Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Résistance française (la) (suite)

[Cherbourg 1902 - Paris 1944]. Ingénieur, il participe à l’extension du mouvement Ceux de la Libération, dont il devient le chef. Son action se lie aux sabotages du corps franc Vengeance. Après plusieurs voyages en Angleterre, il siège à l’Assemblée consultative d’Alger. Revenu en France, alors qu’il est activement recherché un malheureux concours de circonstances provoque son arrestation. Il se suicide dans le commissariat de la brigade antiterroriste.


Gabriel Péri

(Toulon 1902 - Paris 1941). Après de brillantes études (à dix-sept ans il est secrétaire d’une entreprise de navigation), il se lance dans le combat socialiste et, journaliste de l’Humanité, il rédige la rubrique de politique étrangère. Député d’Argenteuil en 1932, il entre avec fougue dans la clandestinité en 1940 et anime les Cahiers clandestins du parti communiste. Arrêté en mai 1941, il est fusillé le 15 décembre. « Dans cette incessante mêlée pour un avenir meilleur, je suis demeuré du bon côté. Et pareils sentiments suffisent à embellir une vie humaine, à la rendre heureuse. » Tel est son testament.


Histoire militaire de la Résistance en France (1940-1944)

Issue d’une défaite qui a placé brutalement la France sous la domination étroite du IIIe Reich, dont les armées occupent les trois cinquièmes de son territoire, la Résistance traduit d’abord son action sur le plan militaire. Dès l’automne 1940, l’objectif est de chasser l’occupant, mais cette lutte du faible contre le fort, nécessairement clandestine, s’exprimera de façon très diverse. Difficile à organiser et à coordonner, le combat sera surtout l’œuvre d’initiatives personnelles qui tendent à se fédérer par affinités politiques ou spirituelles. S’inscrivant enfin dans le cadre de la Seconde Guerre mondiale, la Résistance est directement liée à l’évolution de la situation de la France. Aussi distingue-t-on dans son histoire deux périodes, que séparent, à l’automne de 1942, le débarquement allié en Afrique du Nord et l’occupation totale du pays par la Wehrmacht.


La France des deux zones

La division de la France en deux zones, l’une où subsiste une petite armée de 100 000 hommes, l’autre qui vit directement sous la botte allemande, pose le problème de l’action de façon très différente : en France non occupée, il s’agit d’une entreprise commandée par l’état-major de l’armée, tandis que le terme de résistance s’applique alors quasi exclusivement à ceux qui, en zone occupée, sont au contact immédiat de l’adversaire.


Le commandement prépare la « revanche »

Pour le général Weygand*, ministre de la Défense nationale et commandant en chef, « la mission de l’armée est de préparer l’encadrement et l’armement de futures unités de combat et plus encore d’entretenir la flamme de la revanche ». Assisté du général Louis Colson (1875-1951), secrétaire d’État à la Guerre, il jette dès l’été de 1940 les bases d’une remobilisation clandestine. Ce sera l’œuvre du contrôleur général René Carmille (1886-1945), nommé directeur du Service civil de la démographie (auj. Institut national de la statistique), qui utilisera, pour y parvenir, les ressources de la mécanographie. Le commandant Émile Mollard (né en 1895) est chargé de son côté du Service du camouflage des matériels (C. D. M.) [automitrailleuses, camions, canons, munitions, armes lourdes...]. Un plan de mobilisation prévoit la mise sur pied de 175 000 hommes par dédoublement, puis détriplement des unités d’active ; des plans de campagne sont étudiés pour aider au débarquement escompté des Alliés sur les côtes de France. Ces activités sont confiées à des officiers relevant du chef d’état-major de l’armée par une hiérarchie parallèle. Quant au Service de renseignements, que dirige le général Louis Rivet, il continue strictement sa mission d’information sur l’Allemagne.

Le général Charles Huntziger (1880-1941), secrétaire d’État à la Guerre après le départ du général Weygand à Alger en septembre 1940, puis l’amiral Darlan* sont tenus au courant de ces activités clandestines, mais ils ne leur donneront plus d’impulsion personnelle ; l’initiative en appartiendra désormais à deux remarquables chefs d’état-major de l’armée, les généraux Odilon Picquendar (1883-1959) et Verneau, qui, laissant aux ministres le jeu politique du moment, mèneront une action de stricte défense de l’intérêt supérieur du pays.

Dès la fin de 1940, généralisant une initiative de démobilisés alsaciens, l’état-major de l’armée met en place, en zone occupée, les Groupes d’autodéfense (ou G. A. D.), véritable ossature de commandement dont les responsables se recruteront sur place. Ayant une mission de renseignement et d’action, ces groupes participeront en 1942 à l’évasion du général Giraud* et seront ensuite les noyaux de l’Organisation de résistance de l’armée (O. R. A.) en zone nord.


Naissance d’une résistance militaire

La préparation d’une armée clandestine dans le cadre « légal » en zone libre, la résistance « au nom du maréchal » en zone occupée supposent au minimum la complicité du régime en place à Vichy... Certains, toutefois, commencent à en douter, puis beaucoup n’y croient plus. Plusieurs rejoignent alors le général de Gaulle et les Forces françaises libres ou bien reviennent en France prendre part en son nom à la lutte, tel le lieutenant de vaisseau Honoré d’Estienne d’Orves (né en 1901), fusillé par les Allemands le 29 août 1941 au mont Valérien ; d’autres se consacrent à la résistance clandestine. Dès l’automne de 1940, le capitaine Henri Frenay fonde avec quelques camarades, en zone sud, le Mouvement de libération nationale (qui deviendra Combat). En zone nord, Combat s’appuie sur le capitaine Robert Guédon, qui crée Ceux de la Résistance ; le colonel Alfred Heurtaux, ancien chef de l’escadrille des « Cigognes », et le colonel Touny sont à l’origine de l’Organisation civile et militaire (O. C. M.). Certains, enfin, se spécialisent dans le renseignement et les évasions. Leurs réseaux se rattachent soit à l’Intelligence Service britannique (notamment réseaux Groussard et Loustanau-Lacau), soit au B. C. R. A. du général de Gaulle, qui constituera avec eux, le 25 juillet 1942, les Forces françaises combattantes. La plupart de ces hommes restent, à leur début, en contact avec l’armée ; ils en reçoivent une aide matérielle et morale, et ils envisagent le plus souvent une résistance de style militaire. Dans cette première période, les civils, qui prennent des initiatives analogues, s’occupent davantage de l’avenir politique du pays. Les uns et les autres se retrouveront peu à peu ; l’idée gaulliste fait également son chemin et, après l’occupation totale du territoire, le nom du général de Gaulle* deviendra bientôt le symbole de la volonté de libération de la France.