. F., 1964). / J. Droz, De la Restauration à la Révolution, 1815-1848 (A. Colin, coll. « U 2 », 1970). / J. Sigmann, 1848, les Révolutions romantiques et démocratiques de l’Europe (Calmann-Lévy, 1970). / J. Godechot, les Révolutions de 1848 (A. Michel, 1971). / J. R. Suratteau, l’Idée nationale de la Révolution à nos jours (P. U. F., 1972). / J. Le Yaouanq, 1848 en Europe (P. U. F., 1974).

Quelques dates

1848

janvier

12, insurrection de Palerme.

février

10, Constitution dans le royaume de Naples.

17, Constitution dans le grand-duché de Toscane.

22-24, révolution parisienne ; chute de Louis-Philippe.

mars

formation des « ministères de mars » en Allemagne.

4-5, Statut constitutionnel dans le Piémont-Sardaigne.

13, révolution à Vienne ; fuite de Metternich.

17-22, insurrection à Venise ; Daniele Manin proclame la république.

18, révolution à Berlin.

18-22, insurrection à Milan (les « Cinq Jours »).

19, révolution à Munich.

24, Charles-Albert déclare la guerre à l’Autriche ; Parme et Modène chassent leurs souverains.

avril

8-10, charte de la Bohême ; formation, à Prague, d’un Comité national rassemblant des Tchèques et des Allemands.

11, reconnaissance par Vienne du Statut hongrois.

13, en Sicile, le Parlement vote la déchéance des Bourbons.

29, Pie IX condamne la guerre nationale de Charles-Albert contre l’Autriche.

mai

15, Ferdinand II, roi des Deux-Siciles, rétablit son pouvoir à Naples.

18, ouverture du Parlement de Francfort.

22, ouverture de l’Assemblée nationale prussienne.

juin

2-28, Congrès panslave de Prague.

12-17, Windischgrätz fait bombarder Prague.

23-26, journées de Juin en France.

29, élection de l’archiduc Jean, vicaire d’Empire.

juillet

12, dissolution théorique de la Diète germanique.

22, ouverture de l’Assemblée constituante à Vienne.

25, défaite de Charles-Albert à Custoza.

septembre

6, attaque de Ferdinand II, roi des Deux-Siciles, sur la Sicile.

7, abolition du régime seigneurial en Autriche.

10, début des opérations de guerre contre les Hongrois.

21, proclamation de la République badoise.

octobre

3, dissolution du Parlement de Pest.

6-31, révolution à Vienne, qui se termine par la réoccupation de la ville par Windischgrätz.

25, instauration du régime démocrate à Florence.

novembre

15-16, révolution romaine.

24, Pie IX se réfugie à Gaète.

décembre

2, abdication de Ferdinand Ier en faveur de François-Joseph Ier.

5, dissolution de l’Assemblée prussienne.

1849

janvier

5, prise de Pest par les Autrichiens.

février

8, proclamation de la République toscane.

9, proclamation de la République romaine.

mars

7, dissolution du Parlement autrichien.

23, défaite à Novare de Charles-Albert, qui abdique en faveur de Victor-Emmanuel ; chute de la République toscane.

28, le Parlement de Francfort offre la couronne impériale à Frédéric-Guillaume IV, roi de Prusse.

avril

7, les Autrichiens sont vaincus par les troupes hongroises, qui réoccupent Pest.

14, le Parlement de Debrecen vote la déchéance des Habsbourgs et proclame Kossuth président-gouverneur.

28, Frédéric-Guillaume IV refuse la couronne impériale.

mai

2, soulèvement au Palatinat.

3-9, soulèvement de Dresde.

11, écrasement de la révolution sicilienne.

12, révolution badoise.

30, le Parlement de Francfort exilé.

juin

18, fin du Parlement de Francfort.

26, occupation de Karlsruhe par les Prussiens.

juillet

1, fin de la République romaine (prise de Rome par les Français).

août

13, capitulation hongroise devant les Russes à Világos.

22, chute de Venise.

révolution russe de 1905

Ensemble des troubles qui se produisirent en Russie en 1905.


Depuis février 1904, la Russie est engagée dans une guerre contre le Japon pour assurer ses positions coloniales en Chine. Cette guerre est impopulaire tant chez les ouvriers et les paysans que chez les bourgeois libéraux, et son issue malheureuse contraindra le tsarisme à plus d’un recul. Depuis longtemps une crise sociale couve : en 1900, 77 établissements industriels ont été touchés par la grève ; en 1901, 121 ; en 1902, 123 ; en 1903, le pays connaît sa première grève générale. Enfin, l’opposition libérale force Nicolas II* à constituer un ministère de « défense », selon le mot de P. N. Milioukov, faisant appel à des modérés. C’est dans ce contexte que s’ouvre la révolution de 1905.


Le « dimanche rouge » et ses conséquences

En décembre 1904, les ouvriers du pétrole de Bakou obtiennent, à la suite d’une grève victorieuse, la signature d’une convention collective. Le 16 janvier (3 janv. anc. style) 1905, c’est l’usine Poutilov, la plus grande de Saint-Pétersbourg, qui se lance dans la grève, pour protester contre le licenciement de quatre ouvriers. La grève s’étend à d’autres usines et devient générale dans la capitale. Le 22 (9) janvier, sous la conduite du pope Gueorgui Apollonovitch Gapon (1870-1906) — qui se révélera être un agent de l’Okhrana —, un cortège pacifique d’ouvriers se forme pour porter au tsar une pétition où l’on pouvait lire : « Le despotisme et l’arbitraire nous étouffent [...]. Notre patience est à bout. Le moment terrible est venu pour nous où il vaut mieux mourir que de continuer à souffrir ces tourments intolérables. » La pétition comporte des revendications sociales et libérales, et, dans le défilé, ils sont plus de 140 000 qui portent des portraits du tsar et chantent des chants religieux.

Pour toute réponse, ils reçoivent du tsar les balles de ses fusils : il y a plus de 1 000 morts et plus de 2 000 blessés. Désormais, les ouvriers n’ont plus confiance dans le tsar. La colère gagne tout le pays, et la grève éclate dans toutes les grandes villes. Les ouvriers descendent dans les rues au cri de « À bas l’autocratie ». On compte bientôt 440 000 grévistes.


L’essor de la révolution ouvrière et paysanne

Des grèves économiques, des grèves de solidarité, on en vient aux grèves politiques, souvent accompagnées de manifestations, voire de heurts violents avec la police. C’est notamment le cas à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Varsovie, à Riga et à Bakou. Les ouvriers métallurgistes sont à l’avant-garde du mouvement. Les grèves et les manifestations redoublent à l’occasion du 1er-Mai. Plus de 200 000 ouvriers y participent. Certaines actions se détachent par leur ampleur et la vigueur de l’affrontement : celle des ouvriers de Łódź, où se livrent, trois jours durant, du 5 au 8 juillet (22-24 juin), de véritables batailles de rues entre les grévistes et les troupes du tsar (c’est la première action armée des ouvriers) ; celle d’Ivanovo-Voznessensk, où, du 25 (12) mai au 5 août (23 juill.), 70 000 ouvriers, dont beaucoup de femmes, résistent à la faim et aux soldats, et créent même un des premiers soviets.