Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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ressources naturelles (suite)

Il est inutile d’insister sur la faiblesse essentielle du modèle, sur son caractère exagérément dramatique : en ne tenant pas compte des effets de rétroaction que la prévision du futur provoque, on élimine tous les mécanismes spontanés d’ajustement, celui des prix par exemple. Cela ne doit pas faire négliger la leçon magistrale que le modèle imaginé par le club de Rome donne à l’humanité : le nombre des hommes est tel, et leurs besoins si élevés, qu’il est dangereux de ne parler de ressources naturelles qu’en les isolant les unes des autres. Ce qui est en question, c’est l’équilibre global de la vie sur la planète : les niveaux d’énergie que l’humanité met déjà en jeu sont suffisants pour provoquer des déséquilibres durables et menacer l’existence future.

Dans l’état actuel de la technologie, ce sont peut-être les ressources renouvelables nécessaires à l’alimentation qui paraissent les plus limitées : le nombre des hommes multiplie les dégâts définitifs qu’entraîne la surexploitation. Les gains de productivité des terres sont d’ailleurs obtenus à partir de l’emploi croissant d’autres ressources (énergie fossile, minerais non métalliques), si bien que la pénurie risque d’être aggravée le jour où, dans ces domaines aussi, certaines limites seront atteintes.

En matière de consommation de minerais, les conditions sont très diverses. La limite de ce qui est exploitable est constituée par la masse de chaque produit contenue soit dans l’atmosphère, soit dans l’hydrosphère, ou encore dans la croûte terrestre. En prolongeant les tendances actuelles, et en tenant compte des limites économiques à l’exploitation, l’épuisement se produirait, pour le plomb, vers 1985, pour le zinc et l’étain vers 1990, pour le cuivre et le tungstène vers 2010. La pénurie de nickel, de cobalt et de manganèse apparaîtrait autour de l’an 2100, celle de l’aluminium un peu plus tard et celle de fer et de chrome vers 2500.

Pour les consommations d’énergie, les perspectives sont plus inquiétantes. Pour le charbon, on parle de 8 000 milliards de tonnes contenues dans des bancs de plus de 30 cm jusqu’à 2 000 m de profondeur, ce qui représente 3 000 ans du rythme actuel, mais tout n’est assurément pas récupérable là-dedans. Pour le pétrole, les estimations sont plus imprécises, mais les plus optimistes restent inférieures à 600 milliards de tonnes, avec une production qui avoisine déjà 3 milliards de tonnes par an. Les schistes bitumineux dont on envisage l’exploitation élargissent notablement les réserves. Il est cependant prévisible que le rythme d’extraction maximale sera atteint vers l’an 2000, et que plus de 80 p. 100 des réserves totales seront épuisés vers 2020 ou 2025.

L’avenir énergétique repose donc, pour l’humanité, sur la production liée à la fusion ou à la fission atomiques. Est-ce à dire que, dans ce domaine, les perspectives sont limitées ? Non, apparemment, mais la limite existe ailleurs, dans les déséquilibres que l’usage croissant d’énergie peut produire dans le mécanisme d’ensemble de la vie sur terre : le rejet de polluants, les transformations de la chimie de l’atmosphère peuvent avoir des effets néfastes dans d’autres domaines.

Le pessimisme qu’engendre la lecture du rapport du club de Rome en ce qui concerne les ressources naturelles est certainement outré, mais il est évident qu’il y a là un problème vital pour l’humanité de demain : celle-ci ne peut se contenter de piller la planète, elle doit prendre en main la gestion globale d’un milieu que sa prolifération menace de plus en plus.

P. C.

 B. J. Skinner, Earth Resources (Englewood Cliffs, N. J., 1969). / P. et A. Ehrlich, Population, Resources, Environment, Issues in Human Ecology (San Francisco, 1970 ; trad. fr. Population, ressources et environnement, Fayard, 1972). / J. Delaunay, Halte à la croissance. Enquête sur le club de Rome (Fayard, 1972).
On peut également consulter les numéros spéciaux de Scientific American : The Biosphere (1970) et Energy and Power (1971).

Restauration

Période de l’histoire de France marquée par le règne des derniers Bourbons (1814-1830).


Elle s’ouvre par le règne de Louis XVIII, rappelé au trône après la chute de Napoléon Ier, et se clôt par l’abdication de son frère Charles X, renversé par la révolution de juillet 1830.


Le monde de la terre

La France de la Restauration conserve encore bien des traits du xviiie s., en premier lieu la prépondérance écrasante des activités agricoles : 75 p. 100 des 26 millions de Français sont des ruraux. Dans l’échelle sociale, la propriété situe l’individu. Le régime électoral la favorise. En fait, la production souffre de procédés archaïques, et, dans ce domaine, peu de progrès ont été réalisés depuis 1789. L’araire et la houe sont plus fréquents que la charrue de type anglais, ou brabançon. Les façons culturales témoignent de la résistance des traditions : persistance de la jachère, de l’assolement — triennal dans le Nord, biennal dans le Midi — et des servitudes communautaires, en particulier dans les grandes plaines de champs ouverts du Bassin parisien et de l’Est. S’il est fait état d’opérations de défrichement (Picardie, Anjou), dans l’ensemble, faute de moyens, des milliers d’hectares demeurent incultes. Cet « Ancien Régime économique » persiste encore dans la prépondérance céréalière, l’« obsession céréalière » pourrait-on dire, tant est vivace la peur ancestrale de la disette, que n’infirme pas la terrible crise des subsistances des premières années de la Restauration.

Signe de progrès, la pomme de terre occupe dans la production et l’alimentation une place toujours plus grande, et le froment fait reculer le seigle, même dans l’Ouest. Mais le rôle des légumineuses est à peu près entièrement ignoré, les engrais et les amendements sont bien insuffisants. Cette situation résulte de multiples carences. En premier lieu, celle de l’État, qui n’examine les questions agricoles que sous l’angle de l’ordre public. Que survienne une mauvaise récolte, et le gouvernement, affolé devant la perspective de troubles, recourt à ses deux expédients favoris : l’envoi d’escadrons autour des grands marchés agricoles et les importations en catastrophe. Les grands propriétaires, eux, ne se préoccupent guère de mise en valeur. L’histoire a retenu les initiatives intelligentes et plus ou moins fructueuses de Decazes, de Mathieu de Dombasle (1777-1843) ou du maréchal Marmont sur leurs domaines respectifs. Mais ce ne sont là que cas d’espèce, et la majorité des hobereaux s’intéresse davantage aux spéculations sur les grains et aux rendements des baux.