Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Assam (suite)

L’extrémité nord-est du monde indien présente une certaine unité du point de vue physique. Une plaine en cul-de-sac, suivie par le Brahmapoutre, est encadrée par une bordure montagneuse continue. L’ensemble a un climat humide. Du point de vue administratif, cependant, l’ensemble est fragmenté, et l’Assam proprement dit n’en constitue qu’une partie. C’est l’histoire du peuplement qui explique cette situation.

Les Britanniques ont pénétré en Assam dans les années 1820-1830, à la suite de guerres contre la Birmanie. Le désir d’assurer la sécurité de leur conquête les amena à prendre progressivement le contrôle des montagnes bordières, jusqu’à la ligne des crêtes. Les montagnes ainsi englobées dans l’empire des Indes étaient peuplées de populations non hindoues, tandis que les plaines, marécageuses et boisées, étaient très faiblement occupées. Un double mouvement de migration vers ces terres vides eut alors lieu : arrivée de main-d’œuvre sur les plantations de thé, qui furent créées vers le milieu du xixe s. ; colonisation systématique par des paysans venus de la plaine du Gange. Les arrivants s’installèrent surtout dans la plaine et le piémont.

Actuellement, l’État d’Assam correspond essentiellement aux régions peuplées par les immigrants indiens. Les non-hindous des montagnes du Sud ont obtenu, non sans luttes, la création d’États autonomes dans le cadre de l’Union indienne : Nagaland, territoire de Manipur, Meghalaya (au sud du Brahmapoutre). L’Himālaya, du fait de son importance stratégique, garde une administration originale, dans le cadre de l’Agence de la frontière du Nord-Est (auj. Arunachal Pradesh).


Les régions géographiques


Les bordures montagneuses

Elles constituent un monde isolé, boisé, très arrosé par les pluies apportées par la mousson, qui s’engouffre dans le « cul-de-sac » assamais.

Au sud-est, les montagnes « assamo-birmanes » se présentent en crêtes alignées parallèles, dont certaines atteignent jusqu’à 4 000 m. Au sud et au sud-ouest se localise une unité assez différente, le « plateau de Shillong », ou « plateau de Meghalaya ». Il s’agit d’un dernier fragment du socle ancien qui constitue l’essentiel de l’Inde péninsulaire, assez fortement relevé au Tertiaire. L’ensemble a un relief assez adouci, avec quelques grands escarpements. Les altitudes ne dépassent guère 1 800 m. Ces reliefs sont directement exposés aux souffles de la mousson, dont l’installation est par ailleurs précoce. Aussi les quantités de pluies recueillies sont-elles énormes. Sur le flanc méridional de ce plateau, la station de Cherrapunji reçoit en moyenne 12 m de pluies dans l’année, ce qui constitue un record mondial. Au nord, l’Assam est bordé par la terminaison orientale de l’Himālaya. La chaîne s’élève jusqu’à plus de 7 000 m dans l’extrême Nord.

Toutes ces montagnes sont très humides, mais elles présentent un vaste éventail de climats en raison de l’importance des dénivellations. L’étagement de la végétation traduit cette variété climatique. Dans l’Himālaya, différents types de forêts tropicales se rencontrent jusqu’à 1 500 m. Puis, les feuillus tempérés, comme le chêne, atteignent un peu plus de 2 000 m, et la forêt de conifères environ 3 300 m.

Les populations des montagnes sont très variées, mais elles présentent une forte originalité par rapport à celles des plaines. Elles sont, du point de vue ethnique, social et religieux, assez étrangères au monde indien. Elles appartiennent aux groupes tibéto-mongol (Himālaya) ou môn-khmer (chaînes prébirmanes). Les bouddhistes sont nombreux dans l’Himālaya, tandis que des animistes sont installés dans les montagnes du Sud et du Sud-Est. Parmi ces derniers, les conversions au christianisme ont été fréquentes, notamment chez les Nagas. L’organisation sociale, complexe et variée, repose sur la tribu et non sur la caste.

Enfin, les techniques agricoles apparentent davantage la région aux montagnes de la péninsule indochinoise qu’à la plaine d’Assam et au reste de l’Inde. La culture itinérante est très répandue. La végétation naturelle est coupée à la fin de la saison des pluies, puis les branches et les souches sont incendiées à la fin de la saison sèche. Un champ temporaire est ainsi créé, qui porte le nom local de jhum. Il est cultivé pendant deux ou trois ans, puis laissé en jachère pendant sept à dix ans ; après quoi, le cycle recommence. L’humidité du climat permet de cultiver sans irrigation du riz de montagne, des millets, du coton, du maïs. Beaucoup de communautés ne complètent l’éventail de leurs productions que par la chasse, le bûcheronnage et la récolte de la laque. Les populations les moins isolées, comme celles du plateau de Shillong, font un commerce actif de coton, de laque et de bois. Certaines régions ont été plus soigneusement aménagées et présentent des rizières de fond de vallée, où l’alimentation en eau par la pluie est complétée par un système d’irrigation avec canalisations en bambous. Cette agriculture plus savante est le fait de certains groupes seulement, comme les Nagas ou les Khosis du plateau de Shillong.

Bien qu’elles soient peu peuplées, ces montagnes peuvent porter des densités assez fortes dans les aires d’implantation des groupes les plus actifs et les plus organisés (une quarantaine d’habitants au kilomètre carré chez les Garos du plateau de Shillong, par exemple). De plus, le désir des Anglais d’installer leur gouvernement dans un milieu climatique agréable fait que la ville la plus importante de la région (Shillong, 102 000 hab.) se trouve dans la montagne, à plus de 1 500 m.


Le cœur de l’Assam : la plaine et les piémonts

La plaine d’Assam, drainée par le Brahmapoutre, a 600 km de long et environ 100 km de large. En bordure de la montagne, les rivières himalayennes ont construit des cônes de piémont, sur lesquels sont installées les plantations de thé. Au pied des cônes, une ligne de sources donne naissance à une bande marécageuse, connue sous le nom de Duars. Puis des terrasses plus sèches constituent l’essentiel de la surface de la plaine. Cependant, en bordure des fleuves, les plaines d’inondation sont une seconde zone humide, avec de nombreux lacs et bras morts, les Bhils. Il y a donc une très grande variété de possibilités naturelles.