Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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République (Ve) (suite)

La crise de l’université

Un certain nombre de problèmes semblent alors connaître leur paroxysme : chômage des jeunes ; croissance du nombre des étudiants (170 000 en 1958, 556 000 en 1968, dont un tiers à Paris) ; manque de débouchés, de perspectives d’avenir, d’enseignants et de locaux ; mise en œuvre, en novembre 1966, par Christian Fouchet, ministre de l’Éducation nationale d’une réforme de l’enseignement supérieur (suppression de la propédeutique, création d’un premier cycle de deux ans) ; projet de son successeur Alain Peyrefitte, désireux d’instaurer la sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur.

Dans cette situation difficile, une agitation est entretenue par des « groupuscules » d’extrême gauche, particulièrement actifs à la faculté de Nanterre parmi les étudiants en sociologie. Le 22 mars 1968, une centaine d’étudiants menés par Daniel Cohn-Bendit parviennent à paralyser l’enseignement dans cet établissement, où les cours sont suspendus le 28 pour quatre jours par le doyen Pierre Grappin, qui doit, de nouveau, fermer sa faculté le 2 mai à la suite des incidents violents qui ont interrompu le cours d’histoire du professeur René Rémond. L’agitation gagne la Sorbonne, et le recteur de l’Académie de Paris, Jean Roche, fait appel à la police pour faire évacuer les locaux (3 mai). Cette décision a pour effet immédiat d’embraser le Quartier latin, où s’imposent le leader du Mouvement du 22 mars, Daniel Cohn-Bendit, le vice-président de l’Union nationale des étudiants de France (U. N. E. F.), Jacques Sauvageot, et le secrétaire général du Syndicat national de l’enseignement supérieur (S. N. E.-Sup.), Alain Geismar. Des heurts violents opposent étudiants et forces de l’ordre (3 et 6 mai) ; des barricades sont érigées, notamment rue Gay-Lussac, dans la nuit du 10 au 11 mai. Georges Pompidou, de retour de son voyage en Iran et en Afghānistān, décrète aussitôt que la Sorbonne sera réouverte le 13 et que la Cour d’appel statuera sur les demandes de mise en liberté présentées par les étudiants condamnés pour attentat à l’ordre public. En vain. La grève générale de vingt-quatre heures décidée le 11 par les syndicats a quand même lieu le 13.

La grève générale

Des grèves éclatent en province (occupation de l’usine Sud-Aviation à Nantes dès le 14), qui, bientôt, se généralisent et immobilisent près de 10 millions de travailleurs le 20. L’économie française est paralysée durant la seconde quinzaine du mois de mai : les banques ferment, l’essence disparaît, les transports s’arrêtent, les usines occupées ne produisent plus.

Occupant le théâtre de l’Odéon le 15 ainsi que de nombreuses universités, les étudiants contestataires, qui veulent aboutir à un changement radical des structures de la société, tentent alors de pénétrer le milieu ouvrier ; ils n’y parviendront guère en raison, en particulier, de l’opposition du P. C. F. et de la C. G. T., hostiles à l’« aventurisme » des « gauchistes ». Cependant, les « idées de mai 68 » provoqueront dans tout le pays un important mouvement de remise en question des structures politiques, sociales, économiques et morales.

De nouvelles manifestations dégénèrent le 24 mai en émeute à Paris, puis à Bordeaux, à Strasbourg, à Nantes et à Lyon. Après le rejet à l’Assemblée nationale d’une motion de censure contre le gouvernement (22 mai), le général de Gaulle, de retour d’un voyage officiel en Roumanie (14-18 mai), annonce le 24 mai l’organisation d’un référendum sur la participation. La C. G. T. décide d’imposer au gouvernement et au patronat la satisfaction de ses revendications professionnelles et salariales (négociation de Grenelle, 25-27 mai). Le refus des ouvriers des usines Renault de Billancourt de ratifier ces accords le 27, la participation, le même jour, de la C. F. D. T. et du P. S. U. à la manifestation étudiante du stade Charléty, les déclarations de François Mitterrand le 28 et de Pierre Mendès France le 29, qui se déclarent prêts à assurer la responsabilité du pouvoir, tandis que Waldeck Rochet (secrétaire général du P. C. F.) réclame la constitution d’un gouvernement populaire au terme d’un nouveau défilé de la Bastille à la gare Saint-Lazare, tous ces faits donnent une coloration politique dominante à la révolte étudiante.

Le redressement gouvernemental de juin

Après s’être rendu secrètement à Baden-Baden auprès du général Massu, le président de la République rétablit la situation à son profit au terme d’une allocution radiodiffusée le vendredi 30 mai. Refusant de se démettre, annonçant la dissolution de l’Assemblée nationale, le maintien de Georges Pompidou au poste de Premier ministre et l’ajournement du référendum annoncé le 24 mai, il met un terme aux espoirs gouvernementaux de la gauche et rend confiance à ses partisans, dont un million, peut-être, défile le même jour sur les Champs-Élysées. Malgré des incidents graves, parfois mortels (à Flins le 10 juin), le travail reprend. Le gouvernement Pompidou, qui a fait évacuer l’Odéon le 14 juin et la Sorbonne le 16, remporte un important succès aux élections des 23 et 30 juin.


La présidence de G. Pompidou (21 juin 1969 - 2 avr. 1974)

Conformément à la Constitution, le gouvernement de Maurice Couve de Murville reste en place, alors que le président du Sénat, Alain Poher, assure la présidence intérimaire de la République (28 avr. - 20 juin 1969) et pose le 12 mai sa candidature à la succession du général de Gaulle contre Georges Pompidou, qui, conformément à ses déclarations de Rome, le 17 janvier précédent, a brigué la présidence de la République dès le 29 avril au matin. La gauche, désunie, étant écartée de la compétition après le premier tour (1er juin) et le parti communiste demandant à ses électeurs de s’abstenir au second tour, Georges Pompidou est élu président de la République le 15 juin (avec 57,6 p. 100 des suffrages exprimés), aux dépens d’Alain Poher ; 31,1 p. 100 des électeurs se sont abstenus lors de ce second tour.